Ne pas se prendre les pieds dans le filet!

0
3150
26/06/2010 - Londres - Wimbledon - ILLUSTRATION / Net Copyright: Ph. BUISSIN/ IMAGELLAN

Monastir. Tunisie.

Arnaud, Raphael, Tilwith, Amélie, Eliessa, Gauthier stoppés net dans leur élan. Elan non pas vers l’or, non pas vers l’argent, non pas vers le bronze. Non leur élan vers l’espoir, celui qui les porte depuis des années. Ces jeunes Belges, comme tant de gladiateurs des temps modernes étaient censés rester à Monastir pendant plusieurs semaines. Ils y étaient à la quête de quelques pépites appelées points ATP ou WTA. Hélas, hélas !, la Covid-19 est venu mettre un fameux bâton dans leurs roues et, la tête basse, la frustration énorme, ils ont dû revenir en Belgique. Ils ne joueront plus pendant trois semaines.

Vu de Belgique, cela peut sembler anodin et il est vrai que même les espoirs tennismen ne sont pas les plus à plaindre dans la pandémie actuelle. Il y a bien pire que de ne pas pouvoir jouer au tennis. Il y a bien pire que de ne pas pouvoir assouvir ses rêves de grandeur. Il y a bien pire que de devoir rentrer en Belgique la raquette sous le bras.

Ressaix, Huy, Seraing, Rixensart, Mons, Tournai, ……

Pierre, Paul, Jacques, Anne, Sylvie. Et tous les autres joueurs de tennis belges. Je ne parle pas des joueurs professionnels. Je ne parle pas des jeunes espoirs. Non, je parle de tous les joueurs belges qui sont privés de la pratique de leur sport depuis maintenant bien trop longtemps. Ils trépignent tant, ces joueurs et ces joueuses, qu’ils ont lancé plusieurs pétitions pour demander au gouvernement la raison de cette interdiction de jouer au tennis en intérieur.

Et il est vrai que, quand on connaît les dimensions d’un terrain de tennis, cette incompréhension est légitime.

Pour les ministres des sports et leurs cabinets, les voici :

23m77 de longueur sur 8m23 de largeur quand on joue en simple.

Mais, madame la Ministre, même quand on joue en simple, les couloirs sont présents, ils font chacun 1m37.

Et il faut encore ajouter les reculs obligatoires (même dans les petits clubs) qui sont d‘au moins 3 mètres derrière chaque ligne de fond et de 2 mètre latéralement.

Allez, parce que je suis sympa, je vous fais le calcul. Deux joueurs de simple qui jouent sur un terrain normal dans un club normal disposent de 445 mètres carré. 445 mètres carrés !

Ils pourraient se croiser ?

Ben euh, oui, mais en restant chacun de leur côté, ils ne se croiseraient que lors de leur arrivée et de leur départ. Et, même s’ils tournaient, ils pourraient tourner l’un à gauche, l’autre à droite du filet.

Bref, donc, oui, cette interdiction est incompréhensible.

Et je comprends Pierre, Paul, Jacques, Anne et Sylvie.

Et je plains tous les dirigeants de clubs, tous les enseignants de tennis.

Mais si je suis d’accord, je sais aussi qu’il y a bien pire que de ne pas pouvoir jouer au tennis. Il y a bien pire que de ne pas pouvoir pratiquer sa passion. Il y a bien pire que de devoir garder sa raquette sous le bras.

Melbourne.

Ysaline, Kirsten, Kimmer, David, … Et tous ces joueurs qui se sont qualifiés – directement ou indirectement – pour le prochain Grand Chelem. Ils trépignent d’impatience. Ils sont cloîtrés.

Mais attention tout de même, ils sont cloîtrés mais pas dans des trous à rat. Non ils sont dans des hôtels, si pas tous de luxe, du moins des hôtels confortables.

Ils ont envie de liberté, comme nous tous, comme le monde entier.

Alors, ils se plaignent quelque peu – les Belges sont loin d’être les leaders en contestation et je m’en réjouis. Ils se plaignent de ne pas pouvoir pratiquer leur sport comme d’habitude.

