(Méthode Coué): « être favori ne garantit pas le succès! »

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Attention à ce match piège par excellence. Oui, sur papier, les Belges sont favoris mais comme je le répète souvent, le fait de l’être ne garantit strictement rien, chaque match devant se jouer.

Extrait de conversation capté lors de l’après-tirage au sort de ce jeudi dans la salle de presse: « Ce serait tout de même bien de jouer la demi-finale en Belgique face à l’Australie car ce serait en Belgique. »

Extrait de conversation capté dans les couloirs du Spiroudôme: « Sans Fognini, les Belges sont largement favoris. »

Extrait d’une conversation téléphonique avec mon ami Pol qui régulièrement avant un match aime à partager ses sensations: « tu le sens bien, toi patrick? »

Moi: « euh, très franchement, pas si bien que cela. »

Lui: « oh, ne me dis pas que?….. Ils sont favoris quand même. »

Moi: « oui, oui, ils sont favoris. Mais… »

MAIS.

Mais.

Mais, je trouve que l’on surestime un tout petit peu notre équipe nationale. Et je pense que l’on sous-estime un tout petit peu l’équipe nationale italienne.

Je m’explique.

L’équipe belge a été en finale en 2015 et a réussi un exploit réel au premier tour en prenant la mesure de l’Allemagne. Mais il faut reconnaître que, tant en 2015 que lors de ce premier tour du Groupe Mondial, TOUT s’est bien mis, tout a roulé, comme on dit.

En 2015, sans rien retirer évidemment à cette fantastique campagne, le tirage au sort s’est montré coquin en désignant la Belgique hôte de toutes les rencontres et en envoyant en Belgique des équipes pour la plupart déforcées (sauf en finale).

Encore une fois, cela n’enlève rien à la performance des Van Herck boys car la force d’une nation tennistique est précisément de pouvoir capter toutes les opportunités qui se présente à elle.

En janvier, la Belgique a livré, sans David, le match parfait.

Darcis a commencé en battant Kohlschreiber au… tie-break du dernier set en ayant été mené deux sets à un.

Bemelmans et De Loore ont été à la hauteur de l’événement en se défaisant des Zverev 6-3 au dernier set.

Et, le dimanche, Steve a remis le couvert, se défaisant d’Alexander Zverev au tie-break du quatrième set, 10-8 dans ce jeu décisif.

Un magnifique succès mais soyons de bons comptes: si l’Allemagne avait gagné, ce n’aurait pas non plus été anormal. La rencontre a en effet été équilibrée de bout en bout et il a fallu un mental d’acier de la part des Belges pour conclure les trois matches qui ont amené les trois points.

Si on rejouait ce match Allemagne – Belgique dix fois, sans doute que les Allemands gagneraient au moins 3, 4 ou 5 fois, voire même 6 ou 7.

« Mais qu’est ce qu’il nous fait, Amortie et Lob, une petite déprime? »

Non, non. Croyez bien que j’étais le plus heureux des hommes et des observateurs, tant en 2015, que lors de ce match de premier tour.

Simplement, il me faut garder la tête sur les épaules et, surtout, tenter de bien faire prendre conscience que la Belgique a un potentiel énorme qui, malgré tout, ne garantit rien.

J’y reviens.

L’Italie.

L’Italie, même sans Fognini, est une équipe dangereuse. Dangereuse car expérimentée.

Car composée de joueurs qui savent y faire et qui sont capables de se battre des heures durant pour ramener un point à leur équipe.

Paolo Lorenzi, par exemple. Il a 35 ans et a atteint son meilleur classement (35) en septembre de l’année dernière! C’est dire que malgré son âge, il est encore en progression. Il n’a certes jamais battu de Top 10 (sur 18 possibilités) mais présente un bilan positif en Coupe Davis avec 5 victoires en simple pour seulement 2 défaites. Il est évidemment avant tout un terrien (et sa préparation en coup droit est un peu trop grande et haute pour une surface comme celle de Charleroi) mais il ne lâchera rien. Rien du tout.

