Roger Federer ou l’orgasme tennistique

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23/01/2011 - Melbourne (AUS) - Australian OPEN 2011- Third Round - Roger FEDERER Copyright: Ph. BUISSIN/ IMAGELLAN

Il est des jours, comme cela, où la grâce décide de s’inviter sur un Central.


Il est des jours où l’on ne pratique pas son sport, ou l’on ne joue pas au tennis.
Il est des jours, d’exception, ou le tennis, en tant qu’entité, en tant que concept, s’empare d’un champion.
Ces jours sont rares, ces champions sont exceptionnels.
Ces jours-là, comme lors d’une finale du Belgian Indoor de ma jeunesse, le champion choisi par la grâce est tellement extraordinaire qu’il donne l’impression que son adversaire, pourtant de très bon niveau, n’est qu’un oiseau pour le chat. Ce jour-là, John McEnroe avait donné une leçon de tennis à Ivan Lendl, devant un public pas très conscient du moment unique qu’il venait de vivre.
Il est des jours, encore plus rares, où la grâce décide de faire coup double. D’investir non seulement un champion de légende, mais également son rival. Non, dans ce cas-ci, ne parlons pas de rival, mais de partenaire de jeu.
Ces jours se comptent, sur une carrière, sur les doigts d’une main.
Hier, c’en était un. Un de ces jours où le tennis n’est plus tennis mais devient une chorégraphie. Comme si un metteur en scène avait décidé de tous les échanges, de tous les mouvements, de toutes les idées.
Hier, les spectateurs du Central de Wimbledon, ceux qui étaient sur la Henman Hill, les millions de téléspectateurs ont assisté non pas à un match de tennis, je le répète, mais à un moment d’exception.
D’un côté, un Andy Murray sur-dynamisé, prêt à tout pour rejoindre la finale. Prêt à transformer des coups de défense géniaux en coup d’attaque d’extra-terrestres. Andy Murray, hier, a porté le tennis de contre au sommet, il y a ainsi rejoint des joueurs comme Andre Agassi ou Michael Chang.
De l’autre côté, c’était tout autre chose. Il y avait la légende qui, déjà en temps normal, n’a pas besoin de coup de pouce pour flirter avec le génie.
Hier, pourtant, Roger Federer a démontré que le génie n’avait pas de limite. Que l’on pouvait, alors que l’on croyait toucher la perfection, s’élever encore un peu plus vers l’émerveillement.
Hier, Roger Federer n’a pas bien joué. Il n’a pas très bien joué. Il a tout simplement trop bien joué.
Trop parce que tout, de son être, transpirait ce sport magnifique.
Federer était à la fois un tennisman, un escrimeur (dans le côté coups mouchetés), un boxeur (mais pas un frappeur, plutôt un esquiveur).
Il était aussi une ballerine, montant au filet tel l’overcraft qu’était alors Stefan Edberg, devenu aujourd’hui son coach.
Il a tellement trop bien joué, Roger, qu’à certains moments, j’ai eu peur qu’il atteigne l’orgasme tennistique et, qu’ensuite, il arrête sa demi-finale, heureux d’avoir touché ce que personne ne pensait accessible.
Mais Federer est tellement souvent proche de l’extase qu’il a réussi à la contenir, jusqu’à la balle de match.
La balle de finale.
Messieurs, Andy, Roger, messieurs, merci.

NB : au préalable, Noovak Djokovic, jouant à 80% avait facilement dominé Richard Gasquet. Aujourd’hui, Serena Williams partiira favorite face à Garbine Muguruza. Laquelle dispose de la puissance nécessaire pour faire jeu égal, mais pas pendant tout un match. Pas encore, et pas en finale. Rendez-vous à 15 heures.

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