Serena rejoint Eddy et John dans mon tiroir aux souvenirs

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19/06/2011 - LONDRES (GBR) - Wimbledon Championships - Serena WILLIAMS ©Philippe BUISSIN / IMAGELLAN

Souvenirs très personnels…

Le très jeune adolescent que je suis se camouffle, sort des rangs de ce collège très sérieux de Laethem Saint Martin où mes parents ont cru que j’apprendrais le néerlandais. Je m’amuse bien mais voilà, c’est le Tour de France et je ne peux pas manquer les arrivées. Pas de télé, bien entendu, mais Luc Varenne. J’avais pris une petite radio et, isolé dans une chambre, à l’insu de tous – sauf de mon frère qui me couvre – j’écoute l’arrivée. C’est l’un de mes plus mauvais souvenirs sportifs. Ne me demandez pas la date, je n’irai pas voir sur internet. Mais Luc Varenne reste sans voix, ou presque, tant le retour de Bernard Thévenet sur Eddy Merckx est confondant. Luc Varenne est triste, très triste. Je le suis aussi. Je pleure, même, je pense. Non, je suis certain.
Je suis encore un gamin. Et c’est toujours Luc Varenne, pense, ou Alain Vandenabeele. On est dimanche, chez moi, à Mont-Sainte-Aldegonde. C’est un rituel. Le dimanche après-midi, je m’enferme dans ma chambre et j’écoute les matches à la radio. J’étais alors supporter du Standard (ben oui) et, ce jour-là, je pense que c’est le petit Lund – ne me demandez pas plus de détails, je n’irai pas voir sur internet – qui se moque du gardien liégeois (Piot, Bodart ??), le dribble, arrête la balle sur la ligne de but et marque de la tête en étant à genoux. C’était humiliant. Du moins pour un gamin de mon âge. Là aussi, j’ai pleuré. Je crois. Non, je suis certain.
1984. Je suis plus vieux, mais pas encore journaliste et, donc, je montre encore mes émotions. C’est la finale de Roland Garros. Entre Ivan Lendl et John McEnroe l’idole du jeune adulte que je suis. Il domine Lendl et va, c’est évident, gagner le French.
Oui mais voilà, Lendl résiste, McEnroe fatigue. Et il perd. En cinq sets. Je vois encore et je la verrai toujours, cette dernière volée qui s’évade et retombe dans le couloir. Je n’ai pas pleuré. Tout de même, mais il s’agit d’une des défaites qui ont marqué ma vie d’amateur de sport.
Septembre 2015. US Open. Serena Williams a rendez-vous avec l’histoire. L’histoire ne viendra pas, mais simplement l’humanité. Cette championne hors catégorie n’a pas supporté la pression. La pression de ce Grand Chelem que tout le monde lui prédisait. Diantre, elle rencontrait Vinci en demi et Pennetta en finale. Comment pourrait-elle perdre ?
Mais voilà, Vinci, ce n’est pas une joueuse moderne qui frappe aussi fort qu’elle réfléchit peu. Non, c’est une trentenaire, consciente de l’opportunité unique qui se présente. Et, Vinci, elle va varier et, surtout, profiter de tous les cadeaux somptueux que lui fera Serena Williams.
Pas que cette dernière soit devenue une joueuse généreuse mais elle a peur. Non, pas peur, elle est tendue comme la corde d’un arc à flèche. Et, donc, au lieu de décocher des aces, elle envoie de petites deuxièmes et rate trop souvent les possibilités qui s’offrent à elle.
Vinci s’accroche, distille son jeu subtil. Défend comme une tigresse. Serena Williams, elle a les larmes aux yeux. Elle est redevenue l’adolescente qui, en 1999, a gagné son premier US Open et a pleuré. De joie.
Ici, les larmes sont des larmes de frustration, mais aussi de soulagement. Cela fait tellement d’années qu’elle domine le tennis et ce dernier rendez-vous avec l’histoire (elle n’aura sans doute plus jamais la possibilité de faire aussi bien) l’a fait redevenir une jeune femme fragile, tendre, humaine.
Je sais que certains espéraient sa défaite – plus que la victoire de Vinci – et je ne les comprendrai jamais. Vous savez tout le bien que je pense des Williams et mon admiration n’a fait, hier, que grandir.
A quasi 34 ans, Serena Williams est toujours au sommet du tennis mondial. A 33 et 32 ans, l’âge de Justine Henin et Kim Clijsters, Pennetta et Vinci vont jouer une finale italienne tout en surprise, tout en volonté, tout en subtilité et combativité.
C’est beau le tennis, quand il propose des moments aussi forts ; c’est beau le tennis quand il vous fait vaciller.
Il y avait longtemps, je pense, que je n’avais ressenti une telle émotion tennistique. La médaille de bronze de Monami et Callens à Sydney, peut-être. Ou la victoire de mon gamin dans un tournoi de deuxième série.
Hier, Serena est venue se joindre à Eddy Merckx, au Standard et à John McEnroe dans le tiroir de mes mauvais souvenirs sportifs.
Enfin, pas de mes mauvais souvenirs, je me trompe. De mes émotions.
Ai-je pleuré hier ? Non, mais j’avais les larmes aux yeux, je le reconnais.
Forza Serena. Forza Roberta. Forza Flavia.
Et merci.
PS : je m’étendrai sur ROGER demain… 😉
Direct commenté de la finale à 21 heures.

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