Oui, le bilan 2016 de Goffin est exceptionnel! A condition d’avoir le bon angle d’attaque

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epa05613881 David Goffin of Belgium returns the ball to Nicolas Mahut of France during their second round match for the BNP Paribas 2016 Masters tennis tournament in Paris, France, 02 November 2016. EPA/IAN LANGSDON

David Goffin ira donc au Masters de Londres. En tant que réserve mais, très franchement, quelle magnifique récompense pour une saison éblouissante. Le hic, c’est qu’elle est parfois  (souvent) analysée et critiquée parce que l’angle d’attaque est mauvais. Tentative d’explications.

Vous me connaissez, j’aime assez bien les stats. Donc, avant d’analyser le bilan 2016 de David, je vous propose ces quelques chiffres.

Classement en début de saison: 16

Classement en fin de saison: 11

Meilleur classement en cours de saison: 11

Nombre de matches joués: 73

Nombre de matches gagnés: 49

Nombre de matches perdus: 24

Victoires face aux Top 10: Wawrinka, Berdych, Monfils,

Défaites face aux Top 10: Federer, Berdych, Djokovic, Murray, Federer, Raonic, Murray, Cilic

Victoires face à des Top 20: 8

Défaites face à des Top 20: 12

Finale: 1 (Tokyo)

Demis:  4 (Indian Wells ATP 1000, Miami ATP 1000, Metz, Anvers)

Résultats en Grand Chelem: 1/8e en Australie, Quart à Roland Garros, 8e à Wimbledon, 1er tour à l’US Open

Résultats en ATP 1000: demi à Indian Wells, demi à Miami, 8e à Monte Carlo, 1e tour à Madrid, quart à Rome, 8e à Toronto, 2e tour à Cincinnati, quart à Shanghai, 8e à Paris.

Nombre de matches gagnés après avoir perdu le premier set: 12 sur 30

Nombre de matches perdus après avoir gagné le premier set: 5 sur 41

Nombre de tie-breaks joués: 26

Nombre de tie-breaks gagnés: 11

Nombre de tie-breaks perdus: 15

Nombre de matches s’étant terminé au dernier set (3e ou 5e): 27

Nombre de match gagnés s’étant terminés au dernier set: 16

Nombre de match perdus s’étant terminés au dernier set: 11

Voilà pour les chiffres.

Maintenant, il faut décider s’il s’agit d’un bon ou d’un mauvais bilan. Et c’est là que l’angle d’attaque est important. Par angle d’attaque, je veux dire qu’il faut revenir à la fin de la saison dernière et voir quels étaient les objectifs du clan Goffin. Des objectifs très clairs à l’époque: améliorer le jeu du joueur dans son ensemble, se montrer plus constant et consolider la place de Goffin dans le Top 20.

Van Cleemput et les siens ne donnent jamais d’objectif de classement, ils parlent toujours, à juste titre, d’amélioration générale qui générera fatalement – ou pas, j’y reviens – une montée au classement.

Jamais, en fin de saison dernière, il n’a été question de parler du Top 10 et encore moins du Masters de Londres.

Donc, si on prend cet angle d’attaque, le bilan est tout bonnement formidable: gain de 5 places au classement de fin saison puisque David passe de 16 à 11. Cerise sur le gâteau, il termine la saison au niveau de son meilleur classement, c’est mieux que de la terminer disons deux ou trois places en moins. Car cela veut dire que, en 2016, David a joué en moyenne au niveau de la 11e place mondiale.

Il me faut en effet une fois de plus rappeler que le classement ATP représente le niveau moyen du joueur au cours des douze derniers mois. En fin de saison, il représente le niveau moyen du joueur pendant l’année. Ce qui veut dire que, tout au long de l’année, David a joué au niveau de la 11eme place. Ni plus, ni moins.

Je me répète volontairement car il est important de souligner ce fait: David est et vaut 11eme mondial. Et ses résultats sont tout à fait logiques par rapport à cette position: quelques demi-finales dont deux en ATP 1000, un quart en Grand Chelem, une finale en ATP 500. Quelques succès face à des Top 10, des victoires et des défaites face à des Top 20. Quelques contre-performances.

C’est typiquement le bilan d’un jouer classé juste en dehors du Top 10.

Car, il faut marteler ici que David n’est pas (encore?) dans le Top 10 et n’a pas (encore?) le niveau de constance pour non pas y entrer mais, plus important, y rester.

C’est un constat, un fait. Pas une déception.

Rappelez-vous que beaucoup disaient en début de saison que David ne parviendrait pas à confirmer sa saison 2015 et qu’il ne battrait jamais de ténors. Il a battu Wawrinka, Monfils, Berdych, Cilic auxquels j’ajoute aussi Juan-Martin Del Potro!

Bilan archi positif, donc.

