Quand le gladiateur joue avec la poussière

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epa05768817 Belgium's Steve Darcis (L) and Germany's Philipp Kohlschreiber (R) pose for photographers before their singles match of the Davis Cup World Group first round tie between Germany and Belgium in Frankfurt Main, Germany, 03 February 2017. EPA/JOERG HALISCH

Allemagne – Belgique : 1-1. Très belle attitude des deux joueurs Belges avec un Steve Darcis égal à lui-même.

5-2 Darcis. Kohlschreiber est à la rue. Deux breaks.

Le match n’est pas extraordinaire mais Steve semble sur un nuage. Il a la volonté, l’intelligence. Il met la pression.

5-2.

Service Darcis.

Qui, on ne sait pourquoi, se raidit. Il sert mais commet deux doubles fautes.

5-3.

5-4.

Il re-sert et termine le set sur 6-4 mais le mal est fait.

Le mal? Oui, en jouant un non jeu à 5-2 Steve a remis son adversaire dans le match. Et, s’il a effectivement gagné cette première manche, c’est uniquement parce que son avance était importante.

Dès le milieu de ce premier set, il n’y avait en fait plus qu’un seul joueur: Philipp Kohlschreiber.

Steve, lui, avait non seulement remis l’Allemand sur les rails mais il était surtout lui-même sorti du match.

En réalité, pendant deux sets et demi, on a cherché où il était le Shark. Son langage corporel était négatif, il s’énervait, il ne mettait plus aucune intention.

Et, pour tout dire, même pour ceux qui le connaissent depuis longtemps et qui savent qu’avec lui, rien n’est jamais fini, ne croyaient plus du tout en ses chances de revenir lorsqu’il était mené deux sets à un et quatre jeux à deux.

Mais voilà.

Voilà.

En tennis, quand deux joueurs ne sont pas réellement très éloignés dans l’absolu, quand on joue un match en cinq sets, en Coupe Davis qui plus est, une poussière peut toujours venir troubler la vision du dominateur.

Mais cette poussière, elle ne vient pas de nulle part. Il faut la générer. Il faut la solliciter. Et, pour qu’elle se crée, il faut, avant tout, même la tête sous l’eau, même asphyxié, continuer.

Si pas à y croire, du moins à survivre.

Il faut rester éveillé, groggy, certes, mais éveillé.

Et espérer.

Espérer que le seul fait d’être encore là puisse commencer à faire douter l’autre.

6-4 3-6 2-6 2-4.

Darcis est à la rue. Dans les cordes. Si on avait été sur un ring de boxe, l’arbitre serait déjà à 8 ou 9 dans son compte menant à la défaite.

8-9

Il prend les coups. Mais se redresse.

Sans doute ne veut-il pas que sa réputation de Gladiateur soit légèrement ternie par un match qui, jusque-là manquait de punch, de ténacité (elle ne l’aurait pas été mais il ne voulait pas prendre le risque 🙂

Il se redresse, donc.

3-4.

L’arbitre de boxe a arrêté de compter.

Darcis titube encore mais on sait que, sur le ring ou sur un terrain, le fait de rester vivant veut dire que tout peut arriver.

D’autant que, dans ce cas-ci, Kohlschreiber a été très très près du but.

Et comment!

4-3. C’est reparti.

Darcis, enfin, serre le poing, regarde avec avidité son capitaine.

Il est prêt, cette fois, à aller réellement au combat.

Et il y va. Il court, il slice, il contre, il donne – enfin – des coups.

La route est longue, il le sait, mais diantre, on l’appelle monsieur Coupe Davis, il va pas se plaindre non plus 😉

Mon dieu, non, il ne se plaint pas.

La tête est droite, le corps est prêt.

Le tennis, lui, a toujours été là.

Mais le tennis, même quand on a l’expérience, nécessite de la confiance pour être développé.

Jusque là, il n’y allait pas, plus.

Mais, à 4-3 dans ce quatrième set, il a pris conscience que si, à l’impossible, nul n’est tenu, lui, a toujours tenu à le réaliser. « L’impossible, c’est quoi, en fait? », semble-t-il demander.

Et il commence à repousser Kohlschreiber.

Qui est toujours présent mais ne domine plus.

6-6.

Tie-break.

Steve le gagne. Mais y laisse une énergie folle.

Deux sets partout.

Steve est revenu de nulle part.

Mais il n’est encore nulle part.

Mais il est vivant.

Très vivant.

3-0.

Ou plutôt 0-3.

Mais ce n’est pas comme dans le quatrième set. Non, là, c’est Kohlscreiber qui a rebondi. Pas Darcis qui s’est effondré.

Le regard est encore lucide.

Et, il sait, Steve, que la poussière dans l’oeil de Philipp n’est sans doute pas complètement estompée.

En revenant dans le 4eme, il a instillé le germe du doute.

Il suffirait d’un peu de sueur pour le faire renaître, pour lui re-faire prendre racine.

Donc, Darcis y croit toujours.

Et il a  raison.

Même quand Kohlscreiber bénéficie de deux balles de double break.

Qu’il sauve.

3-1.

Oui, 3-1. La route est longue, mais Shark est vivant et prêt à croquer.

Et il revient.

A force de slice, de volonté. De pugnacité.

D’abnégation. D’éruptations. De poing serré.

Il revient et dépasse le rival.

Et à 5-4, il va servir pour le match.

Oui, il va servir pour le match.

Mais Kohlschreiber, le dos au mur, est meilleur que quand il est proche du sacre.

Et cette fois, c’est Darcis qui doute un peu.

5-5.

6-6.

Tie-break.

Oui, tie-break car, depuis 2016, on ne va plus au bout du bout en Coupe Davis.

Qu’importe.

Les deux gars sont à un tie-break d’une victoire magnifique. Ou d’une défaite cruelle.

On est à quelques points de la fin d’un véritable combat de Coupe Davis.

Steve est fort.

Un peu plus fort que Philipp.

Il mène dans le jeu décisif.

Mais c’est 5-5.

Oui, 5-5.

6-5 le gladiateur.

6-5 the Shark.

6-5 Steve.

Qui était à la rue 2h15 plus tôt.

6-5 Darcis.

6-5 Belgique.

La suite?

Ben, c’est le Gladiateur qui joue.

Donc, la suite, c’est la balle de match qui est transformée.

C’est la Belgique qui mène 0-1 en Allemagne.

C’est Darcis qui a montré que tant qu’il y a de la vie, il y a, mais oui, de l’espoir.

Et, donc, oui, il gagne.

Et, donc, oui, c’est un gladiateur.

Un magnifique gladiateur.

Qui, cette fois, a joué avec la poussière.

PS: Arthur De Greef a quant à lui été battu en trois sets par Alexander Zverev mais il a eu une attitude très positive tout au long du match face à un joueur qui est très compliqué à gérer car il décide de tout. Ce samedi, c’est le double, sans doute avec De Loore et Bemelmans. Je ne pourrai malheureusement pas faire de direct commenté mais j’en ferai un demain 14 heures.

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