Rebel without a cause. Superbe Serena

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08/07/2010 - Brussels - Roi BAUDOUIN STADIUM - Best Of Belgium:Kim CLIJSTERS VS Serena WILLIAMS / Justine HENIN Copyright: Ph. BUISSIN/ IMAGELLAN

Serena Williams va donc à nouveau essayer de rejoindre Steffi Graf au classement des lauréates de Grand Chelem. A cette occasion, je vous propose un papier que j’ai écrit en juillet 2010. Je n’ai malheureusement pas beaucoup de temps d’analyser les matches de Wimbledon cette année (ah, cet Euro 2016) mais je ferai un direct commenté des deux finales.

Post paru le 3 juillet 2010.

Aujourd’hui, alors que Serena Williams entre plus encore dans l’histoire du tennis féminin, j’aurais pu vous parler de son enfance. De sa naissance en 1981 à Saginaw, dans le Michigan. De son premier déménagement à Compton où elle commença à jouer au tennis alors qu’elle n’avait que six ans.

Aujourd’hui, alors que Serena Williams vient de remporter son 13ème tournoi du Grand Chelem, j’aurais pu évoquer les regards biaisés qui l’ont accueillie, ainsi que sa sœur Venus quand, au milieu des années 90, leur père Richard clamait haut et fort que ses deux filles – oui, ses deux filles- occuperaient un jour la première place mondiale. J’aurais pu évoquer l’énervement qui se faisait jour lorsque les deux sœurs apparaissaient et que, manifestement, elles et leur clan dérangeaient. A cause de la gouaille du père, par la place que prenaient les Williams dans le circuit mais aussi et surtout, par le fait que tout le monde, sans oser le dire, savait que Richard, en fin de compte, avait peut-être bien raison.
Aujourd’hui, alors que Serena Williams est tout simplement devenu la sixième joueuse de tous les temps dans le classement du nombre de victoires en Grand Chelem, j’aurais pu vous parler des passions de cette joueuse. De ses envies particulières, qui l’ont vue par exemple être actrice dans un drame de la NBC “ER”, dans la série d’ABC, “My Wife and Kids”. J’aurais aussi pu vous faire savoir que Serena avait prêté sa voix à un personnage des Simpson’s et à celui d’un film sorti des studios Disney.
Aujourd’hui, alors que Serena Williams conforte plus que jamais sa première place mondiale, j’aurais aussi pu vous parler de sa passion pour la mode, elle qui a créé sa propre ligne de vêtements. Ou alors de sa générosité qui la voit investir énormément d’argent et de temps dans des écoles de tennis pour jeunes défavorisés.
Aujourd’hui, alors que Serena a battu Vera Zvonareva en deux petits sets, j’aurais pu vous parler de cet épisode tragique lorsque Yetunde, l’une de ses soeurs, a été assassinée dans les rues de la banlieue de Los Angeles. J’aurais aussi pu évoquer les fameuses finales entre elle et sa soeur Venus qui ont tant fait couler d’encre. D’aucuns estimant que ces matches étaient arrangés et que c’était le père qui décidait du nom de la lauréate. Père qui avait aussi la folie des grandeurs, déclarant au début de l’accession au sommet de ses filles qu’il désirait acheter le Rockefeller Center.
Mais non, aujourd’hui, j’ai envie de vous parler de la joueuse de tennis. De Serena Williams, tenniswoman.
De cette joueuse extraordinaire qui, l’air de rien, est au sommet depuis… 1999. Puisque c’est cette année-là qu’elle a remporté son premier Grand Chelem, à l’US Open… Depuis, elle a gagné ou atteint la finale d’un grand chelem au moins une fois par saison, sauf en 2000 et 2006!
Comment expliquer cette longévité et ce palmarès?
Longévité. Serena Williams ne joue plus énormément de tournois et ne donne vraiment tout que dans les grandes occasions, soit les Grand Chelem et, parfois, les Masters. Elle peut aussi disparaître quelques mois pour vivre d’autres passions et, donc, se vider la tête. A plusieurs reprises, on a pu croire que son départ vers les scènes de télé ou sa passion pour la mode allaient l’éloigner définitivement des courts. Mais, à chaque fois, elle est revenue et, à chaque fois, elle est revenue au sommet. Parce qu’elle était en manque et que, donc, elle avait envie.
