Que c’est beau, le bonheur

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epa06251991 David Goffin of Belgium celebrates after defeating Adrian Mannarino of France in the final match of the Japan Open tennis championships in Tokyo, Japan, 08 October 2017. EPA-EFE/KIMIMASA MAYAMA

Un sourire.

Trois sourires.

Un visage qui s’ouvre.

Trois visages qui s’ouvrent.

Une tension folle qui disparaît.

Un aboutissement?

Non, pas un aboutissement.

Une certitude.

Une certitude tangible: un titre en ATP 500 et une dixième place mondiale.

David Goffin sourit, Thierry Van Cleemput sourit, Stéphanie sourit.

Cette victoire à Tokyo, ce n’est pas simplement une ligne sur un palmarès.

Pour David et le clan Goffin, il s’agit tout bonnement de la fin d’un parcours et du début d’un autre.

Ils le savaient, eux, que David était un champion. Qu’il pouvait gagner des titres, qu’il pouvait se transcender, qu’il pouvait battre tout le monde, qu’il avait cela en lui.

Ils le savaient, eux, que tout était possible.

Mais savoir ne suffit pas.

Gagner des matches extraordinaires ne suffit pas.

Qualifier deux fois la Belgique (avec ses potes) pour la finale de la Coupe Davis ne suffit pas.

Battre Novak Djokovic ne suffit pas.

Gagner trois ATP 250 ne suffit pas.

Monter une fois déjà dans le Top 10 ne suffit pas.

Pour eux, oui.

Mais le tennis ne se joue pas en cercle fermé.

Et, même si c’est parfois harassant, irritant, il faut, sans cesse apporter des preuves.

Des preuves tangibles.

« Jamais David Goffin ne rentrera dans le Top 10. »

Il y est entré deux fois et est 8eme à la race.

« Jamais il ne gagnera de gros tournois ».

Il a gagné un ATP 500 une semaine après avoir remporté un ATP 250.

« Il n’a pas de mental »

Il a remporté cette année 19 matches qui se sont joués dans le troisième ou cinquième set! 19 victoires pour seulement 4 défaites!

« Il ne se transcende jamais »

Vous l’avez vu contre Kyrgios, contre Ebden, contre Schwartzman, contre Mannarino.

Un sourire.

Trois sourires.

Ils savourent, David, Thierry et Stéphanie.

Ils savourent le présent comme sans doute jamais ils n’avaient encore eu l’occasion de le faire.

Si eux n’avaient pas de doute, aujourd’hui, personne – sauf les ignares et les mauvaises foi – n’en a plus: David est un champion.

Point.

Pas un Federer ou un Nadal, non – les extra-terrestres restent des extra-terrestres – mais un champion de niveau mondial qui fait partie des dix meilleurs d’un sport individuel médiatisé qui se joue sur les cinq continents.

Un champion.

Qui gagnera encore des titres, qui perdra encore des matches dits faciles.

Mais il n’en a cure.

Ils n’en ont cure.

Ils savaient.

Ils savent.

Ils sauront.

Que David est David.

Que le champion est un champion.

Qu’il le reste.

Que plus personne, plus rien, ne pourra dire le contraire.

Que c’en est fini des sarcasmes, des non dits, des hypothèses, des mises en doute.

David est libéré.

Thierry est libéré.

Stéphanie est libérée.

Mais il y a encore mieux.

Non seulement David est libéré mais il est en train de se doter d’une arme fatale.

Son service, en effet, commence à lui offrir des points gratuits.

Mieux encore: il monte au filet. Oui, monsieur, il monte au filet.

Il n’est pas encore Stefan Edberg, mais il fait des points. Il a même des réflexes étonnants, et il commence à avoir une main. Il devient adroit.

En osant, en se libérant, David Goffin se construit un jeu plus complet.

Et, pour gagner un énorme tournoi (entendez un Grand Chelem), il faut une arme fatale.

D’ici quelques mois, le service se sera encore amélioré, et la volée aussi.

Il n’y a pas de doute là-dessus: libéré, soulagé, David et les siens vont maintenant travailler davantage encore.

Mais dans l’extrême sérénité que confère le statut de champion qui n’est plus mis en doute.

Et, avec une arme fatale, oui, David pourra  gagner un Grand Chelem.

C’est la première fois que je l’écris car, jusqu’ici, je n’avais pas vu cette arme fatale dans le jeu éblouissant de David.

Aujourd’hui, elle se dessine.

Donc, oui, aujourd’hui, je peux le dire: David peut gagner un Grand Chelem.

Je n’ai pas qu’il allait en gagner un. J’ai dit qu’il pouvait.

Un sourire.

Trois sourires.

Un visage radieux.

Trois visages radieux.

Que c’est beau, le bonheur.

 

3 COMMENTS

  1. Il y en avait un quatrième, celui des supporters japonais qui savent appréciier le tennis de David.
    En effet, son tennis n’est pas toujours compris. Lors des applaudissements de fin match aux quatre coins du monde, on entend parfois le public venir supporter son adversaire même si David a emporté le match. Simplement, parce que beaucoup espèrent du vainqueur des services à du 220 km/h et des coups agressifs.
    Ici, David se retrouvait dans un bain qui convient bien à ce qu’il est : combattif avec des coups qui tapent juste avec une attitude zen.
    Il a montré tout au long de ces deux semaines qu’il a mis fin à la décomposition du mental,orsque le jeu ne tourne pas toujours en sa faveur. Le compagnonnage avec Steve Darcis, le travail collectif du coach fédéral et de son équipe y sont aussi pour beaucoup. C’etait Le cinquième sourire avec les nôtres.

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