Thierry Van Cleemput: « David (Goffin) doit prendre un maximum de plaisir »

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20/09/2015 - BRUSSELS- Forest National - Worldgroup Semifinal - 4thmatch - Davis Cup Belgium vs Argentina - David GOFFIN ©Philippe Buissin/ IMAGELLAN

A une semaine de l’US Open, j’ai discuté longuement avec le coach de David Goffin.

Thierry Van Cleemput, vous partez demain à New York, rejoindre David pour l’US Open. Avant le dernier Grand Chelem de la saison, quel bilan tirez-vous des 8 premiers mois 2016 ?

Thierry Van Cleemput : si vous me demandez le bilan de la saison jusqu’à maintenant, sans tenir compte des derniers tournois, je ne peux que dire que l’objectif est atteint puisque nous avions fixé les quarts de finale en Grand Chelem et les demis en ATP 1000. David a été en demi à Miami et Indian Wells, en quarts à Roland Garros. Maintenant, on ne peut pas juste dire, voilà, l’objectif a été atteint. Il faut sans cesse s’améliorer et fixer des objectifs qui sont plus hauts.

Mais il y a eu ces défaites face à Thiem, Raonic, Monfils et Bellucci…

Je ne vais pas vous mentir, David aborderait l’US Open en plus grande confiance s’il n’avait pas perdu ces matches-là, c’est une évidence.

Le grand public, mais aussi sans doute certains membres de l’entourage de David, rêvent du Top 10. Vous comprenez leur éventuelle déception lors des défaites de Goffin ?

Evidemment que je comprends et que j’accepte les envies du grand public. Il est logique que les supporters de David désirent le voir entrer dans le Top 10. Les attentes sont très grandes, c’est un fait et nous en sommes conscients. Mais il est aussi très important de rappeler que le Top 15 est composé soit de joueurs qui ont gagné ou été en finale des Grands Chelem ou des ATP 1000. Il est important aussi de souligner le fait que les joueurs qui sont en progression constante au classement sont assez rares. Enfin, et c’est un peu stupide ce que je vais dire, s’il y a quinze joueurs dans le Top 15, il n’y en a que 10 dans le Top 10. Ce que je veux dire par là, c’est que ce n’est pas parce que l’on est dans le Top 15 que l’on va forcément entrer dans le Top 10. Mais ne me faites pas dire non plus ce que je n’ai pas dit : David peut entrer dans ce top 10 mais, moi, en tant qu’entraîneur, je ne me fixe pas des objectifs de classement.

On a parfois l’impression, ce fut le cas par exemple lors des dernières défaites de David que, s’il fait tout pour gagner, il ne se transcende pas comme le feraient d’autres joueurs. On se trompe sur ce point ?

Ce que je peux vous dire, c’est que David a donné tout ce qu’il pouvait donner, tant à Rio que lors des autres matches mais il est évident que l’on peut toujours faire mieux, lui comme les autres joueurs.

Je vais poser la question autrement : le caractère de David fait-il que ce dernier ne désire pas se mettre en danger en se transcendant, en allant trop au charbon ? Je parle d’un danger à moyen ou long terme ?

Je ne peux pas répondre à cette question mais je vais prendre l’exemple d’un joueur belge que les habitués de votre blog connaissent bien : Christophe Van Garsse. Christophe était un joueur qui, en Coupe Davis, se transcendait et qui a obtenu des résultats extraordinaires à certaines occasions. Mais, sauf erreur de ma part et sans du tout vouloir diminuer les mérites de Chris, il n’est jamais entré dans le Top 100 (il a été 131). David n’a pas les mêmes armes que d’autres joueurs et sa personnalité fait que l’on peut peut-être avoir l’impression que vous décrivez. D’un autre côté, sa faculté à rester calme lui a aussi permis de gagner des matches quand on ne l’attendait pas. Chaque joueur a une personnalité différente mais je répète qu’il y a toujours moyen de faire mieux.

Quels sont vos priorités concernant David, sur le moyen et le long terme ?

Je vais vous répondre en tant que Thierry Van Cleemput. Ma première priorité, celle qui sera toujours mienne, est l’équilibre physique et mental de David Goffin. Mentalement, je dois faire en sorte qu’il soit toujours motivé, qu’il ait toujours envie et qu’il envisage toujours de s’améliorer. Physiquement, je dois faire en sorte qu’il ne se blesse pas, ou le moins souvent possible, tout en améliorant ce qui est peut-être encore des points faibles. Je dois le faire progresser, sans le mettre en danger.

La deuxième priorité ?

En tenant compte de sa personnalité, de sa taille, de son poids, je dois le rendre le plus efficace possible. Il faut choisir les objectifs qui sont à sa portée. Ainsi, pour prendre un exemple, je ne pense pas qu’il faille le mener vers une première balle à 230 km/h mais bien le mener vers un % de premières balles plus important. Il faudrait aussi qu’il se muscle encore au niveau des jambes et qu’il améliore sa volée (voir plus loin).

Et la troisième priorité ?

David aura 26 ans en fin de saison. Notre mission est de faire en sorte qu’il puisse se garantir un patrimoine pour construire son après carrière.

Les deuxième et troisième priorités ne sont-elles pas impossibles à atteindre si la première n’est pas rencontrée ?

