Regarder la trajectoire. Encore, encore et toujours

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epa06331490 David Goffin (R) of Belgium congratulates winner Grigor Dimitrov of Bulgaria after their round robin match at the ATP World Tour Finals tennis tournament in London, Britain, 15 November 2017. EPA-EFE/NEIL HALL

« Du paradis à l’enfer », « Dur retour sur terre ».

J’en passe et des pires.

David Goffin a donc battu le numéro 1 mondial en trois longs sets lors des ATP Finals, le premier Masters auquel il participait. Pour ce faire, alors qu’il est logiquement – comme tous les autres – fatigué par une fin de saison exceptionnelle, David a puisé dans ses réserves physiques et mentales. On ne bat pas Nadal en trois manches serrées, qui plus est après avoir eu l’opportunité de gagner en deux sets, sans séquelles. Les envois de l’Espagnol sont lourds, son mental est destructeur et son aura est terrifiante.

Malgré cela, David Goffin a battu Rafaël Nadal en trois sets, lors de l’un des plus importants tournois de l’année.

Etait-il au paradis pour autant? Ben non, il n’était pas au paradis. Il savourait avec un plaisir légitime cet exploit (oui, je parle d’exploit, peu me chaut le fait que Nadal était ou non diminué). Il était heureux d’avoir battu le premier mondial, ce qu’aucun Belge masculin n’avait réussi avant lui. Il était fier d’avoir réussi à battre, la même année, Nocvak Djokovic et Rafaël Nadal, deux monstres sacrés.

Mais on ne va pas au Paradis pour si peu. Déjà, on ne parle pas de Paradis pour les sportifs mais de Mont Olympe, mais c’est un détail 😉

Pourquoi n’était-il pas au Paradis, David? Tout simplement parce que ce succès face à Nadal est survenu lors du premier match d’une compétition chargée. Il s’agissait d’une victoire, certes superbe, mais d’une simple victoire qui, de plus, ne donnait pas accès au deuxième tour.

Donc, non, lundi soir, David n’était pas ciel, il avait encore les pieds sur terre.

Comme il les a depuis toujours.

Mercredi, David a perdu son deuxième match face à Grigor Dimitrov. Le score est sévère mais, en tennis, un score ne veut rien dire.

Avant tout, rappelons qui est Grigor Dimitrov. Le Bulgare est 6eme mondial (ben oui, hein, on est au Masters). Le fait de battre Nadal, numéro 1 mondial, ne fait pas forcément de vous le favori d’un match joué le surlendemain face à un Top 6.

Bref, Dimitrov est donc 6e mondial, considéré depuis des années comme un talent pur (ce qu’il est) et surnommé un peu à tort baby Federer. Federer qui ne réussit pas trop à Goffin, pas plus que Dimitrov, qui menait 6-1 dans ses duels avec le Belge avant la rencontre d’hier.

Un score, disais-je, ne veut rien dire. Le début du match a été de bonne qualité mais tout a tourné pour Dimitrov. Il était, comme il le reconnaîtra lui-même, sur un nuage. « Tous mes choix étaient les bons, j’étais comme un automate. » Quand un joueur brille de cette manière, son adversaire, forcément, éprouve des difficultés à entrer dans le match et, surtout, à y rester. Touché mentalement par le double break, David n’a réussi à sortir la tête de l’eau qu’à 3-0 dans le deuxième set. Il a alors eu la possibilité de recoller au score à 3-1 en effaçant le break. S’il l’avait fait, le match aurait pu commencer. Il ne l’a pas fait, Dimitrov était plus fort. Simplement plus fort.

David Goffin est-il donc en enfer? Ben non. Du tout. Allons.

David Goffin est un joueur professionnel, un joueur du Top. Il sait que, parfois, il gagne, parfois il perd, il n’y a pas de match nul, en tennis.

Ici, il a gagné contre un top top, il a perdu contre un top.

Le score? On s’en fout du score.

Ce qui compte, comme l’a dit Thierry Van Cleemput, c’est le parcours, l’ensemble de la trajectoire.

Ce qui compte, c’est le fait d’être là, à Londres. Et d’aller ensuite à Lille.

Ce qui compte, en tennis, en sport d’élite, ce ne sont pas les résultats au jour le jour, c’est le bilan.

Le bilan en fin de semaine, en fin de mois, en fin de saison.

