Que c’est beau, le tennis, quand, loin d’être parfait, il offre tant d’émotions

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08/02/2015 - Antwerpen - BNP PARIBAS FORTIS DIAMOND GAMES - Qualifying match - Elise MERTENS (BEL) ©IMAGELLAN

Darcis a à nouveau sorti un match dont il a le secret. Mertens a été incroyable face à la troisième mondiale.

Quelle soirée. Mais quelle soirée.

Bon, allez, je ne vais pas vous mentir: je ne parle pas de la qualité intrinsèque des matches que j’ai regardés. Mais, à vrai dire, cette qualité, je m’en moque.

Vous qui me suivez depuis longtemps (enfin je l’espère), savez que ce qui me plaît, en tennis, ce n’est pas tant la pureté technique (mais j’adore Federer) mais bien l’âme qui se dégage d’une rencontre. L’esprit dont font preuve les joueurs. L’envie qu’ils dégagent.

Ce que j’aime par dessus tout, en tennis, ce sont les gladiateurs. Ce n’est pas pour rien que, parmi mes joueurs préférés, depuis que je suis passionné, il y a les Solomon, Vilas, Wilander, Borg, Chang, Courier, Nadal, Van Garsse et, bien entendu, Steve Darcis.

J’ai bien dit, parmi mes joueurs préférés, je n’ai pas dit que je n’aimais pas les orfèvres qu’étaient ou que sont John McEnroe, Pete Sampras, Roger Federer, David Goffin et tant d’autres.

Mais, si je devais faire un choix entre deux rencontres, je prendrais toujours celle qui me permet de voir deux gladiateurs se donner corps et âme. Pas toujours au plus haut niveau, pas toujours dans un Grand Chelem.

Non, un gros match dans un 10.000 dollars me convient.

Un gros match dans un Challenger.

Ou un gros match en début de Grand Chelem.

Entre, par exemple, un jeune Australien qui rêve de confirmer que sa place dans le Top 100 n’est pas une erreur et un alerte trentenaire, qui veut absolument que sa carrière, interrompue régulièrement par les blessures, se poursuive pendant deux ou trois ans (ou plus, hein Steve) sans pépins, mais avec de l’émotion, de l’envie, de la joie.

Ou encore, un gros match entre une star du Top 5, Garbine Muguruza, et une jeune joueuse Belge, n’ayant peur de rien, de personne. Pas même de la chaleur new yorkaise ou du prestige du terrain qu’elle foule, le très réputé Louis Armstrong.

Hier soir, donc, j’ai pris mon pied.

Enfin, au début, c’était un pied fébrile quand ce diable de Jordan Thompson, du haut de ses 22 ans et de son envie de bien faire, a empêché Steve Darcis de bien servir, voire même de bien jouer. A tel point que cet Aussie s’est envolé dans la chaleur de Big Apple pour mener 7-5 6-3 5-3 service à suivre.

Darcis, Steve, the Shark, le gladiateur était-il à genoux?

Oui, il l’était.

A-t-il courbé l’échine?

Ben non, c’est quoi cette question?

Vous ne connaissez pas Steve ou quoi? Vous l’avez déjà vu se coucher tant que la dernière balle n’est pas terminée.

Oui, c’est vrai, il s’est couché en Coupe Davis. Mais c’était APRES la balle de match. Pas avant.

Donc, à New York, ce lundi de premier tour, dans une chaleur torride, Steve Darcis est mené. Largement mené.

Comme il avait été mené au dernier tour des qualifs par Enrique Lopez-Perez face auquel il avait sauvé trois balles de match. Et face auquel il s’était relevé.

Steve Darcis est mené. Largement.

Balle de match.

Sauvée.

Balle de match, sauvée.

Et Steve gagne le set. Au tie-break.

La route est longue mais Steve est debout. Pas encore fringant, ni dominateur.

Mais debout.

Et, pour lui, être debout veut dire que tout est possible. Tout.

Le quatrième set. Thompson est toujours là mais on sent que le 4e set va être capital.

La bataille se poursuit. Plus une bataille de tranchée qu’un duel de fleurettistes mais, une nouvelle fois, l’intérêt n’est pas là. Mais dans la volonté.

Et c’est précisément à la volonté que Steve va chercher cette quatrième manche. 6-4.

Ah, se disent alors sans doute la plupart des fans de tennis: il ne peut rien lui arriver, à Darcis. 5 sets, c’est son affaire.

Euh, dites, juste un petit bémol: avant cette rencontre face à Thompson, Steve avait joué 8 matches ayant été aux cinq sets et il n’en avait gagné qu’un seul.

