Monami – Zanevska, deux jeunes femmes dans l’actu

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Indian Wells, 4rd march 2014Maryna ZANEVSKA (UKR)Photo Ray Giubilo

La première vient d’être nommée capitaine de Fed Cup, la deuxiième est devenue Belge et pourrait jouer dans l’équipe nationale.

Dominique Monami, née le 31 mai 1973 à Verviers. 1m70. Ex-9e mondial, première joueuse belge dans le Top 10, médaillée de bronze aux Jeux de Sydney (avec Els Callens)

Maryna Zanevska: née le 24 août 1993 à Odessa en Ukraine. 1m75. 151eme mondiale. Belge depuis quelques jours.

Deux femmes, deux joueuses de tennis, qui font l’actualité.

Je commence par Maryna Zanevska. Il y a huit ans que cette Ukrainienne de naissance vit en Belgique et, depuis plusieurs années, on sait qu’elle veut obtenir la nationalité belge. D’une part parce qu’elle y vit depuis plus d’un lustre et d’autre part parce qu’elle y a trouvé un encadrement tennistique mais aussi humain qui correspond à ses aspirations.

j’ai lu, il y a quelques jours, un petit article qui m’a mis hors de moi et qui laissait entendre que la naturalisation de Maryna pouvait constutuer une grosse déception pour les jeunes joueuses belges qui, selon cet article, en résumant, voyait une joueuse non belge de souche prendre ou risquer de prendre une place en Fed Cup.

Euh, dites, on est en 2016. A l’époque de la mondialisation, à l’époque où l’on sait très bien que les mouvements humains sont bien plus importants qu’il y a un ou deux siècles et où chacun peut – et on ne peut que s’en réjouir – choisir son lieu de vie, son lieu de développement personnel, familial, sportif.

Il y a une trentaine d’années – fin des années 80 -, une mésaventure était arrivée à Xavier Daufresne. Au moment de la naturalisation de Libor Pimek, le jeune et talentueux joueur brabançon avait eu un commentaire désabusé lorsqu’il avait appris que Pimek, précisément, allait sans doute lui prendre sa place en Coupe Davis.

Xavier, qui avait alors à peine 21 ans, avait juste regretté cette naturalisation, revenant très vite sur ses propos qui étaient ceux d’un jeune adulte plein d’ambition et de motivation. L’affaire avait fait grand bruit mais la tempête s’était très rapidement calmée car, d’une part, Xavier avait très vite revu son jugement et, d’autre part, chacun avait compris que c’était un cri du coeur qui n’avait rien, évidemment, du commentaire pro-national.

Ici, nous sommes dans une autre dimension. Ce n’est pas une joueuse qui râle mais bien un article de presse qui laisse entendre qu’une Belge naturalisée aurait moins de droit qu’une Belge de souche.

Euh, dites, je répète que nous sommes en 2016. Et que je peux citer un nombre important de sportifs qui ne sont pas nés en Belgique mais font les beaux jours du sport belge. Et c’est très bien ainsi.

Bref, donc, je ne vais pas m’énerver davantage: Maryna est Belge (même si la WTA ne l’a pas encore tout à fait compris) et elle va renforcer le contingent national. Plus que faire de l’ombre à des Mertens Bonaventure, Mestach, Benoit et autres, elle va au contraire les booster. Plus il y a d’émulation, mieux une discipline se porte.

Et, ici, avoir une nouvelle joueuse entre 100 et 200 ne peut qu’être bénéfique.

Bénéfique pour le tennis belge féminin en général et pour l’équipe de Fed Cup.

Une équipe de Fed Cup qui a une nouvelle capitaine en la personne de Dominique Monami qui prend la place d’Ann Devries dont la collaboration avec Tennisvlaanderen a pris fin il y a quelques semaines.

Dominique Monami, c’est un vrai caractère. Un caractère qui lui a permis, malgré un gabarit léger et un capital puissance assez faible, de se hisser dans le Top 10, de décrocher une médaille de bronze olymique (avec Callens), de gagner 4 tournois en simple et 4 en double, de se hisser deux fois en quarts de finale d’un Grand Chelem en simple et une fois en demi en double.

Un caractère trempé qui lui a permis, aussi, de battre des joueuses comme Martina Hingis (alors numéro 1 mondiale), Lindsay Davenport (alors numéro 2), Arantxa Sanchez (alors numéro 3), Venus Williams, Conchita Martinez, Iva Majoli, Julie Halard, Nathalie Tauziat, Irina Spirlea, pour ne parler que des Top 10.

Ce caractère bien trempé lui a permis, aussi, de réaliser une belle carrière en Fed Cup. Elle a joué 21 rencontres avec un bilan positif: 17 victoires en simple pour 7 défaites, 5 victoires en double pour 4 défaite.