C’est exactement ce que j’ai toujours dit et tant que je serai avec lui, ma première priorité sera celle-là.

Venons-en à l’installation de David à Monaco. J’imagine que cela a des répercussions sur son entourage ?

Oui et non. Thomas Johansson, qui est son autre entraîneur, habite à Monaco et s’occupe donc de David quand ils sont tous les deux là-bas.

Vous ne comptez pas vous y installer ?

Non.

Une équipe, ce ne sont pas que les entraîneurs…

Non, et c’est pour cela que nous sommes en train de former une équipe en partie nouvelle, afin que le cadre ne change pas.

Vous voulez dire qu’il faut que les fonctions restent, même si les hommes changent ?

Exact.

Vous en êtes où pour le moment ?

Thomas et moi restons ses entraîneurs tennis. Son préparateur mental reste Fabrice De Zanet qui va travailler en partie via skype. Le médecin de David reste le docteur Joris. Par contre, nous avons changé de préparateur physique, David travaille avec un membre de l’équipe de Mouratoglou et nous avons un contact avec un ostéopathe local.

Cela, c’est pour les fonctions. Mais dès qu’il y a changement d’hommes, il peut y avoir un changement dans les relations entre les membres d’une équipe…

C’est tout à fait exact. Il faut donc qu’il y ait un maître d’œuvre pour que la sauce prenne et qui fasse en sorte que l’équilibre soit trouvé entre les différents membres de l’équipe, pour le bien du joueur…

Ce maître d’œuvre, c’est vous ?

Oui. Mais on doit discuter tous ensemble pour que les choses se mettent en place.

Comment va David ?

Je n’étais pas à Cincinnati mais j’ai discuté avec lui au téléphone après sa défaite contre Tomic. David a eu besoin de digérer sa première partie de saison – de l’Australian à Wimbledon – et je pense qu’il est prêt à se lancer dans la suite de cette saison qui sera fort chargée.

Quel est le programme ?

L’US Open (début le 29 août), la Coupe Davis (16 au 18 septembre), Shenzhen (ATP 250 26 septembre), Tokyo (ATP 500, 3 octobre), Shanghai (ATP 1000, 9 octobre), Anvers (ATP 250, 17 octobre, Bâle (ATP 500, 24 octobre), Paris Bercy (ATP 1000, 31 octobre).

J’ai vu qu’il était inscrit à Metz, aussi (ATP 250, début lendemain de Coupe Davis)

Oui, il est inscrit mais ce n’est pas parce qu’il est inscrit qu’il va y aller. Il ne pourra pas tout faire.

Vous avez pensé au Masters de Londres ?

Oui, forcément, on y a pensé puisque David a été dans le Top 8 de la Race pendant quelques semaines. Ce n’était pas un objectif mais si David parvenait à en être, ce serait tout bonnement exceptionnel.

Vous restez fidèle à ce que vous avez toujours dit : un classement n’est pas un objectif ?

Non, une zone de classement peut l’être, mais pas un classement précis. En tant qu’entraîneur, mon rôle, je le répète, est de rendre David le plus efficace possible. Et en ce sens, je veux que les quelques semaines de l’inter-saison nous permettent de travailler en profondeur.

Parlons-en, des améliorations à apporter. Commençons par le physique.

Au niveau physique, il faut que David, sans perdre sa vitesse et son explosivité, devienne plus puissant au niveau des jambes. Je pense que la clé de ses progrès réside dans cette puissance.

Pour quelles raisons ?

C’est un peu pointu mais plus David sera puissant, plus il sera fort en démarrage et en endurance. Ce qui veut dire qu’il pourra par exemple retourner de la même manière plus longtemps pendant un match.

Si je vous comprends bien, aujourd’hui, du fait de ce manque relatif de puissance au niveau des membres inférieurs, David perd du contrôle physique plus le match avance. Ce qui peut apparaître comme une baisse mentale serait donc plutôt dû à un manque relatif d’endurance ?

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Je ne suis pas dans la tête de David et je ne peux donc pas affirmer que c’est le manque de puissance qui l’empêche parfois d’aller au bout. Mais ce que je sais, c’est que plus on se sent fort physiquement, plus on se sent fort mentalement.

Les améliorations techniques ?

En coup droit, il y a déjà eu un gros travail, je reste encore un peu sur ma faim car je pense qu’il peut encore s’améliorer sur ce point. Sa volée est perfectible, surtout sa volée décisive, ainsi que son slice. Au niveau du service, c’est meilleur mais il manque encore quelque chose.

Et au niveau du mental ?

Ce que je veux, au niveau mental, c’est que David prenne un maximum de plaisir sur le terrain, qu’il joue spontanément, en étant le maximum protégé de tout ce qui parasite le sport, de toutes les considérations qui n’ont rien à voir directement avec le jeu. Il doit être heureux d’être là.

Ce n’est pas toujours le cas ?

Quasi tout le temps mais, parfois, il a un peu peur d’entreprendre. Certains lui disent qu’il doit se révolter, moi je dis qu’il doit oser.

C’est la même chose, non ?

Peut-être que ceux qui disent qu’il doit se révolter pensent la même chose que moi mais, moi, je lui dis d’oser.

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