Quatre années. Goffin et son staff ont travaillé. Contre vents et marées.

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06/03/2016 - LIEGE- Davis Cup Belgium vs Croatia - MATCH4- David GOFFIN vs Marin CILIC ©Philippe Buissin/ IMAGELLAN

Après un huitième des plus sérieux face à Gulbis, David va tenter de rejoindre les demi-finales de ce Roland Garros étonnant. Rendez-vous à 13 heures (je créerai un autre post).

Quatre années. La durée d’une Olympiade. Et cela tombe bien puisque 2016 est année olympique.

Quatre années.

2012. Un huitièmes de finale qui a déchaîné les passions.

2016. Un quart dont on parle moins que des Diables et peut-être moins aussi que du huitièmes de 2012.

Quatre années.

C’est énorme en sport, et en tennis.

Quatre années pendant lesquelles on a tout lu, tout entendu.

L’euphorie, je l’ai dit, générée par ce parcours surréaliste (et un rien chanceux) de 2012. Un parcours stoppé par un certain Roger Federer, l’idole du jeune Goffin.

Puis l’impatience. Car d’aucuns pensaient que Goffin, forcément , allait enchaîner les bons résultats dès 2012 et surtout en 2013. Alors qu’il fallait vraiment qu’il absorbe sa nouvelle vie, qu’il s’acclimate au grand circuit.

Le doute, quand il est sorti du Top 100. Et que d’aucuns, les mêmes, laissaient entendre que, jamais, il n’y arriverait. Que le Roland Garros 2012 n’avait été qu’un feu de paille. Que Goffin était trop fin, pas assez musclé, trop gentil.

Pas assez fort pour se forger un caractère.

L’euphorie, encore, quand David a enchaîné en deuxième partie de 2014 un nombre de victoires sidérant. Gagnant challengers puis tournoi, se défaisant de tous ses rivaux en développant un jeu de rêve.

Le doute, à nouveau, quand le début de 2015 allait être plus compliqué.

Le doute et la critique, toujours. D’aucuns, les mêmes, oui, les mêmes, disant que c’était pas mal d’être 25 mais que, jamais – JAMAIS – il ne parviendrait à se faire une place au soleil. Qu’il n’avait pas l’étoffe, le coffre, le caractère pour entrer dans le Top 15, et encore moins le Top 10. Qu’il n’irait jamais loin dans les grands tournois et certainement pas dans un tournoi du Grand Chelem où les matches se disputent en 5 sets.

Il y a encore quelques mois, dans la salle de presse de l’Ethias Trophy, je me souviens d’une conversation avec un ou deux autres journalistes. Qui me soutenaient – sans arguments – que, malheureusement, Goffin ne serait jamais capable de se hisser dans le Top 10 ou dans le dernier carré d’un ATP 1000 ou d’un Grand Chelem. Devant mon incrédulité devant de tels propos, ils se gaussaient de moi, précisant que j’étais sans doute trop optimiste, voire trop naïf.

Quatre années.

Pendant lesquelles David a quasi tout traversé. La médiatisation de 2012, les critiques de 2013 et de début 2014. Les doutes de début 2015.

Mais David, et son staff, ont maintenu le cap.

Ce qui compte, disaient-ils, ce ne sont pas tant les résultats du moment mais la manière dont le jeu, le joueur, évoluent. Ce qui compte, c’est de faire de David le meilleur joueur qu’il peut être.

Pas question de dire trop vite que l’objectif est le Top 10. Non, ce que voulaient Thierry Van Cleemput et les autres, c’était donner toutes les chances à Goffin d’atteindre le meilleur niveau qui sommeillait en lui.

il est impossible, en effet, de savoir trop tôt ce que vaudra plus tard tel joueur. Par contre, depuis très jeune, on peut dire qu’il y a un réel potentiel. Qu’il y a sans doute moyen de mener quelqu’un vers les sommets.

Quels sommets?

Ses sommets!

Un sommet peut être à 100, à 50, à 20, à 10 ou bien à 5.

Peu importe. Ce qui compte, quel que soit le niveau, c’est de tout faire pour atteindre SON sommet.

Et ils ont travaillé. Ils ont fermé leurs oreilles, ont arrête de lire. Ils ont travaillé.

Ont eu l’intelligence de modifier la structure. Réginald Willems avait fait sa très belle part de travail, a laissé la place à Thierry Van Cleemput pour poursuivre la tâche. Puis, on a demandé à un ancien Pro de haut niveau, de venir donner des conseils. En fait, pas vraiment des conseils. Thomas Johansson, du haut de son statut, vient appuyer ce que dit Van Cleemput. Il est parfois utile d’entendre d’une autre bouche ce que l’on nous rabâche depuis des années. Le duo fonctionne. Le staff fonctionne, composé pas uniquement de Thomas et Thierry, mais aussi du papa, de la fiancée, d’un médecin, d’un préparateur physique, d’un préparateur mental, etc. Un staff du Top 10.

Et le travail a payé.

Et Goffin a progressé. Par palier.

