Virus du tennis (4): Yannick, Boris, Goran et autres savoureux souvenirs

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France's team captain Yannick Noah (L) poses with Belgium's team captain Dominique Monami after the draw of the Fed Cup World Group first round tennis match between France and Belgique in Mouilleron-le-Captif, northwestern France, on February 9, 2018. (Photo by JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Wimbledon, il y a longtemps.

Il est tôt en ce premier ou deuxième jour de la première semaine. Je suis avec les deux frères Rochus, Olivier et Christophe, à la campagne. La campagne, à Wimbledon, ce sont les terrains annexes, les petits courts, qui ne sont fréquentés que par les joueurs de deuxième niveau ou en devenir.

Côté spectateurs, à cette heure-là de la journée, au moment des entraînements, il n’y a que les entraîneurs, les parents, quelques journalistes.

C’est dire que je n’en crois pas mes yeux lorsque, en tournant ma tête vers le bout de l’allée, je vois trois hommes en costume cravate et oreillette. Au milieu d’eux, un homme, plus cool mais en cravate tout de même. Je ne le reconnais pas tout de suite. Puis, alors qu’il s’approche, je vois qu’il s’agit tout bonnement de Georges Bush sénior. Il n’est plus président des Etats-Unis mais tout de même.

Je regarde Olivier Rochus, je lui demande s’il voit comme moi, il me dit oui et, malgré sa jeunesse, il est impressionné.

Moi aussi.

Puis, je me dis que je dois y aller. Que diable fait un past président des Etats-Unis à cette heure si matinale, à la campagne de Wimbledon ?

Je m’approche.

« Mister President ? »

Ce qui ne plaît pas du tout aux gardes du corps.

Qui entourent le Président et se placent en triangle, histoire de m’empêcher d’avoir ne fût-ce que la possibilité de toucher leur protégé. L’un d’entre eux jette un regard à mon badge. Je sens qu’il est satisfait de pouvoir m’identifier.

« Mister President ? »

Surprise, il se retourne vers moi et me répond.

« Yes ? »

« Puis-je vous demander les raisons de votre présence ? »

« J’ai toujours apprécié le tennis et comme j’étais à Londres pour des raisons professionnelles, j’en ai profité pour venir ici. »

« Bien entendu, mais pourquoi à cette heure-ci et sur ce terrain annexe ? »

«J’ai demandé si des jeunes Américains s’entraînaient ce matin et l’on m’a dit qu’il y en avait effectivement un ce matin. Il se fait que je ne peux pas venir plus tard. »

En répondant cela, il commence déjà sa marche, histoire de me signifier qu’il ne prolongera pas l’entretien. Enfin, entretien, c’est un grand mot.

« Mister President, jouez-vous au tennis ? »

Il est complètement de dos et me répond, je crois : « oui, bien entendu que je joue. »

Je suis tout émoustillé. Il n’y a évidemment rien de sensationnel dans ce mini question-réponse mais tout de même : parler à un Président des USA !

Le métier de journaliste offre d’ailleurs parfois des moments étonnants, amusants, passionnants.

Ainsi, j’ai eu d’énormes coups de cœur lors du Mémorial Van Damme, le plus grand meeting d’athlétisme en Belgique.

Un jour, alors qu’il venait de remporter la médaille d’or aux Championnats du monde, Mike Powell tenait une conférence de presse à laquelle on attendait plusieurs dizaines de journalistes.

J’y arrive avec une grosse demi-heure d’avance. Je vais dans la salle et, surprise géniale : Mike Powell s’était comme moi trompé d’heure. Nous avons donc devisé une bonne vingtaine de minutes durant. Bon, j’avoue que je lui en voulais un peu car il avait battu Carl Lewis, un athlète pour qui j’ai toujours eu le plus grand respect et que j’ai eu la grande joie de voir remporter sa dernière médaille d’or olympique, en longueur à Atlanta. Mais bon, Mike Powell, tout de même, l’homme au bond de 8mètres95…

Toujours au Van Damme, on me propose un entretien en tête-à-tête avec Merlene Ottey.

J’ai accepté.

Pour quelles raisons ? Honte sur moi mais uniquement parce que je la trouvais sublissime et que j’avais envie de pouvoir la regarder de très près. Pendant un quart d’heure, j’ai eu mon petit moment de bonheur. Elle est sublime, en effet, mais je dois bien dire que je n’ai aucun souvenir de ses réponses…

Il est des stars que l’on regarde, d’autres qui vous mettent un peu mal à l’aise. Parmi elles , Boris Becker est sans doute le plus impressionnant. Un jour, à la veille d’un match de Coupe Davis Allemagne – Belgique, j’ai la possibilité de lui poser trois questions. Il reste debout et, du haut de son mètre 91, il a planté ses yeux dans les miens pour ne jamais les décrocher. J’ai dû balbutier mes interrogations…

Goran Ivanisevic, lui, m’a réellement fait peur. Ou plutôt son papa.

