Un véritable esprit d’équipe

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Quelle différence entre l’équipe qui s’est inclinée sans panache face à la France et celle qui a livré une bataille homérique contre l’Espagne.

Il y quelques semaines, le lundi qui suivait le quart de finale de Fed Cup face à la France, j’étais, je dois bien le dire, extrêmement circonspect. J’avais passé cinq jours plein au Country Hall de Liège et, très franchement, je n’avais rien ressenti.

Pas à un seul moment, je n’avais vibré. Pas à un seul moment, que ce soit à l’entraînement ou pendant les matches, je n’avais cru à la victoire. Les joueuses me semblaient absentes et, pendant ces cinq jours, j’ai estimé qu’il ne s’était rien passé.

II me reste à expliquer ce que cela veut dire, en tennis « il ne s’est rien passé. »

Quand vous regardez un match, ce qui vous intéresse, outre la victoire de votre favori, c’est de ressentir les choses, de vibrer, de constater que les deux joueurs (ou les quatre) se donnent à fond, qu’ils ont envie. Vous acceptez la défaite de votre joueur ou de votre joueuse mais à condition qu’il ou elle vous ait donné l’impression qu’il avait la gnaque, l’ambition de tout renverser.

En quart de finale, rien de tout cela.

C’est dire que je me suis rendu à Courtrai avec une certaine inquiétude. Allais-je revivre des journées sans intérêt et des matches insipides?

Dès le mercredi des conférences de presse, j’ai perçu qu’il n’en serait rien. Les quatre joueuses, le capitaine et le staff étaient bien « dedans » et j’ai compris au travers de leurs propos que la « sauce » commençait à prendre.

Il y avait clairement de l’envie, de la motivation et, aussi, une réelle et saine rivalité entre les quatre joueuses. Tout le monde s’accordait d’ailleurs à dire qu’à l’entraînement, Alison, Kirsten, Ysaline et Yanina étaient très proches et, à demi-mot, on avait saisi que le choix du capitaine pour la première journée serait compliqué.

Johan a finalement choisi Van Uytvanck et Flipkens mais, très franchement, il s’en était manifestement fallu de très peu.

Samedi, Flipkens a confirmé mes impressions: la rencontre allait être de très haut vol. Elle a joué, sans aucun doute, l’un des meilleurs matchs de sa carrière pour disposer d’une Garbine Muguruza qui se demandait pourquoi cela tombait sur elle.

Dans la foulée, hélas!, Alison Van Uytvanck n’a jamais trouvé le bon rythme face il est vrai à une Carla Suarez Navarro en forme olympique et n’offrant aucun cadeau.

A 1-1, il fallait de l’audace. Une audace de sélection qui n’est possible que lorsque l’ambiance est au top et que la cohésion d’une équipe est réelle.

Il est en effet extrêmement compliqué, voire impossible, de ne pas faire montrer le lendemain d’un exploit une joueuse qui est au sommet de son art. De même, il est très ardu de dire à la leader qu’elle restera sur la touche pour la journée décisive.

Cette audace, Johan Van Herck l’a eue dès samedi soir quand il a dit à ses deux « réserves » qu’elles monteraient sur le terrain le dimanche.

Je pensais, moi, que Yanina Wickmayer remplacerait Kirsten Flipkens – trop précieuse pour le double – mais je ne croyais vraiment pas que le capitaine « oserait » lancer Ysaline Bonaventure dans la bataille.

Et pourtant… il l’a fait. Cela se révéla être un coup de maître car la Stavelotaine s’est époumonée pour venir à bout de Garbine Muguruza qui, décidément, a vu deux Belges jouer le meilleur tennis de leur vie.

Les larmes de joie d’Ysaline faisaient plaisir à voir, elle qui rêvait d’enfin avoir sa chance dans un match capital l’avait saisie avec brio!

A 2-1, les Belges étaient encore loin de la victoire.

Face à Carla Suarez Navarro, Yanina Wickmayer, tout comme Alison Van Uytvanck, ne parvint pas à entrer dans le match. Il faut dire que cette joueuse ibère, l’air de rien, est particulièrement efficace et a la faculté de dégoûter ses adversaires qui ne savent pas par quel bout la prendre.

2-2.

Et le capitaine de faire confiance aux deux joueuses en forme du week-end: Bonaventure et Flipkens qui allaient donc tenter de ravir le troisième et salutaire point.