Maintenant, évidemment, on peut prendre un autre angle d’attaque qui serait de dire: quelle déception, il ne s’est pas qualifié pour le Masters et il n’est pas entré dans le Top 10.

C’est un angle d’attaque de mauvaise foi et erroné que celui-là. Qui peut, comme pour certaines démonstrations de math où on part d’un pré-acquis incorrect, générer une argumentation qui semble tenir la route mais qui ne la tient pas.

Car, oui, bien entendu, David aurait pu battre Thiem à Roland, ou Raonic à Wimbledon. Oui, il aurait pu mieux jouer à l’US Open, aux Jeux, au ailleurs.

Mais il aurait aussi pu perdre quelques uns des 12 matches qu’il a gagnés après avoir perdu le premier set. Il aurait pu ne pas battre Del Potro au surlendemain de sa finale de Tokyo, il aurait pu….

Mais il a battu Wawrinka et il a été battu par Jared Donaldson au premier tour de l’US Open. C’est comme cela. Ce sont des faits.

David Goffin est onzième mondial, il n’est pas Top 5.

Donc, il offre des résultats dignes d’un onzième mondial. Pas d’un Top 5.

Doit-on s’en contenter?

Drôle de question.

S’en contenter, oui, puisque c’est lui qui joue.

S’en contenter, oui et surtout, se réjouir d’avoir un gars capable de battre les meilleurs et de les accompagner au Masters. Certes comme réserviste, mais tout de même!

S’en contenter, oui. Ce qui n’empêche pas d’être ambitieux et de voir, désormais, plus loin.

Fin 2013, David était 110, fin 2014, il était 22, fin 2015, il était 16 et il termine 2016 aux portes du Top 10.

Donc? Donc, l’objectif 2017 sera forcément… d’améliorer le joueur Goffin dans son ensemble. De lui donner les armes nécessaires pour entrer et se maintenir dans le Top 10 (et donc, fatalement, réussir d’encore meilleurs résultats dans les grands tournois).

Quelles armes?

Comme l’expliquait Thierry Van Cleemput ici-même il y a quelques mois, ce qui est avant tout nécessaire c’est de travailler physiquement. Pour que David puisse tenir 3, 4 ou 5 sets. Pour que la qualité de son retour de service ne fléchisse pas à certains moments.

Il doit encore améliorer évidemment la qualité de sa deuxième balle, sa volée.

Ce travail devra aussi et surtout permettre à David de maintenir sans cesse une intensité. Sa faiblesse (elle est relative à ce niveau), c’est précisément de desserrer l’étreinte à des moments clés (après un break, au moment de servir pour le set ou le match). A Paris Bercy, après sa défaite face à Cilic, il avançait: « peut-être en m’impliquant un peu plus sur 2 ou 3 points, ça aurait pu faire toute la différence. « 

S’impliquer. C’est mettre de l’intensité de la première à la dernière balle. Aux portes du Top 10, tous les points sont capitaux, même le premier du premier jeu du premier set.

S’impliquer, c’est aussi se révolter, comme il ‘a fait à Tokyo.

Il y a aussi une chose importante à accepter: David est un joueur quasi complet mais qui ne dispose pas d’une arme assassine. Il n’a pas le service de Cilic ou Ranoic. Il n’a pas le coup droit de Del Potro, il n’a pas le revers de Wawrinka.

Ces joueurs, dans des situations de danger, ont la capacité, même en jouant moyennement, de changer le cours des choses.

David, comme un Gilles Simon par exemple, doit être parfait dans tous les domaines et tout le temps. Il n’a pas l’arme sur laquelle il peut se reposer.

C’est un fait.

Et je pense d’ailleurs qu’il ne l’aura jamais. Il va donc devoir travailler encore et toujours pour que, physiquement, il puisse tenir au fil des sets, des matches, des tournois.

Est-ce parce qu’il va tout faire pour y arriver qu’il va forcément y arriver?

Non.

Voilà ce qu’il disait jeudi soir: « Cet hiver, ce sera vraiment important, on va mettre l’accent sur pas mal de choses, que ce soit au niveau physique ou prévention, et repartir en profondeur dans le tennis, retravailler dur sur le terrain, un peu tous les coups, essayer de gagner un petit truc en plus avant de repartir pour la nouvelle saison. Je pense encore pouvoir développer pas mal de choses dans mon jeu. Est-ce que je vais y arriver ou pas ? En tout cas, je vais tout faire pour. »

David peut entrer et se maintenir dans le Top 10.

Mais ce n’est pas parce qu’il peut, qu’il va le faire.

Et s’il n’y arrive pas, ce ne sera pas faute d’avoir essayé. Tout homme, tout sportif atteint un jour sa limite.

