Madame, vous m’avez fait pleurer

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08/07/2010 - Brussels - Roi BAUDOUIN STADIUM - Best Of Belgium: Kim CLIJSTERS vs Serena WILLIAMS Copyright: Ph. BUISSIN/ IMAGELLAN

Fabuleuse Serena Williams qui rejoint Steffi Graf au sommet de l’histoire du tennis.

Votre sourire.

Vos yeux incrédules.

Votre motivation toujours intacte.

Votre manière de vous coucher sur le dos sur ce gazon qui vous sied si bien.

Votre discours, toujours d’abord dirigé vers votre adversaire. Non, votre amie dans ce cas-ci.

Vos regards vers votre soeur aînée et votre box, sans oublier votre papa absent mais qui a été si présent.

Votre joie d’enfant alors que vous êtes une alerte trentenaire.

Vous, tout simplement, vous.

Madame Williams, Serena, hier, vous m’avez fait pleurer.

Pas les grosses larmes de crocodile, non, des perles de larmes qui m’ont ramené il y a une petite vingtaine d’années quand, à l’Australian Open, alors que vous n’aviez encore que 16 ou 17 ans et que je vous ai croisée pour la première fois, vous et votre soeur Venus.

A l’époque, déjà, j’étais fan de votre famille même si je dois bien reconnaître que Venus avait ma préférence. Je ne pensais d’ailleurs pas que vous lui seriez un jour supérieure car, à cette époque, je n’avais pas encore compris que, derrière votre puissance impressionnante, se cachait aussi une volonté, une hargne, une détermination sans bornes.

Une ambition, aussi, que vous nourrissiez d’année en année, de titre en titre.

Il vous a d’abord fallu inscrire votre nom au palmarès d’un Grand Chelem, ce que vous avez fait à quelques jours de vos dix-huit printemps, à l’US Open 1999. Quelques mois plus tard, c’est votre soeur Venus qui allait remporter le premier de ses sept titres. Elle s’est imposée en 2000. A Wimbledon, évidemment.

Votre nom sur la coupe de l’US Open, vous avez alors voulu gagner une fois au moins chacune des levées. Ce fut fait, sans coup férir, en 2002 et 2003, lorsque vous avez gagné, mais oui!, Roland Garros, Wimbledon, l’US Open et l’Australian Open. Quatre à la suite. Pas un vrai Grand Chelem mais tout de même.

Votre série allait être interrompue par une certaine Justine Henin, qui vous battra en demi-finale de Roland Garros en 2003. Et quelle demi-finale, remportée 7-5 au troisième set, par la Belge.

Justine qui vous posera d’ailleurs pas mal de problèmes, avec son tennis varié et un sens tactique quasi sans faille. Elle vous battra d’ailleurs 6 fois sur 14, dont 4 fois sur 7 en Grand Chelem.

Une autre Belge, Kim Clijsters, vous empêchera quant à elle d’aller en finale de l’US Open 2009 mais elle vous posa moins de problèmes que sa compatriote, ne s’imposant que 2 fois sur 9 contre vous.

Justine et Kim qui, plus jeunes que vous, ont arrêté par deux fois leur carrière, dont la dernière définitivement.

Alors que vous, du haut de vos 34 années, vous avez parfois fait mine de vous désintéresser du tennis pour y revenir sans cesse, et toujours avec la même envie de briller, dans les grands rendez-vous, du moins.

Pour vous, il n’y a que les Grands Chelem qui comptent vraiment et vous n’avez d’ailleurs pas réellement besoin de prendre part aux tournois mineurs pour y aller avec le titre de favorite.

De 1999 à 2016, vous avez d’ailleurs gagné au moins une levée chaque saison sauf en 2000, 2001, 2004, 2006. Oui, au moins un titre en 1999, 2002, 2003, 2005, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016!

Soit 22 titres en tout! 6 Australian, 3 Roland Garros, 7 Wimbledon et 6 US Open.

Au total, vous avez gagné 70 titres en simple, dont 22 Grand Chelem. Mais aussi 14 titres majeurs en double.

Mais n’oublions pas les Jeux Olympiques.

Vous y avez glané l’or en 2012 en simple à Londres et, par trois fois, vous êtes montée sur la plus haute marche du podium, aux côtés de votre soeur Venus, en 2000, 2008 et 2012.

Alors, oui, madame, hier, j’ai pleuré.

De fierté d’avoir un peu – un peu – croisé votre route

De bonheur d’avoir toujours cru en votre force et votre humanité.

De satisfaction de voir qu’il y avait encore moyen – à votre âge – de vouloir atteindre l’excellence.

Madame, aujourd’hui, vous êtes aux côtés de Steffi Graf.

Vous la dépasserez peut-être, sans doute.

Vous rejoindrez peut-être, sans doute, Margaret Court, qui a gagné, elle, 24 titres.

Mais peu importe.

Les larmes de joie d’hier sont inscrites une fois pour toutes dans mon album aux beaux souvenirs.

Elles tranchent avec celles, plus amères, que j’avais fait couler au soir de votre élimination en demi-finale de l’US Open l’an dernier.

Souvenir oublié. Ou presque.

Madame.

Merci.

(Rdv à 15 heures pour la finale messieurs)

 

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