US Open: le gladiateur a encore frappé! Superbe Steve

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Au lendemain de la qualification exceptionnelle de Steve pour le tableau final de l’US Open, je ne peux que vous proposer de lire ou relire le post que je lui avais consacré au lendemain de la demi-finale de Coupe Davis 2015 entre la Belgique et l’Argentine. Rien n’a changé, sauf les dates, le lieu, la compétition. En photo, celle que j’ai prise juste avant ce cinquième match contre les Argentins, Johan Van Herck donnant ses derniers conseils à Steve. Ils m’ont donné l’autorisation de l’utiliser.

Il y a un an et demi, ou presque, j’appelle Steve Darcis de ma voiture. Je veux lui demander comment il va, comment se porte son épaule. Au bout du fil, un homme meurtri dans sa chair. Il souffre le martyr en rééducation. Son épaule l’empêche souvent de bouger. Il passe son temps à y placer de la glace. Laquelle fond aussi rapidement que ses réserves économiques. Il ne gagne plus un sou, évidemment, puisqu’il ne peut plus jouer.


Mais Steve ne se plaint pas au bout du fil. Il explique, il raconte. Il me dit espérer pouvoir revenir. Quand ? Dans quel état ? Il ne le sait pas. Il bosse dur pour se remettre mais il n’est certain de rien.
Mais, déjà, encore, toujours, il ne se plaint pas, refuse de pleurnicher.
Un gladiateur, messieurs dames, cela ne pleurniche pas. Cela prend les coups, stoïque. Parfois triste et frustré en son for intérieur, mais il ne pleure pas.
20 septembre 2015.
Un agglomérat d’êtres humains sur un terrain qui vient de vivre un moment historique. Un agglomérat de joueurs de tennis, de coach, de capitaine, de médecin, de kiné. Tout en dessous de cet agglomérat de joie intense et de bonheur insoutenable, deux hommes.
Un gladiateur et un orfèvre.
Sur le dos, sur ce terrain devenu légendaire, il y a Steve Darcis, le gladiateur qui répond parfaitement à la devise historique et sans doute légendaire : ‘morituri te salutant’.
Juste au-dessus de lui, David Goffin, l’orfèvre de l’équipe.
Celui qui, discret, a offert deux points à son pays. Qui ne revendique rien, qui savoure le fait que ce soir, ce soit son vieux pote Darcis qui prenne la plupart des éloges. Il sait, Goffin, qu’il aura encore des énormes moments dans sa carrière de tennis. Donc, il laisse les spots jaillir sur ce diable de Steve Darcis.
Dieu sait pourtant qu’il a été exceptionnel, l’orfèvre Goffin.

A aucun moment, il n’a montré le moindre signe de faiblesse. A aucun moment, il n’a laissé le doute s’installer dans la tête de ses partenaires et amis.
Vendredi, il a montré la voie : trois sets et un point.
Et dimanche, alors que tout le monde voulait juste voir le deuxième simple à deux deux, il n’a pas tremblé. Personne n’imaginait qu’il puisse perdre ce match. Alors il l’a gagné. 6-3 6-2 6-1 face à Diego Schwartzman.

6-3 6-2 6-1 : cela semble logique, mais cela ne l’est pas.
Il faut être méchamment costaud dans la tête pour faire le job avec une telle rigueur, une telle aisance, une telle humilité.
6-3 6-2 6-1 face à un joueur du top 100 qui avait ennuyé Nadal à l’US Open.
David Goffin est un orfèvre discret et généreux. Qui a donc offert deux points tranquille à la Belgique.
2-2.
‘Morituri te salutant’, vous disais-je.
Et je peux vous assurer que Steve Darcis était prêt, si pas à laisser sa vie sur le court, du moins à ruiner la suite de saison. Il est capable de tout, le Steve. Il peut vous donner une épaule pour battre Nadal à Wimbledon. Il peut vous donner deux, trois, quatre semaines de sa carrière – voire beaucoup plus – pour projeter son pays en finale.
Il est prêt à tout, le Steve.
À Tout.
Encore fallait-il que ses batteries soient assez rechargées.
Et c’est là que je tiens à féliciter l’équipe dans son ensemble. Car il en a fallu du travail d’équipe pour que tous les joueurs soient éventuellement capables de jouer trois jours durant. Darcis est resté 4 heures sur le court vendredi, 4 heures samedi et il était tout même apte à remonter dimanche alors que Mayer, pourtant athlétique, avait jeté le gant.
Bravo, vraiment, au staff médical, médecin, kiné, ostéo, préparateur physique, coach. Bravo d’avoir mis dans la discrétion vos compétences au service d’un objectif.
Bravo aussi au capitaine, qui, contre vents et marée, est resté mobilisateur. A su trouver les mots. Non seulement pour galvaniser les troupes, mais était-ce nécessaire ? Mais aussi pour expliquer à Kimmer et à Ruben les raisons de leur non sélection.
Bravo à ce groupe soudé, plus discret et moins extraverti que les Argentins mais tout aussi efficace.
Non, plus efficace.

