Lettre ouverte à Elise, Alison, Greet, Ysaline (Kirsten et Yanina)

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Kim Clijsters, the newest inductee into the US Open's Court of Champions, pictured during a ceremony on the third day of the US Open Grand Slam tennis tournament, at Flushing Meadow, in New York City, USA, Wednesday 28 August 2019. BELGA PHOTO YORICK JANSENS

Chères Elise, Alison, Greet, Ysaline, vous êtes respectivement nées en 95, 94, 97 et 94. Kirsten est votre aînée puisqu’elle a vu le jour en 1986, tout comme Yanina née en 89.  Elles peuvent donc mieux comprendre que vous, je pense, ce qui se passe en ce moment du côté de Dubaï.

Permettez-moi, chères jeunes femmes, de vous replonger dans les années dorées du tennis belge. Nous sommes en 2001, à Roland Garros. Pour la première fois de l’histoire, deux Belges se croisent en demi-finale, ce qui garantit la présence d’une compatriote en finale. Et Kim Clijsters, effectivement, bat Justine Henin et se hisse au dernier tour, ce qu’aucun et aucune Belge n’avait réussi jusque-là.

Vous décrire l’hystérie générée en Belgique cette année-là est presque impossible. Sachez cependant que du Roi au plus humble des amateurs de tennis, toute la Belgique avait ses yeux rivés vers le Central de Roland Garros. Quatre ans plus tôt déjà, lorsque Filip Dewulf avait atteint les demi-finales masculines, le Royaume était en ébullition.

Deux ans plus tard, la folie a pris une autre dimension puisque, toujours à Roland Garros, les deux demi-finalistes de 2001 se sont à nouveau retrouvées, mais en finale cette fois.

Justine Henin s’imposera face à Kim Clijsters, déclenchant une réelle hystérie nationale, voyant la Rochefortoise noircir la Grand Place de Bruxelles lors de son apparition au balcon de l’Hôtel de Ville. Elle n’avait rien à envier ni à Eddy Merckx ni aux Diables Rouges de 86.

S’en sont suivies des années inouïes, ponctuées par 6 autres titres du Grand Chelem pour Justine et 1 titre pour Kim.

Dans les médias, le tennis féminin faisait de l’ombre, mais oui !,  à d’autres disciplines et, aussi, au tennis masculin. Régulièrement, d’ailleurs, les joueurs s’en sont plaint, comme par exemple les frères Rochus. Ils se trompaient. J’y reviens.

Puis, vinrent les deux premières retraites des deux numéros 1 mondiales.

Une bien courte retraite puisque, dès 2009 et 2010, Kim et Justine  sont revenues sur le circuit, déclenchant, déjà, une couverture médiatique sans doute un rien disproportionnée.

En 2009, chères Elise, Alison, Greet et Ysaline, vous aviez respectivement 14, 15, 12 et 15 ans. Et vous étiez déjà pointées du doigt comme étant de futures bonnes joueuses. Vous vous souvenez donc des trois titres en Grand Chelem glanés par Kim, Justine réussissant encore de bons résultats mais pas aussi fabuleux qu’entre 2003 et 2007.

Et, en 2011 et 2012, Justine et Kim sont, définitivement – du moins le pensait-on – parties jouir d’une retraite bien méritée. Mais cela, vous l’avez vécu puisque vous aviez déjà joué à ce moment-là vos premiers tournois internationaux, soit en ITF, soit carrément sur le grand circuit.

Si je vous écris aujourd’hui, chères joueuses, c’est parce que je me doute que vous devez observer le retour de Kim sur la scène mondiale avec un double regard. Celui de la fan que vous deviez être quand vous étiez petite. Mais aussi, forcément, celui d’une adversaire potentielle.

Je ne doute pas, aussi, même si je sais que vous ne le direz pas en public, que vous devez vous poser quelques questions quant à la couvetrure médiatique que ce retour a provoqué et provoquera encore. Des envoyés spéciaux dans un tournoi où, en général, les journalistes belges ne vont jamais. Des pleines pages dans les différents quotidiens. Des interviews d’anciens joueurs et de champions actuels.

Une médiatisation impressionnante qui ne peut s’expliquer que si on resitue Kim (et Justine) sur le mont Olympe. Elles ont été – et sont – des méga-stars de leur sport, mais aussi du sport en général. Et elles sont aussi des people de haut vol, et ont ainsi fait plusieurs couvertures de magazine réputés people, comme Paris Match, le Soir Mag ou d’autres, en Belgique et ailleurs.

Aucun autre joueur de tennis belge ne peut se targuer d’un tel engouement.

Mais, une fois encore, je pourrais comprendre votre frustration.

Diantre, Elise, tu es dans le Top 20, a été 12e mondiale et tu as atteint une demi-finale de Grand Chelem.

Diantre Alison, tu es Top 50 et tu as été en quart de finale d’un Grand Chelem. Et je pourrais ajouter Yanina Wickmayer, qui a été en demi-finale à l’US Open et a été classée 12e mondial.

Quant à Kirsten, qui a vécu aux côtés de Justine et Kim, elle a également été en demi d’un Grand Chelem et a été 13e mondiale.

Et je ne doute pas que Greet et Ysaline entreront dans le Top 100 cette année, suivies je l’espère dans les prochaines années par les Benoit, Salden, Zimmermann et leurs collègues.

Sans Justine et Kim, Elise, Alison, Yanina auraient fait la Une avec leur demi-finale. Comme Dominique (Monami) et Sabine (Appelmans) l’avaient fait avec leur… quart.

Mais voilà, Justine et Kim ont mis la barre si haut que la population, souvent, et les observateurs, parfois, oublient le niveau de vos performances. Ils en oublient que vous aussi, vous méritez des pages dans les journaux. Ils en oublient que vous avez un talent fou.

Ils disent, sans méchanceté, « oui, c’est pas mal, 12e, mais c’est quand même moins bien que numéro 1 mondial. »

Mais, chères Elise, Alison, Kirsten, Greet et Ysaline, il y a du très bon dans le retour de Kim. Le très bon, c’est que, à nouveau, la population et les observateurs parlent de tennis féminin.

Vous êtes pour certaines d’entre vous aux côtés de Kim à Dubaï et, si vous performez, nul doute que les envoyés spéciaux vous feront de la place dans leur média. Profitez de l’éclairage nouveau que l’on va donner à votre discipline.

Profitez de la lumière qu’attire Kim pour en prendre votre part, vous la méritez.

Du temps de leur splendeur, Justine et Kim ont certes fait de l’ombre à leurs collègues masculins, mais, sans elles, il n’est pas certain qu’il y aurait eu des envoyés spéciaux à Melbourne ou New York.

Oui, chères joueuses, profitez de ces moments. Ils sont uniques.

Et continuez à faire le job comme vous le faites si bien depuis des années.

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