Lettre ouverte à Nole

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Tokyo 2020 Olympics - Tennis - Mixed Doubles - Semifinal - Ariake Tennis Park, Tokyo, Japan - July 30, 2021. Nina Stojanovic of Serbia and Novak Djokovic of Serbia arrive ahead of their semifinal match against Aslan Karatsev of the Russian Olympic Committee and Elena Vesnina of the Russian Olympic Committee REUTERS/Edgar Su - SP1EH7U0V3RVA

Cher numéro 1 mondial.

Cher détenteur de 20 titres du grand Chelem.

Cher Novak.

Cher Nole.

Parmi tous ceux qui scrutent le tennis depuis des décennies, je peux te dire que je suis un de ceux qui n’a eu de cesse de te mettre sur un piédestal.

Quand certains nombreux, tentaient de faire croire que Roger Federer ou Rafaël Nadal étaient de loin des meilleurs joueurs que toi, j’étais un de ceux qui disaient que tu serais sans doute un jour à la tête d’un palmarès au moins égal au leur.

Quand d’aucuns, là aussi très nombreux, tentaient de faire croire que ton jeu était moins impressionnant que le leur, je rétorquais sans difficulté que le tennis n’est pas le patinage artistique et qu’il n’y a pas de cotation technique. Et j’ajoutais que seul le résultat compte.

Quand d’autres encore, toujours très nombreux, essayaient de laisser croire que, à Roland Garros, par exemple, tu avais été chercher dans le vestiaires une manière illicite de revenir plus fort, j’expliquais que tu utilisais les mêmes méthodes mentales qu’une certaine Justine Henin, dont je suis le premier à dire qu’elle est une championne d’exception.

Quand d’autres, toujours plus nombreux, tentent à laisser croire que tu n’as aucun charisme, aucune humanité, je suis toujours le premier à dire que, au contraire, je te trouve facétieux, plutôt drôle et généreux

Cher numéro 1 mondial, je dois bien te le dire, je t’aime depuis le début, j’aime ton jeu, j’aime ta faconde, j’aime ton palmares, j’aime ta manière d’être.

Mais voilà.

A Tokyo, tu m’as terriblement déçu.

Entends moi bien. Je ne suis pas déçu parce que tu as perdu.

Tu as été magnifique jusqu’en demi mais Alexander Zverev a réussi à insérer en toi le germe du doute. A croire que Steffi Graf, auteure du Grand Chelem doré lui avait glissé dans l’oreille qu’elle ne voulait pas être rejointe sur le mont Olympe.

Non, tu as le droit de perdre et jamais je ne serai déçu qu’un de mes champions perde.

Tu ne m’as pas déçu non plus parce que tu as pété les plombs en petite finale. Je pense d’ailleurs que ton lancer de raquette dans les tribunes vides était géré de main de maître et que le fait de casser ta raquette sur le filet n’était en réalité qu’une réaction de champion gâté qui ne comprend pas ce qui s’est passé.

Non, Nole, jamais je ne serai déçu d’un coup de tête, d’un coup de tonnerre, d’une défaite.

Mais, Nole, je suis déçu, et même très fâché contre toi.

Ton forfait un double mixte est une injure à ta partenaire, à ta nation, à ta carrière.

Tu as évoqué une blessure à laquelle personne ne croit.

Autant j’aurais accepté et même compris que tu abandonnes en simple, autant je suis écoeuré par le fait que tu aies abandonné Ninja Stojanovic, ta partenaire.

Elle, elle avait rendez-vous avec l’histoire. Elle, elle rêvait de cette médaille pour sortir de l’anonymat.

Elle, elle voulait aller sur le podium.

Oh, je sais, Novak, toi aussi, tu voulais l’or et briller mais, pour elle, c’était sans doute l’année ou jamais. Elle jouait avec le dieu tennistique de son pays. Elle avait la chance unique de montrer à son peuple qu’elle existait.

Mais, égoïstement, tu l’as privée de sa médaille ou, du moins, de la possibilité d’en gagner une.

Cela, Novak, jamais, elle ne s’en remettra.

Toi, du haut de ton statut, de tes milliards et de tes vingt titres en Grand Chelem, tu finiras par oublier.

Ninja, jamais. Jamais elle n’oubliera.

Et, jamais, sans doute, elle n’osera te cracher ta médiocrité à la face.

Moi, pour elle, du fait de l’amour que je te porte, je te le crie haut et fort: tu n’avais pas le droit de faire cela.

Et même si ta blessure est réelle, tu te devais de monter sur le terrain.

Tu te devais, pour elle, pour ton pays, pour tes fans, de montrer que tu respectais les autres.

Quelques jours avant ta défaite, tu avais ces mots : « la pression, il faut l’accepter ».

Tu n’as pas été à la hauteur de tes dires.

J’en suis triste.

Pour Ninja.

Pour toi.

Et pour l’énergie que je mets depuis des années pour affirmer que tu es un gars bien.

Tu m’as déçu Novak.

Je continuerai sans arrêt à dire que tu es un champion.

Pour que je dise encore que tu es un bon gars, il faudra désormais que tu me le prouves.

Soigne toi bien.

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