Marc Grandjean nous a quittés

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Marc Grandjean nous a quittés ce jeudi. Connu principalement pour être le coach de Joachim Gérard, Marc fait partie de la fratrie des Grandjean dont Jacques a été le meilleur joueur, ancien série A qu’il est. Marc, pour sa part, a été un excellent b négatif et, aussi et surtout, un excellent entraîneur.

Personnellement, je le connais depuis des décennies et j’ai même eu le plaisir d’être de temps en temps entraîné par lui lorsqu’il s’occupait de l’équipe universitaire de Louvain La Neuve. Puis, je l’ai régulièrement croisé au gré de nos carrières.

Marc, c’est un gars entier, un véritable Ardennais. Pas de porte de derrière, pas de faux fuyants. Que du brut, mais de qualité. De grandes qualités mentales et humaines, morales.

Marc, c’est un homme debout qui s’est occupé pendant des années de Joachim gérard qu’il a mené au sommet du tennis en fauteuil. Puis, soudainement, alors que l’on venait de se promettre de jouer ensemble au golf, il a été victime d’une terrible maladie, qui nous l’a donc enlevé ce jeudi.

Aujourd’hui, je ne peux que présenter mes plus sincères condoléances à toute sa famille, ses amis et, évidemment, à Joachim Gérard, son joueur.

Et je vous propose ce texte écrit au terme de l’un des matches les plus émouvants de ma carrière, quand Jo a gagné le match de la médaille de bronze à Rio.

Merci Marc, pour ce que tu es et ce que tu as donné, discrètement, toujours, au tennis belge.

« Rio. Vendredi 16 septembre. Il ne fait pas très beau.

Sur le terrain, à un changement de côté, un homme. Il ferme les yeux. Sa tête dodeline. Il pratique une sorte d’hypnose intérieure qui le fait « voir » ce qui va se passer.

Cet exercice mental est surtout là, en fait, pour ne penser à rien d’autres qu’à son tennis.

Il est à deux ou trois jeux de la médaille olympique, son graal de toujours, son rêve si proche.

Il ne faut pas penser.

Surtout pas.

Dans les tribunes, un autre homme.

Pas d’exercice mental pour celui-ci. Non, Marc Grandjean prend des notes, des notes et encore des notes. Il n’en n’a pas besoin. Mais il doit le faire pour ne penser à rien d’autres qu’à la routine.

Cette fameuse routine qui vous permet, comme coach, de mener votre joueur vers son graal.

Rio.

Un peu plus tard.

La tête a cessé de dodeliner.

Joachim Gérard est sur le court. Deux jeux Jo. Jo comme J.O.

Deux jeux, c’est peu.

Mais c’est tellement.

Il ne pense pas Jo. Sauf à son tennis.

Il ne pense pas aux efforts consentis.

Il ne pense pas aux heures de travail dans ce fauteuil qui doit parfois peser si lourd.

Il ne pense pas aux JO de Pékin, ni, surtout, à ceux de Londres, dont il aurait aimé revenir avec, déjà, une médaille.

Il ne pense pas à cette maladie qui l’a surpris quand il avait neuf mois.

Il ne pense pas qu’il a souffert, qu’il a travaillé comme un forcené.

Qu’il a dû se battre pour que son entraîneur puisse le suivre un peu plus.

Il ne pense pas, qu’à force de conviction, on l’a enfin reconnu, comme ses amis athlètes paralympiques, comme étant des sportifs professionnels de haut niveau.

Il ne pense pas…..

Enfin, si, c’est dans un coin de sa tête. Mais, surtout, surtout, ne pas laisser venir l’émotion.

Pas trop tôt, pas maintenant. La balle de match, c’est dans quelques minutes, dans quelques secondes.

Peut-être.

Car si la tête lâche, le bras lâchera aussi.

Rio.

Le dernier jeu des Jeux.

Le dernier jeu de JO.

La dernière balle.

La dernière balle des JO pour JO.

Il la gagne.

Non, s’il vous plaît, ne lisez pas cette dernière ligne aussi vite, comme s’il s’agissait d’une formalité.

Il la gagne.

Vous savez ce que cela veut dire: il la gagne?

Cela veut dire que le graal est atteint. Que le rêve est réalité.

Le temps s’arrête.

Les larmes coulent.

Deux hommes.

Dans les bras l’un de l’autre.

Joachim et Marc.

Dieu sait pourtant que cet Ardennais qui peut être bourru n’aime pas montrer ses sentiments. Mais c’en est trop.

Ils pleurent, les deux.

Marc et Joachim.

Des minutes durant.

Pendant lesquelles défilent toutes les images de leur duo.

J’ai les larmes aux yeux en les regardant. Je les ai encore en l’écrivant.

Marc et Joachim.

Le bronze. La médaille. La vie.

La récompense.

Pas ultime, magnifique.

Ils pleurent.

Marc et Joachim.

Joachim, l’homme debout.

Debout face aux obstacles de la vie. »

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2 COMMENTS

  1. bonjour Patrick,

    je me souviens de cet homme comme étant un joueur tenace et déterminé sur un court de tennis, notamment face à Pierre Godfroid en finale des Championnats de Belgique de tennis vétérans 55 ans au Beukenhof à Alost.
    Hommage à ce grand joueur!

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