Car en tennis, comme dans d’autres sports, on ne progresse pas de manière constante. On absorbe, on absorbe. On perd, parfois beaucoup.

Et puis, tout d’un coup, il y a un déclic.

Généré souvent par une victoire venue de nulle part.

En quatre années il y en a eu des déclics. En milieu 2014, quand David a gagné le Challenger de Tampere.  .

Puis en milieu 2015 quand, à Madrid, il a livré un match inouï – qu’il a perdu – face à Kei Nishikori.

Et au début de l’année, quand Goffin a battu Cilic en Coupe Davis, avant d’aller deux fois en demi-finale d’ATP 1000.

Ah, il ne battra jamais de Top 5? Il a battu Wawrinka.

Ah, il n’ira jamais loin en ATP 1000? Il a été dans le dernier carré à Miami et à Indian Wells.

Ah, il n’ira jamais loin en Grand Chelem?

Mais peu importe.

Hier, si vous avez bien regardé la fin du match, vous aurez constaté que la joie de Goffin n’était pas jubilatoire. Certes, la double faute de Gulbis ne poussait pas à se coucher par terre. Pas plus que la sur-domination du Belge.

Mais non, hiier, si David était content de lui – et il pouvait tant il avait démontré que sa colère de la veille avait laissé place à la sérénité d’un grand, même une fois le premier set perdu – il savait que la route n’était pas encore terminée.

Il savait que ce quart, pour merveilleux qu’il soit, n’était pas une fin en soi. Il savait que le quart était pour le lendemain, ce jeudi, et qu’il était jouable.

Alors, David, en grand pro, n’a pas jubilé.

Pas trop.

Exactement comme toujours. Comme en 2012.

Comme il n’a jamais paniqué, comme en 2013 ou 2014.

Pas d’euphorie. Pas de panique. Du travail.

Aujourd’hui, une nouvelle fois, il a rendez-vous avec l’histoire.

Il peut devenir le deuxième joueur belge – masculin – de l’histoire moderne à atteindre la demi-finale de Roland Garros. Quasi vingt ans après Dewulf, il peut nous faire encore davantage rêver.

Donc, il est resté concentré.

Quelles chances a-t-il face à Dominic Thiem?

49,9 %

Oui, vous avez bien lu. 49,9 %.

Pour moi, ce match entre Thiem et Goffin sera particulièrement serré, équilibré. Ces deux joueurs – nés dans les années 90, ce qui veut dire que pour la première fois de l’histoire, il y aura un demi-finaliste né dans ces années-là – sont très proches l’un de l’autre. Dans l’esprit, le jeu, l’amitié.

Si je donne 0,1% de plus à l’Autrichien c’est parce que son match face à Zverev m’a impressionné.

Mais très franchement, cela devrait se jouer à rien.

A des détails.

A la manière dont les deux jeunes – oui les deux jeunes – vont gérer le stress légitime.

La manière dont ils vont entrer sur le Lenglen.

La manière dont ils vont dompter les éventuelles conditions de jeu.

La manière dont ils vont réagir au moment de conclure.

Ces deux joueurs sont très proches l’un de l’autre. Il faudra un vainqueur ce jour.

Mais ils sont amenés à se rencontrer encore très souvent. En demi ou en finale des grands tournois.

Car si le nom du vainqueur n’est pas connu, une chose est certaine: ces deux-là font, déjà, partie du Top mondial.

Et, pendant 5, 6 ou 7 ans, ils vont se frotter l’un à l’autre.

Pour notre plus grand plaisir.

Rendez-vous à treize heures (je crée un autre post).

5 COMMENTS

  1. Une chose m’intrigue: chez les bookmakers, D. Thiem est largement favori. Ceci, alors que les résultats l’un contre l’autre plaident plutôt pour D. Goffin (une seule victoire de D. Thiem, si on exclut celle pour abandon à Marseilles), et que le classement de D. Goffin est meilleur, surtout tenant compte du nombre de tournois joués.

    Je peux comprendre des estimations proches (style 45/55, comme le vôtre), sur base des tournois récents, mais pourquoi cette différence si marquée ?

    • Les cotes sont sans doute liées au nombre de joueurs. Thiem est un peu plus connu au niveau international que David donc, il doit y avoir plus de joueurs qui jouent sur l’Autrichien dont le match face à Zverev a marqué les esprits. Cela dit, je ne suis pas spécialiste des paris 😉

    • Je pense que la difference vient du fait que Thiem a déja gagné 3 tournois cette année (dont 1 sur terre battue et pas David

  2. Merci Patrick pour cet article. Vous avez toujours cru en David et palier apres palier il prouve qu’il fait partie des tous grands. Certains y arrive vers 22 ans comme Thiem ou Raonic, d’autres on besoin de 2-3 ans de plus.
    En tout cas ce quart fait vraiment plaisir, ce sera en effet tres serré et je pense aussi que cela se joura sur la gestion de l’évenement et du stress généré par le double enjeux d’une premiere demi en GC et d’une place dans le top 10 (mais ca meme le perdant y sera bientot)

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