C’est d’ailleurs en demi-finale de Fed Cup en 2000 à Las Vegas qu’elle a mis fin à sa carrière. Dans l’équipe: les jeunes Justine Henin et Kim Clijsters ainsi qu’Els Callens avec laquelle elle jouera le double face à Jennifer Capriati et Lisa Raymond.

Quelques mois plus tard, elle donnait naissance à sa fille Ines.

Toujours en Fed Cup, je me souviens très bien d’un match mythique. Une demi-finale mondiale disputée à Nice face à la France. Le capitaine français n’était autre que Yannick Noah. Lequel, à son habitude, avait tendance à influencer les arbitres, du haut de son statut de légende tennistique.

Mais c’était mal connaître Monami qui, face à Sandrine Testud, a fait elle-même monter la pression, venant toiser Noah sur son banc et mettant volontairement une ambiance électrique sur le terrain.

J’avais le bonheur de commenter ce match pour la RTBF avec Benoit Liénard. Lequel craignait que Dominique se déconcentre. Je lui ai alors dit qu’il ne fallait pas paniquer mais qu’elle voulait simplement montrer à Noah qu’elle n’avait peur de rien ni de personne.

Une fois l’altercation terminée, elle s’est d’ailleurs tournée vers notre cabine et, souriante, nous a adressé un solide clin d’oeil qui résonne encore en moi comme un de mes plus beaux souvenirs.

J’ajoute que si la Belgique a perdu ce match 3-2, les deux jours passés à Nice ont été somptueux, avec 5 ou 600 Belges en forme olympique (dont mes parents 😉 et un Yannick Noah qui a passé quelques heures avec eux, faisant même des à-fonds avec les joueuses belges et chantant quelques chansons….

Bref, donc.

Dominique Monami a tout ce qu’il faut pour faire remonter l’équipe belge dans le Groupe Mondial. Elle a l’expérience d’une Top 10 et d’une joueuse de Fed Cup, elle a le respect des joueuses (même si sa relation avec Ysaline Bonaventure n’est pas de tout repos) et, je le répète, n’a peur de personne et ne se laissera donc pas influencer par des éléments extérieurs à l’équipe.

La tâche cela dit ne sera pas simple puisque la prochaine rencontre verra l’équipe belge se rendre en Roumanie à la mi-février (11 et 12). La Roumanie, ce sont Simona Halep, Irina-Camelia Begu, Monica Niculescu et Sorana Cristea, toutes Top 100, Halep étant 5e.

Mais Dominique peut compter sur des joueuses comme Flipkens et Wickmayer, certes inconstantes mais qui peuvent, à tout moment, sortir des joueuses du top.

A titre personnel, je dois bien dire que je suis très heureux de ce choix. Je connais très bien Ann Devries depuis plus de 25 ans et je l’apprécie réellement depuis un quart de siècle mais je dois avouer que Dominique est une amie chère depuis son plus jeune âge. Une amitié réelle et sincère qui perdure depuis tout ce temps et qui n’est pas prête de s’affaiblir (oui, je sais, un journaliste doit être neutre mais nous sommes aussi des hommes, hein 😉

Avec Johan (Van Herck) et Dominique, je suis donc particulièrement gâté.

Bon vent, donc, à Dominique et à Maryna.

Et au tennis belge!

1 COMMENT

  1. Il ne faut évidemment pas comparer la situation de certains joueurs de foot naturalisés à 30 ans après 3-4 ans passés dans notre championnat et selon une procédure accélérée juste avant une Coupe du Monde. Il n’y a pas d’agenda dans le cas de Maryna. Ce n’est pas comme si elle avait été Top 10 en double et qu’on l’avait naturalisée 3 mois avant les J.O. pour avoir une chance de médaille supplémentaire.
    Maryna est arrivée en Belgique à 15 ans, au milieu de l’adolescence. Elle n’y cherchait pas que des structures d’entrainement professionnelles mais surtout la possibilité de s’entrainer au calme car elle venait d’une région très troublée (la Crimée). Elle a trouvé en Belgique la paix et l’équilibre nécessaire à sa vie de jeune femme et veut rendre ce qui lui a été donné. Quoi de plus naturel.
    Et en ce qui concerne la réaction supposée de ses concurrentes, l’auteur de l’article en question n’a pas l’air très bien renseigné. Toutes les filles que tu as cité côtoient Maryna depuis des années sur tous les tournois de la région car elles ont à peu près le même âge. Certaines sont même devenues des amies. Elles sont en général sincèrement contentes de ce qui lui arrive et également de pouvoir jouer avec elle en Fed Cup.

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