A mes yeux, comme il est encore perfectible, David ne l’a pas atteint, mais si c’était le cas, il resterait, et de loin, le meilleur joueur de l’histoire belge.

Et je m’en contenterais largement.

Mais il est trop tôt, beaucoup trop tôt, pour parler de la sorte.

David Goffin est 11eme mondial, il va au Masters de Londres.

Combien de ceux qui prennent plaisir à le critiquer sans cesse auraient misé un dollar sur cette position et ce voyage londonien?

Bravo David et bon Masters.

NB: en parlant de Masters, Joachim gérard est qualifié pour les demis du Masters de double de tennis en fauteuil.

 

 

 

 

 

 

6 COMMENTS

  1. Bonjour Patrick,

    J’aime aussi les statistiques, et surtout l’analyse de données ou de groupes de données.
    J’aimerais partager avec vous et vos lecteurs certains connaissances que j’ai obtenu graduellement en analysant les statistiques de l’Emirates ATP rankings, parce que je crois qu’elles peuvent mettre en perspective un peu ce que cela signifie d’ être « onzième mondial», ou dixième, neuvième ou huitième mondial dans ce classement au niveau des points à acquérir en moyenne (si on se réfère aux données du passé).
    Dans l’analyse à laquelle je me réfère ici, la première étape consiste à collecter – de manière systématique et entière – tous les points ATP totalisés par les joueurs classés 8ième, 9ième, 10ème et 11ème mondiale (dans le classement ‘Emirates ATP rankings’), semaine par semaine, et ceci pour toutes les saisons pendant la période 2009-2016 dans laquelle le système actuel de calcul a été mis en vigueur, en excluant par contre à chaque fois la semaine de « Londres » et les 6 à 7 semaines de repos dans les mois de novembre et décembre, et de mettre ensuite toutes ces données dans un spread sheet de manière structurée. Le résultat de ce travail a abouti à 4 séries de 385 valeurs, c’est-à-dire une série pour les joueurs classés 8ième mondiale, une pour les joueurs classés 9ième, une pour les 10ème et une pour les 11ème mondiale dans le classement ATP (385 valeurs = la somme de 45 valeurs pour la saison 2009, 46 pour la saison 2010, 2 fois 45 pour les saisons 2011-2012, 2 fois 44 pour les saisons 2013-2014, 45 pour 2015 et finalement 44 valeurs pour 2016).
    La deuxième étape consiste à ranger ces 4 séries de valeurs dans l’ordre croissant, et de déterminer les valeurs inférieure et supérieure de chacun de ces 4 quartiles (qui contiennent chacun 96 ou 97 données). Voici les résultats de cette opération:
    Les joueurs classés 11ème mondiale : les valeurs du premier quartile vont de 2.075 jusqu’ à 2565 points, du deuxième quartile de 2565 jusqu’à 2.735 points, du troisième quartile de 2740 jusqu’ à 2935 points, et du quatrième quartile de 2935 à 3645 points.
    Les joueurs classés 10ème mondiale : les valeurs du premier quartile vont de 2.110 points jusqu’ à 2695 points, du deuxième quartile de 2700 points jusqu’à 2.905 points, du troisième quartile de 2.910 jusqu’ à 3185 points, et du quatrième quartile de 3185 points à 4145 points.
    Les joueurs classés 9ème mondiale : les valeurs du premier quartile vont de 2.335 points jusqu’ à 2.950 points, du deuxième quartile de 2.950 jusqu’à 3.175 points, du troisième quartile de 3.180 jusqu’ à 3.430 points, et du quatrième quartile de 3.455 à 4.510 points.
    Et les joueurs classés 8ème mondiale : les valeurs du premier quartile va de 2.470 jusqu’ à 3.325 points, du deuxième quartile de 3.325 jusqu’à 3.660 points, du troisième quartile de 3.660 jusqu’ à 3.960 points, et du quatrième quartile de 3.960 à 4.780 points.
    Procédons maintenant à la troisième étape de l’analyse : mettre en perspective le classement actuel de David Goffin et les points qu’il a pu accumuler à la fin de cette saison 2016 : 2.780 points ATP.
    David Goffin est 11ème mondiale grâce à ces 2.780 points qu’il a pu accumuler en 18 tournois pendant la saison 2016.
    Qu’est-ce qu’il le sépare de la 8ème, 9ème et 10ème place mondiale ?
    Voici une tentative de réponse à cette question.
    Dans la série de 385 valeurs concernant les joueurs classés 8ème mondiale, on trouve 11 cas où le joueur classé 8ème mondiale n’avait pas totalisé plus de 2.780 points au moment où l’ATP leur a accordé ce classement. Voici la liste de ces 11 cas, tous survenus pendant la saison de 2011 :
    Date Points Joueurs
    2011.07.10 2 470 T. Berdych
    2011.07.17 2 470 T. Berdych
    2011.07.24 2 470 T. Berdych
    2011.08.07 2 540 Mardy Fish
    2011.07.31 2 550 Mardy Fish
    2011.07.03 2 650 Mardy Fish
    2011.06.05 2 780 G. Monfils
    2011.06.12 2 780 G. Monfils
    2011.06.19 2 780 G. Monfils
    2011.06.26 2 780 G. Monfils
    2011.09.18 2 780 G. Monfils