Une fois encore, elles ont tout donné et, après avoir perdu le premier set de justesse (7-6), elles se sont admirablement bien reprises.

Mais, dans le troisième, les Espagnoles – emmenées par une Suarez Navarro décidément insatiable – ont émergé et maintenu leur équipe dans le Groupe Mondial.

De nouvelles larmes ont alors coulé sur les joues de Bonaventure. Des larmes de déception, cette fois, mais qui croisaient celles de fierté de l’après simple.

Mais peu importante finalement le résultat.

Ici, il s’est passé quelque chose.

Ici, il y avait un esprit d’équipe.

Ici, on a vibré, on a vécu.

Pour quelles raisons?

Ne comptez pas sur moi pour vous dire que c’est l’absence d’Elise Mertens ou la présence de Yanina Wickmayer qui a ou ont fait la différence. Je n’en sais rien, je ne suis pas au coeur de l’équipe et il n’y a que quand on est au coeur d’un team que l’on peut comprendre ce qui s’y passe.

Moi, je suis juste un observateur et, je ne peux que vous conter ce que j’ai ressenti.

Hier soir, donc, si j’étais évidemment frustré par la défaite, j’ai quitté cette belle ville de Courtrai de bonne humeur car, comme les finalement assez nombreux supporters, j’avais passé un excellent week-end tennistique.

Avec ce socle-là, Johan Van Herck peut construire. Et toutes les meilleures joueuses belges – les quatre de ce week-end mais aussi Elise Mertens, Greet Minnen, Maryna Zanevska, Kimberley Zimmermann, Marie Benoit – y ont leur place, à condition évidemment d’accepter de jouer le jeu et de construire sur cette base qui semble solide. En abandonnant le temps de la rencontre leurs ambitions personnelles pour se mettre au service de l’équipe.

L’avenir de cette équipe est réel. Reste à voir à quoi ressemblera la Fed Cup 2020 car elle pourrait encore changer de format et passer à un Groupe Mondial de 16 équipes dès l’année prochaine (la Belgique se maintiendrait donc) pour épouser le format de la Coupe Davis dans quelques années.

On en saura plus en septembre prochain.

Mais qu’importe car les Belges auront leur mot à dire.

5 COMMENTS

  1. Tout à fait d’accord avec le post d’Eva. Johan Van Herck a une fois encore réussi à insuffler enthousiasme et esprit d’équipe à un groupe de joueuses qui n’en menait pas large il y a quelques mois. Malgré la défaite, nous avons vécu des moments extraordinaires d’intensité ce dernier wé. Un grand bravo aux quatre joueuses et à Ysaline et Flipker en particulier.

  2. Je n’ai pas compris la sélection de Wickmayer pour affronter Suarez Navarro : non seulement Yanina n’est plus que l’ombre de la joueuse qui a atteint (il y a dix ans déjà !) le dernier carré de l’US Open mais en outre, on sait bien qu’elle n’apprécie pas du tout le style de jeu tout en variation d’effets, de hauteurs et de trajectoires de la joueuse espagnole.

  3. ysaline – remember st petersburg …… who is a weeper today 🙂

    Je ne crois pas que tes adversaires ont dit cela à la fin du match — apprendre à rester humble et fair-play

  4. Merci, Patrick, d’avoir pu, une fois encore, mettre en mots justes et forts les sensations, émotions et ressentis de cet intense weekend de tennis.

    Nous avons en effet vibré de tout notre être pendant toutes ces longues heures et tous ces tournants de match.

    Je ne peux que dire un immense merci à cette équipe et son valeureux capitaine. Je suis fière de nos joueuses et de notre équipe et je veux croire que, pour elles et lui aussi, la fierté et les promesses de lendemains qui chantent l’emporteront bien vite sur la déception du dernier match.

  5. et bien je ne sais pas ce qui me fait le plus réagir dans cet article … le fait de dire on s’est bien amusé mais on a perdu … pas grave ou bien dire que Van Herck a osé ?????? oui pour Bonaventure qui va au culot contre une fille qui s’est entraînée sur terre battue car se sentait plus forte mais par contre un énorme NON de ne pas mettre Flipkens en dernier simple quand on mène 2-1. C’est une professionnelle et peut enchaîner un simple et un double en 2 sets gagnant sur une surface rapide — donc on est descendu aussi bien en messieurs qu’en dames et on doit dire bravo Mr Van Herck — dans tout autre sport il serait viré

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