Andreas Seppi. A 33 ans, il n’est plus « que » 76eme mondial mais attention: il a été top 20 et, à la Race, soit le classement qui ne tient compte que des résultats de 2017, il est 60, 4 places derrière Steve Darcis.

Steve qu’il a d’ailleurs battu à l’Australian Open, sur dur, après avoir pris la mesure de Nick Kyrgios. Certes, depuis Melbourne, il a aligné des résultats en dents de scie mais il est sans doute le meilleur Italien sur dur et il a une expérience folle en Coupe Davis puisqu’il a été sélectionné 25 fois et a joué pas moins de 34 simples (18 victoires).

Seppi a par ailleurs déjà joué 88 fois face à des top 10 et en a battu 8!

Simone Bolelli? Il a 31 ans, ne joue quasi plus en simple mais a été tout de même 36eme mondial. En double, il n’est que 345 mais a été 8eme et a gagné 5 titres dont deux sur dur. Le premier, c’était tout simplement l’Australian Open (avec Fognini) et le deuxième, c’était l’an dernier à Dubai, avec un certain Seppi!

« Ah oui, quand même. Pas si mal les Italiens. Mais les Belges, c’est bien aussi, non? »

Mais oui, pas de panique.

David Goffin est 8eme à la Race et dégage une impressionnante sérénité depuis le début de la saison et de la semaine. Il sera largement favori de ses deux simples mais… être favori… ne garantit pas…. la victoire….

Steve Darcis est quant à lui Monsieur Coupe Davis et il va évidemment se donner à 100.000% mais il n’est pas faux d’écrire qu’il n’arrive pas à cette rencontre dans les meilleures conditions émotionnelles.

Les nouvelles sont heureusement bien meilleures aujourd’hui qu’elles ne l’étaient hier (et si j’en crois Sud Presse de ce matin la famille va même s’agrandir d’ici peu), mais Steve a logiquement laissé beaucoup d’énergie lors des dernières semaines et il lui faudra sans doute un ou deux sets, voire même un match pour se mettre dedans et entrer complètement dans la rencontre.

Bemelmans et De Loore? Ils ont gagné deux doubles incroyables mais il faut raison garder: il s’agit d’une équipe encore en construction et, pour la première fois, ils vont monter sur le terrain alors que tout le monde les pointe comme favoris de ce double face aux Transalpins. A mes yeux, ils peuvent évidemment gagner mais ils ne seront pas favoris du match de samedi. Mais ne pas être favoris ne garantit pas… la défaite 🙂

« Pessimiste? »

Ah, non, pas du tout.

La Belgique est et reste favorite de ce quart de finale.

Mais il s’agira d’un véritable match de Coupe Davis, entre deux équipes soudées et volontaires, ce qui me fait dire que ce ne sera pas 3-0 samedi soir.

Ni 0-3 d’ailleurs.

Mais, oui, la Belgique est favorite et la bonne nouvelle, c’est que, au sein même de cette équipe, on ne ressent pas du tout la même chose qu’en dehors. Johan Van Herck répète en effet à l’envi qu’il faut aborder ce match comme tous les autres, avec humilité et sérieux.

Et j’ai pu voir et saisir que le staff entier ainsi que les joueurs évidemment étaient exactement sur la même longueur d’ondes que leur capitaine.

« Et, donc? »

Ce sera très difficile.

Mais ils peuvent le faire.

(PS: je ne pense pas pouvoir faire un direct commenté mais si je le fais je vous fais signe 😉

 

1 COMMENT

  1. Merci Patrick pour toutes ces infos « inside » et ces réflexions frappées du bon sens tennistique.
    Je pense que ce sera difficile mais que néanmoins on émergera. Je suis plus optimiste. Je crois que les 2 italiens proposeront un bon niveau, mais je ne les vois pas non plus devenir injouables, comme l’avait été par exemple Murray à Gand contre un excellent David. En clair, si David et Steve jouent à un bon niveau comme ils l’ont fait depuis le début de l’année, ce sera 2-0. La seule incertitude pour Steve sera le manque de rythme, dû à son break de plusieurs semaines.

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