    À condition que ces résultats du passé représentent en quelque sorte un indicateur pour le futur, on peut en conclure qu’en totalisant 2.780 points, un joueur n’a que 2,8 % de chance (11 divisé par 385) d’avoir un classement de 8ème joueur mondiale dans le classement ATP (ou exprimé en semaines: le joueur en question ne va pas garder ce classement plus longtemps d’une semaine en moyenne).
    Dans la série de 385 valeurs concernant les joueurs classés 9ème mondiale, on trouve déjà 61 cas où un joueur classé 9ème mondiale n’avait pas accumulé plus de points que 2.780 au moment qu’on leur a attribué ce classement. Ce nombre de cas revient à 16% de chance (61 divisé par 385) en moyenne d’être classé 9ème mondiale quand on a accumulé 2.780 points.
    Dans la série de 385 valeurs concernant les joueurs classés 10ème mondiale, on repère déjà 141 cas où un joueur classé 10ème mondiale n’avait pas accumulé plus de points que 2.780 au moment qu’il avait ce classement (ce qui revient à 37% de chance en moyenne d’être classé 9ème mondiale ayant accumulé 2.780 points ATP). Notons que 16 de ces 141 cas viennent de la saison 2016 :

    Date Points Joueurs
    2016.01.03 2 635 J.-W. Tsonga
    2016.01.03 2 635 J.-W. Tsonga
    2016.02.28 2 715 R. Gasquet
    2016.03.06 2 715 R. Gasquet
    2016.03.14 2 715 R. Gasquet
    2016.01.17 2 725 J.-W. Tsonga
    2016.01.24 2 725 J.-W. Tsonga
    2016.05.15 2 725 R. Gasquet
    2016.05.01 2 740 M. Raonic
    2016.05.08 2 740 M. Raonic
    2016.01.31 2 760 R. Gasquet
    2016.02.07 2 760 R. Gasquet
    2016.02.14 2 760 R. Gasquet
    2016.02.21 2 760 R. Gasquet
    2016.05.22 2 775 Marin Cilic
    2016.05.29 2 775 Marin Cilic

    Cette liste de 16 cas nous montre claire et nette que David Goffin avait déjà été 10ème mondiale s’il aurait atteint ses points du mois de juin où son total de points a atteint à un moment donné 2.840 points (au 6 juin notamment), un peu plus tôt pendant la saison 2016.
    Finalement l’analyse montre aussi qu’une saison n’est pas l’autre.
    Si 2017 se présentera comme une saison comparable à celle de 2011, dans laquelle les joueurs classés 10ème mondiale avaient tous des points dans la fourchette de 2.110 à 2.920 points, David a des bonnes chances de monter dans le top 10.
    Si par contre la saison 2017 ressemblera plus à celle de 2010 (où les 10ème mondiale totalisent tous des points dans la fourchette de 2875 à 3.475 points) ou de 2009 (où ils totalisant des points dans la fourchette de 2875 à 3.600 points), ce sera beaucoup plus dure pour entrer dans le top 10 et y rester.

  2. N oublions pas Steve qui dispute la finale d’Eckental et une victoire serait le plus beau cadeau pour l’ anniversaire de Lauranne…

  3. Vous avez bien raison, Patrick. Il y a toujours du monde pour émettre des réserves, donner des conseils soit-disant avisés, se dire déçu de telle ou telle contre-performance. C’est tellement facile de son fauteuil. La 11ème place de David Goffin en fin d’année est la meilleure réponse qu’il pouvait donner aux donneurs de leçons. Bravo à ce champion humble et déterminé !

  4. Je suis globalement OK avec cette analyse qui est assez objective. Il y a néanmoins aussi un élément que vous n’avez pas mentionné et qui a été mentionné sur ce forum par de nombreux intervenants: l’absence de titre. A la fin d’une carrière qu’est ce qu’on retient d’un joueur? Le nombre de titres atp, par catégorie (GC, master, Atp 500, Atp 250), le meilleur classement, l’année du meilleur classement et le meilleur parcours en GC. C’est evidemment un résumé cruel avec de gros raccourcis, mais c’est comme ca. Et la, on peut sans doute regretter l’absence de titres cette saison alors que David est dans une des meilleures années de sa carrière. J’aurais donné quelques places en moins pour un titre cette année. C’est subjectif évidemment.

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