Oui, David a eu sa chance

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Serbian Novak Djokovic (ATP 1) celebrates after winning a tennis match against Belgian David Goffin (ATP 23) in the men's singles quarter-finals at the 2019 Wimbledon grand slam tennis tournament at the All England Tennis Club, in south-west London, Britain, Wednesday 10 July 2019. BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

Comme une ballerine, il danse.

Ses pieds donnent l’impression de ne pas toucher le sol.

Il virevolte.

Il pique et touche, aussi, tel un fleurettiste.

Il est dynamique, agile, agressif, va vers l’avant.

Décoche revers et coups droits avec aisance.

Et, pourquoi le nier?, il fait mal à son rival.

Très nerveux, Djokovic, comme on peut l’être lorsqu’un moustique tournoie autour de soi.

David Goffin, sept jeux et demi durant a été meilleur que le numéro 1 mondial. Il était au-dessus dans tous les secteurs du jeu et, très franchement, il était si impressionnant que même le Serbe ne savait pas où donner de la tête.

Je ne dis pas qu’il avait peur, non, tout de même pas, mais il sentait, supputait que ce quart de finale n’allait pas être un long fleuve tranquille.

3-3.

Après déjà plusieurs occasions, Goffin réalise logiquement le break.

4-3.

30-0.

Goffin est vraiment superbe.

Comme il l’a été face à Medvedev, mais plus précis encore.

A ce moment, je me souviens très bien avoir songé à ce que Malisse avait dit le matin: « s’il bat Djokovic, il ira au bout ». Et j’ai même regardé le tableau.

4-3 30-0.

David cherche l’ace slicé sortant.

Sa balle est nettement dans le couloir.

Il le sait.

Mais il doute.

Il regarde l’arbitre.

Qui le sait aussi.

Il hésite encore.

Mais il demande le challenge.

Il demande le challenge lui qui passe, à juste titre, pour avoir l’oeil le plus aiguisé du circuit.

Elle est dans le couloir, comme il le savait.

2e balle.

Double faute.

Double faute.

Sur mon direct commenté, j’ai écrit, tout de suite: « voilà bien un challenge inutile ».

Non seulement il l’était mais, surtout, il a sonné le début de la fin pour Goffin.

30-30.

Et le jeu qui file, sur un nouveau challenge demandé, à tort.

Non, on n’a pas rejoué le point car David avait raté sa frappe avant de demander le deuxième challenge du même jeu.

Contre-break Djokovic.

4-4.

Et 10 jeux de suite pour le Serbe.

6-4 6-0 6-2.

Il n’y a plus eu de match.

Le danseur s’est écroulé comme s’il était victime d’une crampe soudaine.

Le fleurettiste s’est émoussé, comme si sa lame s’était brisée.

Le moustique s’est écrasé, comme si une bombe insecticide l’avait étouffé.

En tennis, je vous l’ai souvent dit, il suffit parfois de de choses.

Jusqu’à 4-3 30-0, David ne doutait pas. Il jouait, il osait.

Puis, en demandant ce challenge, il a laissé s’infiltré en lui le germe du doute.

Qui, très vite, a poussé dans son cerveau.

Que l’on me comprenne bien: je ne dis pas que si David avait gagné ce jeu, voire même ce premier set, il aurait battu le premier joueur mondial.

Non, bien entendu, mais s’il avait pris ce jeu, ce premier set, il y aurait un match, un vrai. Un long. Un dur.

Quand j’entends ou que je lis ce matin les commentaires affirmant que Djokovic n’a laissé aucune chance à Goffin, je m’énerve quelque peu car ce n’est pas vrai.

Goffin a eu sa chance.

Peut-être pas de gagner mais d’avoir une possibilité de gagner.

Il l’a laissée passer, ce qui, face à un joueur de la trempe de Djoko, est irrémédiable.

En fait, quand Davdi a demandé le challenge, il a sans le vouloir envoyé un message à son rival: « là, j’ai un doute ».

Et le numéro 1 l’a compris tout de suite et s’est immiscé dans la brèche.

C’est beau, le tennis, car il peut être cruel.

C’est beau le tennis, car un score ne veut rien dire.

C’est beau le tennis parce que, sur un quinze, une décision, tout peut basculer, dans un sens ou dans un autre.

Hier, cela a basculé du mauvais côté pour David.

Mais au troisième tour, à 4-1 pour Medvedev dans le dernier set, cela avait basculé dans le bon.

C’est cela que l’on retiendra de ce très beau Wimbledon pour David.

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