Retour sur un Roland Garros particulier en pensant à Justine…

0
823
20110116 - MELBOURNE, AUSTRALIA: Belgian tennis player Justine Henin and Novak Djokovic pictured during a Rally for Relief charity tennis match to raise funds for victims of the Queensland floods at the Rod Laver Arena ahead of the Australian Open Grand Slam tennis tournament in Melbourne Park, in Melbourne, Australia, Sunday 16 January 2011. The Australian Open, the first Grand Slam tennis tournament of the year, takes place from Monday 17 January to 30 January. BELGA PHOTO PHILIPPE BUISSIN

Il m’aura fallu quelques jours pour assimiler ce Roland Garros oh combien particulier.

Particulier car il s’en est passé des choses, dont bien entendu la troisième défaite de l’histoire de Rafaël Nadal à Roland Garros mais la première en demi-finale.

Il y a eu le forfait de Roger Federer après son succès en quatre sets face à Koepfer. Il s’agit peut-être de sa dernière victoire à Roland…

Il y a eu cette finale dames incongrue que personne – personne – n’avait vue venir et qui ne garantit aucunement que le tennis féminin se trouvera une leader dans les saisons à venir.

Il y a eu la polémique autour du retrait de Naomi Osaka, qui peut poser question.

Il y a eu le très mauvais Roland Garros des Belges, que la la très belle finale de Katz en double juniors ne peut pas camoufler.

Et il y a eu, évidemment, les deux retours du Diable Vauvert de ce non moins diable de Novak Djokovic, qui a été mené par deux fois deux sets à zéro avant d’émerger en cinq manches.

Il l’a fait contre le jeune Italien Musetti – celui dont on disait qu’il était anormal que Goffin perde … – et, surtout, il l’a fait en finale face à Stefanos Tsitsipas qui semblait promis à un premier titre en Grand Chelem.

A la fin du deuxième set, Djoko est allé dans les vestiaires avant de revenir galvanisé.

Ce passage a déclenché des commentaires suspicieux, ce qui n’aurait jamais été le cas s’il s’était agi d’autres joueurs comme par exemple celui que l’on affuble grotesquement du titre de GOAT depuis des années.

Le dis grotesquement parce que, depuis le début, je précise ici même qu’il est grotesque de comparer les époques et, même, les joueurs. La lecture du palmarès de Federer, Dojokovic et Nadal témoigne que poser la question : « qui est le GOAT », n’a aucun sens. Mais tel n’est pas mon propos du jour.

Non, je vais me concentrer sur deux aspects de ce Roland Garros.

Le forfait de Naomi Osaka.

J’ai toujours dit que le fait d’être un champion et d’être riche n’empêchait pas d’être déprimé, voire en burn out. Lorsque David Goffin s’est plaint il y a 8 mois de démotivation à Paris du fait de la crise sanitaire, j’ai écrit que si je pouvais comprendre le meilleur Belge, j’estimais qu’il aurait été préférable de ne pas jouer le tournoi et de se taire ou, de le jouer et de ne pas se plaindre au terme de sa défaite. L’époque, disais-je, n’était pas opportune pour qu’un champion de sa trempe, dans les conditions de vie qui sont siennes, se plaignent ouvertement. David partageait d’ailleurs ce point de vue, reconnaissant même plusieurs fois que, par rapport à la grande majorité de la population, il avait de la chance.

Pour Naomi Osaka, je dirai la même chose. Je peux comprendre qu’elle soit en burn out mais j’aurais préféré qu’elle ne vienne pas à Paris plutôt que de quitter la ville lumière après un match. J’aurais préféré qu’elle se fasse plus discrète car, si je suis le premier à défendre les joueurs de tennis, si je suis le premier à dire que la vie sur le circuit n’est pas le paradis terrestre que certains évoquent, je me dois aussi de confirmer qu’il ne s’agit pas du tout du bagne, du moins pour les Top 100 ou Top 150.

Oui, Osaka traverse une période compliquée mais elle dispose des moyens nécessaires – et comment ! – pour s’entourer médicalement, psychologiquement. Ce qui n’est pas le cas de tous les joueurs de tennis et encore moins de tous les êtres humains.