Bravo à David Goffin, encore, qui, samedi, est resté calme pour ne pas griller d’énergie mais qui dimanche est devenu, après son travail d’orfèvre, le premier supporter.
Bravo aux troubadours, aussi, je veux dire les supporters. Qui, trois jours durant, ont fait vivre au tennis masculin belge des jours historiques, hystériques.
Jamais, on n’avait vécu autant dans le feu une rencontre de Coupe Davis.
Morituri te salutant.
Steve monte sur le terrain.
Face à un Federico Delbonis au service dévastateur qui avait démontré face à l’orfèvre qu’il n’était pas prêt à rendre facilement les armes.
Le match commence, Steve est chaud. Se bat comme un diable pour sauver l’un de ses premiers jeux de service. Il y parvient puis fait la course en tête et prend le premier set 6-4.
Mais il connait alors une période difficile. Il est fatigué, il n’y a plus de jus. Et, fatalement, Delbonis en profite pour prendre le contrôle.
Même les troubadours, le public, sont un peu groggy. Darcis n’est pas vaincu mais il est dans les cordes.
Un set partout.

Puis le troisième set. Qui commence dans la douleur. Steve tient sur son service mais c’est énergivore.
3-3, 4-4. Ah, un doute s’installe dans la tête de l’Argentin.
Pourquoi ?
On ne le sait mais sans doute avait-il cru que Darcis ne tiendrait pas la distance, que le trentenaire allait craquer physiquement.
Les points ne viennent pas aussi vite qu’il l’aurait voulu. Il va falloir aller les chercher.
Et, donc, oui, il doute.
Steve le voit, le comprend et en profite.
Et, contre toute attentes, sauf les siennes, il fait le break et part à deux sets à un.
La foule est en délire. Je n’exagère pas.
La foule est en délire, la Belgique est à un set de la finale mondiale de Coupe Davis.
Mais non, pas la Belgique ?
Mais si , la Belgique.
Le quatrième set commence. Steve est au-dessus. Il surfe sur la vague populaire et féerique.
Il est trop fort, il ne sait même plus qu’il est fatigué, il ne sait même pas qu’il a déjà joué dix heures.
Il joue, il frappe, il slice (ah ce slice).
Et il fait le break.
5-4.
Balle de match.
5-4.
Re-balle de match.
Un coup droit se présente.
Il n’ose pas.
Il n’y va pas.
Un premier léger doute.
Delbonis se ressaisit, ose.
Et revient à 5-5.
La foule a peur.
Car Delbonis a repris l’ascendant.
La foule a peur car elle sait que Steve Darcis a perdu quatre tie-break vendredi et samedi.
La foule a peur car elle croit que l’âme a changé de camp.
‘Moruturi te salutant.’
6-5 Delbonis.
Mais 6-6 sur un jeu de feu du gladiateur.
6-6 Tie-break.
La Belgique est à un tie-break de la finale mondiale de la Coupe Davis.
La Belgique, mais non, pas la Belgique ?
Si la Belgique.
Double faute Delbonis… Un signe.
Puis, Steve s’envole, il est sur un nuage je vous dis. Et il va gérer ce tie-break avec la maestria d’un joueur du top mondial.
Balle de match.
Balle de finale mondiale.
Je ne sais même plus comment il l’a gagnée.
Les larmes me montent aux yeux.
Je ne vois plus qu’un agglomérat d’êtres humains, de potes, de capitaine, d’orfèvre.
Je vois les souffrances de Darcis, je vois la qualité humaine de ce gars sidérant.
Je vois un agglomérat de volonté et d’abnégation.
Je croise les larmes de Julien Hoferlin, celles du médecin, celles du coach, celles de Thierry Van Cleemput, du capitaine, de Ruben, de Kimmer.
Je croise les larmes des troubadours, du staff, des journalistes.
Je croise les larmes de joie de tous ces gens qui, eux, y ont cru.
Je croise enfin les larmes du gladiateur.
Et je repense à ce coup de téléphone : ‘comment vas-tu Steve, comment vas-tu ?’
‘Je ne sais pas quand et comment je reviendrai Patrick.’
Maintenant tu sais, Gladiateur, tu sais.

 

PS: demain, mes étoiles, puis au jour par jour, la présentation des matches des Belges.

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