Longévité, aussi, parce que le jeu de Serena lui permet de s’appuyer sur un service tonitruant et un coup droit qui ne l’est pas moins. Serena, bien souvent, peut contrôler ses matches et s’offre énormément de points dits gratuits (ace, services gagnants, coups droits en une frappe). Qui plus est, toujours grâce à cette faculté de décocher un énorme coup quasiment dans toute les positions (elle joue même parfois avec l’équilibre et se moque du classicisme), elle peut revenir du Diable Vauvert contre n’importe laquelle des adversaires.
On a beaucoup dit que le jeu de Serena Williams était assez simpliste, qu’il manquait de variation. Ce n’est pas tout à fait faux. Mais pourquoi diantre Serena se mettrait elle à jouer autrement alors que sa puissance lui a permis de gagner 13 titres en Grand Chelem? Il faudrait être folle pour ne pas se satisfaire de ce palmarès, d’autant que je précise que ce jeu lui a permis de gagner dans chacune des quatre levées du Grand Chelem, dont Roland Garros!
Et puis, n’exagérons tout de même pas. S’il est simple, le jeu de Serena est tout de même assez complet. Elle sert aussi bien que beaucoup de joueurs, elle a un coup droit explosif dans toutes les positions, elle sait, avec son revers, changer d’angle au dernier moment. Et elle volleye très bien, ce qui s’explique entre autres par le fait quelle joue beaucoup en double. Le seul petit bémol, dans son jeu – et encore – c’est qu’elle ne chipote pas trop bien. Mais, à vrai dire, elle a rarement besoin d’une amortie pour prendre le quinze.
Certains, aussi, ont osé dire que la puissance de Serena était douteuse. Pourtant, si elle est impressionnante physiquement, Serena est plutôt bien proportionnée: 68 kilos pour 1m75, soit exactement les mêmes données que celles de Kim Clijsters. Mais il est vrai que sa physionomie et, aussi et surtout, sa manière de jouer, impressionnent.
Mais, si le palmarès de Serena Williams est ce qu’il est, c’est avant tout parce qu’elle ne doute JAMAIS. Quand elle vient dans un grand tournoi, Serena sait qu’elle peut le gagner. Non, je me trompe, elle sait qu’elle VA le gagner. Alors, oui, parfois, elle le perd. Mais dans le tournoi suivant, elle a toujours la même confiance. Elle a cette faculté – que n’a plus tout à fait sa sœur Venus – de ne jamais se mettre de pression inutile. Sachant qu’elle est la meilleur du tableau (même quand elle ne l’est pas réellement), elle monte sur le terrain concentrée sur son seul objectif: la victoire.
Et elle est prête à se battre jusqu’à la dernière balle, enivrée par le seul fait de savoir qu’elle ne peut pas perdre. Un peu comme John McEnroe en son meilleur temps. Serena, sur un terrain, est une rebelle. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’elle a donné le nom de « Rebel without a cause » à l’une de ses lignes de vêtements.
Et elle ne tergiverse pas non plus. Quand elle est en difficulté, elle maintient la pression, persuadée, encore une fois, que son jeu va finir par payer. Et, bien souvent, je le répète, il paye.
Comment battre Williams? En puissance. Il y a moyen à condition de jouer à 100% tout au long du match. Kim Clijsters, Maria Sharapova, entre autres, en ont les moyens. Ou alors en variant sans arrêt les effets et les hauteurs de balles. Comme l’a fait plus souvent qu’à son tour Justine Henin.
Mais cette année, aucune joueuse, ni à l’Australian Open, ni à Wimbledon, n’a réussi à prendre la mesure de Serena Williams.
De cette Serena Williams qui, depuis plus de dix ans, mérite plus que du respect. De l’admiration.
Cette joueuse est, tout bonnement, la joueuse de la décennie.
Il n’y a aucun doute là-dessus et j’en suis fort aise moi qui suis un passionné des Williams (même si j’ai une légère préférence pour Venus), filles et père réunis, depuis le milieu des années 90.
Les Williams qui, sauf en 2004 et 2006 ont remporté tous les tournois de Wimbledon depuis 2000.
Soit 9 titres sur les 11 derniers.
What a family!

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