Thompson, lui, n’en avait joué que deux. Et les avait perdu tous les deux.

Mais bon, je vois bien ce que vous pensiez: du haut de son fighting spirit et de son expérience, Steve ne pouvait pas perdre, d’autant que l’Australien montrait des signes de fatigue (ben tiens).

Et Steve prend en effet les devants. Il s’échappe en milieu de set et sert pour le match à 5-4.

Balle de match.

Thompson la sauve (quel combattant, lui aussi, bien qu’à la limite des crampes).

5 partout.

Il y a tie-break dans le 5e à l’US Open. Va-t-on y aller?

Vont-ils y aller?

Non, Steve en a encore dans les jambes, dans le coeur, dans la tête.

Jordan, lui, a tout donné.

Il craque à 5-5.

6-5 Darcis.

Et 7-5.

Il a sauvé des balles de match en qualifs, il est revenu de deux sets zéro au premier tour et a sauvé deux balles de match.

Il est debout. Encore.

Toujours.

A 32 ans.

12 ans.

12 ans, c’est la différence d’âge entre Steve et Elise. Entre Darcis et Mertens.

Je quitte donc le terrain T6 pour aller sur le Louis Armstrong.

Muguruza, 3e mondiale, est menée 5-1 par Mertens, 138e mondiale.

J’écarquille les yeux, vérifie que je ne me trompe pas.

Non, c’est bien 5-1 pour Elilse, qui en est à son premier match dans un tableau final du Grand Chelem.

5-2 puis 6-2.

L’Espagnole fait appel au médecin, sans doute touchée par la chaleur (et dans son amour propre).

Elle s’envole par la suite. 6-0 3-1.

KO, Elise?

KO? Elise!

Mais enfin, pas du tout.

Du haut de sa double décennie et de son manque d’expérience elle ose. Oui, elle ose.

Et grâce à un coup droit venu d’on ne sait où, elle fait à nouveau trembler la star et revient à 3-3.

Oui, 3-3 dans le dernier set.

Face à la troisième mondiale.

Je le répète.

Qui parviendra alors à donner le dernier coup de rein pour s’imposer 6-3 dans cette troisième manche.

Mais quelle rencontre d’Elise.

Quel match.

Quels matches.

Quelle soirée.

Que c’est beau, le tennis.

Même quand il n’est pas parfait.

 

PS: Alison Van Uytvanck a perdu en deux sets face à Wang. Je précise aussi que ce n’est pas une volonté de ma part de ne pas faire des directs commentés mais je n’ai plus accès au programme du Soir. Je cherche une solution, si pas pour ce soir, du moins pour la fin de semaine.

3 COMMENTS

  1. Bonjour,

    J’ai hâte de découvrir le jeu de cette Elise Mertens que je n’ai jamais vue à l’oeuvre sur un court de tennis mais pour avoir suivi certaines prestations récentes de Muguruza, je peux vous dire qu’elle n’a actuellement plus rien d’une 3e mondiale ou d’une gagnante de GC. Comme d’autres avant elles (Kerber en mars-avril-mai par exemple), elle a visiblement du mal à composer avecson nouveau statut. N’est pas Justine, Kim ou Serena, qui veut…

  2. Bonjour à tous,
    J’ai vu tout le match de Elise, hier.
    Franchement quand on est 3ieme mondial, et que l’on joue contre le 138ieme, on ne fait pas appel au docteur pour lui raconter qu’on a besoin de jouer la comédie, de gagner du temps.
    On joue, on cogne, on se bat, et on gagne.
    Comportement de cinéma tout à fait misérable en fin de premier set.
    Sinon, magnifique match de Mertens. merci à elle pour les émotions.

  3. En tennis, comme ailleurs, les morts sont souvent là. Hier, tout particulièrement, on a senti la présence de Julien Hofferlin. C’est le genre de victoire qu’il aurait aimé : un fighting spirit exceptionnel chez Steve qui gomme les épaules pendantes, les signes du corps négatifs à l’adversaire et qui pousse à continuer jusqu’au bout pour cet amour de la compétition.

    A propos d’Elise, c »est très justement dit. Elle n’a peur de rien. Elle a géré son match de manière magistrale. Elle construit bien, ce qui lui permet de faire des enchaînements gagnants. Son jeu n’est pas encore assez précis ou trop risqué dans les moments décisifs. Patience. On en profite pour saluer sa mère qui l’accompagne sur le circuit et qui est d’un soutien indispensable.

    Quant à Alison, on espère qu’avec son nouveau coach qui l’attend à Tennis Vlaanderen à son retour, qu’elle va reprendre confiance dans son jeu offensif.

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