Le Croate vient de gagner l’ECC d’Anvers, un grand tournoi international disputé au Sportpaleis. Exceptionnellement, on m’autorise à aller dans les vestiaires.

Je revois encore la scène : Goran est sur la table de massage, son papa dans la petite salle annexe.

Je commence par des questions rituelles. Puis, j’évoque les tensions en ex-Yougoslavie et je tente une question. Goran se renfrogne, mais répond brièvement.

J’en pose une deuxième. Son papa grommelle, manifestement en croate.

Je demande la traduction à Goran.

« Il dit que si tu continues à me parler de cela, il va t’en mettre une. »

Autant dire que l’entretien était terminé.

Heureusement, les rencontres positives sont évidemment plus nombreuses. L’une des plus amusantes, je l’ai vécue avec Yannick Noah. J’avais eu la chance de le rencontrer longuement lors d’un voyage de presse pendant lequel j’avais évoqué avec lui la situation de Bernard Boileau. Boileau contre qui Noah avait joué pendant sa carrière. Leurs chemins s’étaient encore croisés plus tard quand le tennisman devenu chanteur est venu en aide au champion de Belgique dans le cadre de son association « Fêtes le mur ».

Pendant une heure, nous avions donc parlé de Bernard et Yannick Noah s’était montré d’une générosité incroyable et on s’’était, je pense, bien entendu.

Quelques mois plus tard, la Belgique reçoit la France en Fed Cup, l’équivalent féminin de la Coupe Davis. Noah est capitaine de l’équipe française.

Accrédité pour La Libre Belgique, j’avais donné rendez-vous à quelques amis binchois à la fin de la rencontre, perdue 2-3 alors que les Belges menaient 2-1…

Comme la plupart des Binchois, mes amis restent assez tard au coin d’un bar, sur une table haute. Je les rejoins alors que le Flanders Expo de Gand – qui s’appelait encore l’Expo Centre – se vidait. A vrai dire, il ne restait quasiment plus que nous.

On en commande une dernière. Puis, surprise, on voit Yannick Noah passer, tout seul, à quelques mètres de nous.

Il nous regarde, me reconnaît et vient me saluer.

Il me lance : « cela ne m’étonne même pas que tu sois bloqué là au bar. »

Mes amis n’en reviennent pas mais le meilleur va suivre. Je propose à Yannick d’en boire une avec nous.

Il refuse poliment, m’expliquant qu’il est venu en moto et qu’il repart le soir-même sur Paris. Mais il nous invite par contre au stand d’un sponsor français et nous voilà, mes potes et moi, à en boire une dernière avec le vainqueur de Roland Garros 1983!

Notez que, un an plus tôt, la Belgique disputait la demi-finale de la Fed Cup face à la même équipe de France. Il y avait plus ou  moins 500 Belges qui ont mis le feu au Lawn Tennis Club niçois. Parmi eux, mes parents qui ont vécu à fond ces deux journées de rêve. Sauf que mon papa avait oublié de mettre de la crème solaire et qu’il était donc plus rouge que le homard que l’on a mangé le soir même.

Ebahi par l’enthousiasme des Belges, Yannick Noah, après la victoire des siennes, était venu parmi nous et a commencé à faire des « à fond » de bière avec Sabine Appelmans, Dominique Monami et pas mal de supporters.

Un souvenir fabuleux partagé, je le répète, avec ma maman et mon papa, très heureux, j’en suis certain, d’avoir fait le déplacement.

En parlant de déplacement, je ne regrette pas, moi, d’avoir été aux JO d’Atlanta.

Ce jour-là, dès potronminet, un collègue et moi décidons d’aller voir le premier ou deuxième tour du tournoi de tennis de table. Jean-Michel Saive jouait contre Al Habasahi ou Florea.

Aux USA, le tennis de table est un sport mineur. C’est dire qu’il n’y avait quasi personne dans les tribunes. Quasi.

Le match de Jean-Mi commence. Derrière sa table, installé sur une chaise placée un rien en hauteur, je vois un homme particulièrement captivé.

Je m’en étonne car, une fois encore, à part quelques quelques journalistes, il n’y a vraiment pas de spectateurs. Je m’approche et il me semble reconnaître Bill Gates.

Je m’approche encore, c’est bien lui. Il est fasciné par le jeu de Saive et je n’ose donc pas le déranger pendant le match.

Qui se termine par la victoire de Jean-Mi.

« Mister Gates ? »

Il se retourne, pas trop heureux d’avoir été débusqué mais ne fuit pas.

« Mister Gates, vous aimez donc le tennis de table ? »

« Oui, je sais que c’est un sport peu apprécié par les Américains mais je suis fan et j’aime beaucoup y jouer. »

« Et pour quelles raisons êtes-vous là si tôt aujourd’hui ? »

« Parce que j’adore Jean-Michel Saive et que je voulais absolument le voir jouer. »

A ce moment, Jean-Mi s’approche et, incroyable mais vrai, c’est Bill Gates qui est impressionné.

Je ne sais plus s’il lui a serré la main ou demandé un autographe mais toujours est-il que j’en ai été le témoin.

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