En fin de saison, David sera au pire 8e mondial. En fin de saison, David aura été au Masters, en finale de la Coupe Davis, aura gagné deux tournois, aura battu les deux premiers joueurs du monde.

En fin de saison; peut-être, David aura gagné la Coupe Davis. Aura peut-être été en demi-finale du Matsres face à Roger Federer.

Peut-être. Peut-être pas.

Il ne va peut-être pas se qualifier pour la demi des ATP Finals? Ben oui, peut-être. Mais cela n’enlèvera rien au fait qu’il les a disputés, ces ATP Finals et qu’il y a battu Rafa.

Il ne gagnera peut-être pas la Coupe Davis avec ses potes. Ben non, peut-être pas mais cela n’effacera pas l’incroyable performance d’avoir, par deux fois en deux ans, avec toute l’équipe, hissé la Belgique en finale de l’une des plus prestigieuses compétitions par équipe du sport mondial.

Non, David n’a pas été au Paradis et, non, il n’est pas en Enfer.

Lui, il garde les pieds sur terre.

Il serait bon, parfois, que certains observateurs fassent comme lui.

Ni s’enflammer, ni se désespérer.

Regarder la trajectoire. Encore, encore et toujours.

 

5 COMMENTS

  1. Moi je pense que contre Dimitrov il a laissé filer le match dans le 2 ième inconsciemment. La différence entre s’accrocher sur tout et ne pas le faire est ténue en tennis. Tout qui joue au tennis a déjà expérimenté cela. Parfois on ne joue pas des quinze, voire des jeux à fonds, en fonction de la tournure des choses. C’est souvent imperceptible de l’extérieur. Mais s’il a laissé filer, je pense qu’il a eu parfaitement raison vu le format de la compétition. Il fallait tout garder pour le 3ième match contre Thiem. C’est peut-être même une preuve de maturité et d’intelligence. Ca devient dur physiquement d’enchaîner, même pour lui qui a une super condition physique donc il faut gérer.

  2. Cher Patrick,

    Votre passion à défendre David contre tous ses ennemis supposés ou réels et contre vos confrères de la presse est touchante… et délicieusement déraisonnable… 🙂

    L’usage des métaphores est-elle devenu un crime pénal?… Je crois que David lui-même reconnaîtrait que son état émotionnel intérieur était bien différent à l’issue de son premier match et à l’issue de son deuxième… comme un mini-exil du jardin d’Eden? (aie je prends des risques!) ou plus simplement comme une page tournée après un chapitre de grande satisfaction dans le grand livre d’une carrière qui continue à s’écrire.

    C’est surtout le vécu terrible des joueurs de tennis d’une semaine à l’autre comme le rappelait David… La plupart des tournois s’achèvent pour l’immense majorité des joueurs sur une défaite, même pour tous ceux qui ont accompli des performances ou exploits inespérés en cours de tournoi. Seul celui qui soulève la coupe peut éprouver une joie non mitigée… jusqu’au tournoi suivant… Pas évident, tout cela…

    Et, bien sûr, ce que cela coûte de battre Nadal n’est pas à sous-estimer… Rares, très rares sont ceux qui arrivent à le battre et à gagner le match suivant dans le même tournoi.

    Ceci dit, je n’ai pas du tout l’impression que David soit une fragile victime d’un public incompréhensif et de journalistes mal-intentionnés en quête de sensasionalisme… Simplement, vous le savez comme nous tous, on grossit toujours un peu le trait dans la presse… et ce n’est pas plus grave que cela!

    • Chère Eva,
      vous qui me lisez depuis longtemps savez que je ne défends pas David coûte que coûte. Je lui ai même écrit une lettre ouverte et quelques posts pour qu’il se bouge et ou réagisse. Ce n’est pas défendre David que de rappeler la réalité du tennis. Et je n’ai jamais écrit non plus que David était une victime. Cela dit, ravi que vous me trouviez délicieusement déraisonnable 😉

  3. Merci pour cette mise au point.

    Je ne dis pas qu’il a volontairement laissé filer le match mais il n’était sans doute pas mentalement disposé, dans cette fin de saison surchargée, à tout donner sur ce match pour que, finalement, tout se joue quand même lors du dernier match contre Thiem (qu’il a plus de chances de battre). Ca plus la grande forme de Dimitrov, ça explique le score sévère.

    Je suis convaincu qu’on verra un autre match contre Thiem !

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