Cet encadrement médical m’amène d’ailleurs au deuxième sujet de cet article: la forme physique de Novak Djokovic.

Plus on monte dans le classement, plus on a la possibilité financière de s’encadrer de manière hyper professionnelle.

Un joueur de Challenger, en général, voyage avec un coach.

Un joueur du grand circuit va petit à petit construire une équipe qui peut mener, pour les tous les meilleurs, à une véritable entreprise constituée d’un médecin, d’un kiné, d’un nutritionniste, d’un psychologue, …

Plus vous gagnez d’argent, plus vous avez la possibilité de ne vous concentrer que sur la raison même de votre métier: le jeu!

On a d’ailleurs la même chose au niveau politique. Je me souviens par exemple d’un entretien que j’ai réalisé avec Louis Michel. Je lui demandais s’il n’était pas trop stressé par son emploi du temps et voici ce qu’il m’a répondu: « j’ai un chauffeur, je ne fais jamais un numéro de téléphone, je n’envoie jamais un fax, j’ai une douche dans mon bureau, je ne prends jamais de rendez-vous, je ne perds jamais de temps et je me concentre exclusivement sur mon job. Donc, non, je n’ai pas à être stressé alors que vous, par exemple, je suis certain que vous avez tourné une heure pour trouver une place de parking…« 

J’avais en effet passé plus d’une heure.

Pour les joueurs de haut niveau, c’est identique.

Ils passent leur temps à s’occuper de l’essentiel et à soigner leur outil principal qui est leur corps.

Maintenant, ce qui est horripilant, c’est que Djokovic n’a pas la même popularité que ses pairs que sont Nadal et, surtout, Federer. Alors quand lui revient de deux sets à zéro, certains s’amusent à déverser leur bile et à laisser entendre que ce n’est pas normal.

Je vais donc revenir sur un fait de tournoi qui concerne une certaine Justine Henin. Cela se passait à l’US Open en 2003.

Justine Henin était opposée à Jennifer Capriati qu’elle a battu au bout d’un match de feu. Voilà ce que la RTBF écrivait sur son site:

« Au forceps, Henin-Hardenne atteint pour la première fois de sa carrière la finale de l’US Open. A bout de souffle, au bout de la nuit, elle a besoin d’une transfusion après la rencontre et dispute quelques heures plus tard la finale du tournoi, qu’elle remportera contre Kim Clijsters. »

Je ne suis pas une oie blanche et, évidemment, je sais qu’il y a du dopage dans le milieu du tennis.

Je ne le nie pas.

Mais ce que je refuse de faire, c’est de pointer du doigt un champion moins populaire , moins charismatique, ou qui n’est pas de son pays.

Donc, j’ai l’honnêteté de dire que Novak comme Justine sont revenus grâce à leur force mentale et physique et leur encadrement hyper pro.

Qui plus est, dans cette analyse de finale, on oublie un fait important: face à un monstre comme Djoko, terminer une rencontre est bien plus compliqué que la commencer. Mener deux sets zéro sur le Central de Roland Garros face à un joueur qui a déjà gagné 18 titres (19 maintenant) constitue à lui seul un obstacle mental de taille.

Tiens, pour rester dans la comparaison:

On va en 2004 à Athènes.

Après des mois de galère en raison d’un cytomégalovirus, Justine Henin se rend dans la capitale hellène pour goûter aux joies olympiques.

Elle se hisse en demi-finale et est menée 5-1 dans le troisième set face à Myskina.

Comme Djokovic qui s’est parlé à lui même dans les vestiaires alors qu’il était mené deux sets zéro face à Tsitsipas, Justine s’est parlé à elle-même à 5-1.

« Je me suis dit : mince, demain, je vais devoir remonter sur le court pour essayer d’aller gagner… la médaille de bronze. Et je ne pouvais pas imaginer ça. »

Elle est alors revenue, a battu Myskina et a ensuite gagné la médaille d’or.

Djoko est revenu du vestiaire et a gagné Roland Garros.

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY