L’orfèvre doit devenir (un peu) gladiateur

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Kirk Douglas, tout Spartacus qu’il était, a été obligé, dans plusieurs de ses combats mythiques, de souffrir pour finalement vaincre.

Que dire, aussi, de Russel Crow qui, lâchement touché par son ultime rival, parvint à faire fi de la douleur pour sortir vainqueur de son dernier duel avant d’aller rejoindre son fils et sa femme au paradis des gladiateurs?

Pus proche de nous, et plus réel aussi ;-), le gladiateur de l’équipe belge de Coupe Davis, qui ne doit pas avoir joué souvent sans avoir mal quelque part. Mais qui accepté il y a belle lurette que son outil principal, son corps, ne le laisserait jamais tranquille et qu’il se devait, Steve Darcis, s’il voulait avoir la carrière qui est la sienne, accepter de jouer en ayant mal.

Ils sont nombreux, d’ailleurs, les sportifs de haut niveau obligés de souffrir pour continuer à briller. Je ne vais pas vous faire la liste exhaustive pour ne prendre que l’exemple de Nafissatu Thiam. A Rio, elle souffrait du coude, pensant même devoir renoncer à l’heptathlon olympique avant de décrocher l’or. Dans la douleur, certes, mais dans une douce euphorie qui l’a faite peu ou prou oublier.

A quelques semaines de ses 27 ans, l’orfèvre David Goffin est à un nouveau tournant de sa formidable carrière. Joueur devenu mâture, il n’a pas l’habitude de jouer en ayant mal. Il le confie lui même depuis longtemps « quand une douleur apparaît, je ne parviens plus à me concentrer sur mon jeu car mon esprit est accaparé par ce souci physique. »

Avec son jeu, c’est compréhensible, logique, même.

David, je le répète, est un orfèvre. Tel un horloger suisse, il met en place les pièces de son jeu, il tisse sa toile pour faire tomber son adversaire dans son filet. Imaginerait-on un artisan de l’horlogerie tolérer que son tournevis tourne fou, qu’une petite vis ne soit pas parfaite?

Non, bien entendu.

David est devant le même dilemme mais, lui, il n’a pas le choix. Si l’horloger peut changer d’outil, le tennisman n’a qu’un corps. Alors, quand la douleur ne risque pas de se transformer en blessure importante, il doit l’accepter, l’amadouer, la dompter. Il doit, comme l’a fait si souvent Juan-Martin Del Potro, prendre sur lui, aller de l’avant, l’effacer de sa conscience et, aussi et surtout, faire confiance au staff médical.

Si, jeudi, le docteur de l’équipe donne son « go » à… Goffin, ce dernier doit être persuadé qu’il ne risque rien d’autre que d’avoir mal.

Qu’il ne met pas sa fin de saison en danger, ni la suite de sa carrière.

Si le go médical est donné, c’est que David peut jouer. A fond.

Certes en étant un rien diminué mais, franchement, pour avoir vu de bout en bout le match de David face à Pella à l’US Open, je suis persuadé que le premier joueur belge peut le faire, qu’il peut jouer ce week-end à 90 ou 95% de sa valeur.

Comme il l’a fait à New York au deuxième tour et pendant le premier set face à Monfils.

Vendredi, être à 90% pourrait suffire car le deuxième Australien n’est pas un foudre de guerre, même s’ils sont chargés à bloc, les hommes de Hewitt.

Donc, oui, si on le laisse monter sur le terrain, si le capitaine lui fait confiance – ainsi qu’au médecin de l’équipe -, David aura la possibilité de prendre ce point. A condition, je le re-redis, de se préparer mentalement à avoir mal.

Un peu, un peu plus. Beaucoup.

Cela étant dit, je suis là, assis confortablement à mon bureau et je n’ai mal nulle part.

Et je suis bien conscient qu’il est facile de dire à un athlète ce qu’il doit faire.

Non, évidemment, ce n’est pas aisé de jouer en ayant mal. C’est même très compliqué pour un joueur du style de Goffin.

Mais il n’a pas d’autres choix. Soit il ne joue pas. Soit il joue en ayant mal.

Et, plus les années passeront, plus il sera confronté à ce type de situation.

Ainsi va le sport de haut niveau, ainsi va un sport qui génère de plus en plus des combats de gladiateurs, comme l’a été son match face à Guido Pella.

Alors, oui, David Goffin doit rester un orfèvre, mais il est obligé de revêtir aussi un costume de gladiateur.

Mais qu’il sache, David, que même chez les gladiateurs, il y a avait plusieurs manières de combattre.

Et, moi, si je devais lui conseiller d’en choisir une, je lui proposerais de devenir un Retiaire.

Le Retiaire qui, comme David sur le court, utilisait un filet.

Dans lequel les adversaires s’immobilisaient avant de voir le pouce du public et de l’empereur décider se leur sort.

Puisse, vendredi et dimanche, le pouce des spectateurs pointer vers le haut du Palais 12 au terme de la victoire du leader belge.

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