Il y a bien pire que de ne pas pouvoir jouer au tennis. Il y a bien pire que de ne pas pouvoir pratiquer son métier dans les conditions optimales. Il y a bien pire que de devoir, en partie, garder la raquette sous le bras.

Adélaïde.

Novak et les cadors.

Des hôtels de luxe. Des conditions qui sont des conditions de rêve pour tout être humain normal.

Des cadors multi-milionnaires en dollars qui ont accepté de venir en Australie et qui connaissaient les conditions.

Heureusement, ils sont très très peu nombreux à se plaindre mais ceux qui le font n’ont aucune retenue.

Evidemment que, même un très très riche a le droit d’en avoir marre de la Covid.

Evidemment que même un cador milliardaire peut avoir des coups de blues.

Evidemment que le tennis au plus haut niveau est moins confortable (hyper confortable) qu’il ne l’est d’habitude.

Mais, franchement, Novak et les cadors.

Taisez –vous !

Taisez-vous.

Et pensez à Arnaud, Raphael, Tilwith, Amélie, Eliessa, Gauthier car vous aussi, même si vous étiez doués, avez dû passer par ces tournois mineurs.

Novak, te souviens-tu de tes trois premiers matches – tous les trois perdus – au 10.000 de Munich- Oberschleibheim, de Biberach et de Belgrade ? Trois 10.000 dollars joués en 2003. Au tout début de ta carrière pro.

Te souviens-tu, Novak, des conditions de jeu ?

Te souviens-tu, cher numéro 1 mondial, de ce qu’étaient tes rêves.

Alors, Novak et les cadors, pensez, oui, à Arnaud, Raphael, Tilwith, Amélie, Eliessa, Gauthier.

Ysaline, Kirsten, Kimmer, David, …,

Vous savez le respect que j’ai pour vous et, oui, je sais que les conditions actuelles ne sont pas top, loin de là. Et je vous0s ais gré, d’ailleurs, comme écrit plus haut, de ne pas vous plaindre trop.

Mais, quand vous avez envie de vous plaindre pensez, je vous en prie, à Arnaud, Raphael, Tilwith, Amélie, Eliessa, Gauthier. Vous aussi, il n’y a pas si longtemps, vous étiez dans les tournois mineurs.

Je sais que vous êtes loin d’être tous riches mais, juste pour rappel, je vous donne ici le prize-money global de la carrière d’Arnaud Bovy. Le jeune Belge a gagné, sur les tournois, la somme de 22.530 dollars. Pas en un seul tournoi. Pas en une seule année. Pas en simple ou en double. Non, il a gagné 22.530 dollars depuis qu’il est passé pro.

Vous, en imaginant que vous perdiez au premier tour de l’Australian, vous toucherez 76.850 dollars.

Encore une fois, je rappelle que vous n’êtes pas tous sur le velours financièrement. Mais certains le sont.

Encore une fois, je comprends et j’accepte que le compte en banque ne garantit pas le bien-être.

Mais, très franchement, oui, il y a pire.

Bien pire.

Pierre, Paul, Jacques, Anne, Sylvie.

Je suis joueur de tennis (enfin, je l’étais surtout). Je sais ce que représente la privation d’une passion.

Mais, même si je comprends votre frustration, je pense qu’il y a pire.

Pire que de ne pas jouer au tennis.

Il y a ceux qui n’ont jamais les moyens de le faire et encore moins aujourd’hui qu’hier.

Il y a ceux qui ont perdu leur emploi.

Il y a ceux qui ont perdu la santé.

Attention, je ne dis pas que vous ne devez pas – que l’on ne doit pas- faire comprendre à la Ministre que sa décision est incompréhensible.

Non, je dis qu’il y a pire.

Que le tennis n’est, certainement pas, le sport le plus à plaindre.

Que les tennismen ne sont certainement pas les sportifs les plus à plaindre.

Je comprends, oh combien la frustration de nous tous.

Mais, soyons assez intelligents que pour ne pas faire croire que le manque de tennis est une souffrance totale.

Ce n’est, vraiment, pas le cas.

Et le faire croire pourrait avoir, à tous niveaux, un effet négatif.

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY