Quarante ans plus tard, des tableaux belges de très haut niveau

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Quarante ans plus tard, les tableaux des messieurs et des dames 1 proposent à nouveau un niveau extraordinaire. Suite à la crise du coronavirus, les meilleurs joueurs du pays n’ont plus la possibilité de se rendre à l’étranger et jouent donc, pour la plupart, dans les tournois nationaux.

Alors qu’il y a quatre décennies et plus, cette présence sur le sol national pouvait constituer un frein dans la carrière d’un ou d’une joueuse, cette fois, c’est au contraire une magnifique manière de se remettre dans l’esprit de la compétition. Je m’explique.

Dans les années 70 – 80, alors que Bjorn Borg et, surtout, la télévision, ont fait du tennis un sport populaire et archi médiatisé, les sponsors ne savaient plus où donner de la tête et déliaient leurs bourses avec une facilité déconcertante.

Il suffisait parfois d’être une petite série B et de donner quelques heures de cours pour que l’on soit « aidé » techniquement par des firmes comme Donnay ou Major. Les clubs étaient aussi généreusement dotés et, donc, ils pouvaient organiser des tournois hautement rémunérateurs.

Il n’était pas rare que le vainqueur d’un Messieurs 1 remporte 70.000 francs belges (1750 euros). Cerise sur le gâteau pour ces joueurs, ils pouvaient jouer deux tournois de simple et un de double sur une même semaine. Que dis-je, une semaine? Les premières têtes de série ne commençaient souvent qu’en huitièmes de finale – voire même en quart – et ne jouaient donc que les jeudi, vendredi, samedi et dimanche.

Ce qui veut dire qu’un joueur comme Bernard Boileau pouvait sans problème gagner deux tournois de simple et un double, et, donc, engranger plus de 160.000 francs belges (4000 euros) en un gros week-end.

L’histoire raconte aussi – et ce n’est pas une rumeur puisque je l’ai vu de mes propres yeux – que les ténors de l’époque, courtisés plus encore que ne le sont les stars actuelles, décidaient souvent du tableau qui allait être le leur et, aussi, des horaires de leur match.

Autres temps, autres mœurs mais je m’arrêterai là pour les mœurs 🙂

Avec autant d’argent à gagner sur le sol national , les joueurs belges n’étaient pas certans du tout de pouvoir faire mieux en partant à l’étranger. D’autant que, s’ils restaient en Belgique, ils n’engageaint pas de frais alors que tout voyage international coûtait pas mal d’argent. Souvent, donc, pour des raisons finalement assez compréhensibles, ils restaient dans le Royaume.

Notez que les joueurs étrangers ont rapidement compris que la Belgique pouvait être un Eldorado pour joueurs « moyens ». Habitués à disputer des tournois dans le Sud de la France (très rémunérateurs eux aussi), de nombreux Sud-Américains sont venus chez nous et s’y sont par la suite installés et ont fait fonctionné le bouche à oreille.

Si vous vous demandiez pour quelles raisons les Gonzalez et autres Rodriguez ont fait les beaux jours du tennis belge, vous avez en bonne partie compris.

La Belgique n’était pas le seul pays à connaître cet état de fait. Les Allemands ont mis longtemps à sortir de leurs frontières. Quant aux Japonais, c’est un peu plus complexe. La tradition nippone exige en effet – ou exigeait – que les hommes soient rapidement capables de nourrir leur famille. Ce sont donc dans un premier temps les joueuses japonaises qui ont pris le risque de se lancer au niveau international.

Mais je reviens à la Belgique.

A l’époque où je vous parle, les finales des tournois M1 et D1 étaient d’un niveau très élevé et valaient très souvent un quart ou une demi d’un tournoi de niveau Challenger. Du moins quand les stars de l’époque ne s’arrangeaient pas entre eux afin de bien se partager le pactole… Mais là encore, j’en reviens aux étrangers mœurs de certains à cette époque…

Heureusement, des joueurs comme Bernard Mignot et Michèle Gurdal, et, ensuite, comme Xavier Daufresne, Bart Wuyts, Ann Devries et Sandra Wasserman pour ne citer qu’eux, avaient des visions différentes et privilégiaent les tournées à l’étranger plutôt que le confort du tennis à la maison. Je me souviens très bien avoir vu partir Xavier et Bart dans des conditions telles que, si je les racontais, personne ne me croirait.

La suite ,vous la connaissez: le tennis belge a depuis fourni un nombre impressionnant de joueurs et joueuses de niveau international, dont deux numéros 1 mondiales et un Top 10.

Mais je reste convaincu que ceux qui ont été les éclaireurs du tennis bege moderne sont ceux que je viens de citer: Bernard, Michèle et plus encore – vu la génération – Xavier, Bart, Sandra et Ann.

40 ans plus tard, pour des raisons complètement différentes, les tournois belges vont retrouver pour quelques semaines (mois?) des niveaux de jeu impressionnant.

Steve Darcis vient de remporter le tournoi de Ciney et, cette semaine, De Greef, Cagnina, Bovy, Geens, Onclin, Collignon, Faucon, Bailly, … seront au Bercuit; Bovy, Cagnina, Vandenbulcke, Beaupain, Collignon, Katz, … à Odrimont.

Il s ‘agira pour eux de reprendre à haut niveau en Belgique avant, espérons-le, d’avoir la possibilité de repartir vers le circuit international.

En photo: Xavier Daufresne, son papa et… moi. Xavier avait été en quart de finale à Genève en… 1989. Il y avait battu Mancini et Motta avant de perdre contre Marc Rosset.

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