Le boss doit (et va?) jouer le double

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24/11/2017 - Lille - France - Davis Cup Final France vs Belgium - © IMAGELLAN

Un regard, un sourire, un rire même.

Qui en disent long.

La cérémonie d’ouverture – un peu mièvre comparée à celle de Gand – vient de se terminer. Les joueurs ont été présentés. Les hymnes ont résonné.

le tout dans une ambiance non pas électrique mais fabuleuse. Un tiers de Belges, qui avaient bien plus de voix que les Bleus.

L’équipe belge vient de s’installer sur le banc. Sauf David Goffin, évidemment, qui doit ouvrir cette finale dont il sait qu’il est la clé principale.

Tendu, David?

Même pas.

Non, c’est lui qui, alors qu’il doit jouer contre le 18e joueur mondial, se tourne vers son clan, sort une blague, en rit lui-même. Il est si heureux, si serein, que même Johan Van Herck ne peut retenir un petit rire même pas crispé.

David Goffin sait qu’il est le plus fort des huit joueurs présents à Lille. Il sait qu’il est l’un des quatre meilleurs joueurs du monde du moment. Il n’est plus le David génial des matches précédents, il est bien plus que cela puisqu’il assume son statut de Top 5 virtuel.

Il entre donc dans le match avec la fluidité du geste qui ne peut découler que d’une confiance exacerbée et d’une sérénité inouïe.

Et il déroule, ou presque. Il mène deux fois 0-30 sur le service de Pouille mais le score monte à 5-5. Pas de panique – mon Dieu non – que du tennis simple, rapide. Des services de feu, des retours précis, des trajectoires à la Mecir, voire à la Djokovic.

5-5 et le match est fini. David le tue.

7-5.

La suite n’est qu’un match entre un leader mondial et un joueur qui sait qu’il ne peut rien faire.

Après avoir battu Rafaël Nadal et Roger Federer, David s’offre sur un plateau d’argent la tête du 18eme mondial qui l’avait auparavant battu trois fois sur trois. Auparavant.

Là, c’est trois petits sets.

Sourire, regard, cri de guerrier, même, sur la balle de match. Le Boss est le Boss. Il le montre, il en impose.

Il sort vainqueur, il sort grandi.

Dans les allées, que des yeux éblouis. Que des commentaires élogieux.

« Il en a pris une de ces dimensions, Goffin. »

Oui, il a du coffre. Il sait que plus rien ne peut lui arriver. Il sait aussi qu’il va perdre encore des matches mais il assume. Sans mal.

Il est, je le répète parce que cela doit l’être encore souvent, l’un des quatre meilleurs joueurs du monde du moment. Et il est prêt à en découdre.

« J’essayerai de prendre le plus de points possible », avait-il dit à la conférence de presse d’après tirage.

Il n’a pas dit: « je vais essayer de prendre les deux points du simple. »

« Je suis une option possible pour le double de samedi. »

C’est hier qu’il a dit cela.

Pas uniquement parce qu’on lui posait la question. Non, il a dit cela parce qu’il le pense. Parce qu’il sait que, du haut de sa 7ème place mondiale et de sa forme du moment, il peut faire mal. En simple, évidemment, mais aussi en double.

En double? Mais il n’a jamais été bon en double…

Peut-être. Mais il n’a pas encore joué de double depuis qu’il joue vers l’avant, depuis qu’il sert à la perfection, depuis qu’il volleye, depuis qu’il est 7eme mondial, depuis qu’il sait qu’il peut bien jouer dans tous les domaines.

Soyons clairs: David Goffin, avec sa confiance actuelle et son tennis évolutif, est à mes yeux incontournable. Pas que je ne fasse pas confiance à Bemelmans et De Loore mais les circonstances sont exceptionnelles: 27.000 spectateurs chauffés à blanc, finale de Coupe Davis et un score de 1-1 (puisque Tsonga a battu aisément Steve Darcis en trois petits sets secs).

Il en faudra, des épaules, pour supporter cela. Et des épaules, David en a, de gigantesques.

Comme Murray il y a deux ans, qui n’avait pas laissé le choix à son capitaine, David doit, à mes yeux, je le répète, monter sur le court aujourd’hui.

Aux côté de qui?

Deux options à mes yeux: Ruben Bemelmans et… Steve Darcis.

Ben oui, Steve Darcis qui, il y a deux ans, en étant diminué physiquement, n’était pas si loin, avec … David, de prendre un set ou deux aux frères Murray.

Ben oui, Steve Darcis qui, s’il a fait un mauvais match hier, a confirmé qu’il était bien physiquement.

Pourquoi pas Joris De Loore? Parce qu’il n’a plus joué depuis le mois d’août et que, je le répète, les conditions sont dantesques.

Donc?

Donc, le Boss et Mister Coupe Davis.

Et Steve peut jouer trois matches? Euh, hier, il est resté 1h45 sur le terrain, il n’a plus joué depuis quelques semaines et il a besoin de matches. La réponse est clairement oui!

Et David? David il peut encore jouer 10 matches en 10 jours, il est sur un nuage mental et physique.

Face à qui, le Boss et Mister Coupe Davis?

Là, je laisse à Yannick Noah le soin de sortir un nouveau lapin de son chapeau. Je dirais Tsonga avec Gasquet ou Herbert.

Mais peu importe, ce que je veux, c’est que le Boss reste le Boss.

 

 

18 COMMENTS

  1. Bien vu Patrick, il était évident que vu la prestation de Steve Vendredi, il n’avait aucune chance de gagner dimanche et qu’il fallait jouer la carte Goffin en double

  2. Moralement et psychologiquement, le choix de Van Herck était selon moi le meilleur. Ruben et Joris méritaient leur chance, et n’ont d’ailleurs pas démérité ! Perso je préfère une équipe soudée, participant chacun du mieux qu’il peut, qu’une victoire « à la suisse »… mais je comprends bien que ce ne soit pas forcément un avis partagé 🙂

    • D’accord avec toi Sawadi. D’autant que la bonne prestation, même si elle a été insuffisante, de Ruben et surtout Joris a dû aider David à se sentir moins seul – sportivement parlant – durant ces trois jours.

  3. David après sa victoire contre Jo : « J’espere que je n’ai pas fait tout ça pour rien »….

    … »Pour le double, on en a discuté tous ensemble. Moi, j’avais dans l’idee d’essayer de jouer avec Steve, c’est avec lui que je m’entends le mieux sur le court du double. Mais voila, c’etait un peu compliqué pour Steve de jouer les 3 matches »
    Cette dernière phrase montre une absence d’analyse de la situation :si David jouait, c’était dans l’objectif de la victoire du double, c’etait justement pour eviter le fameux 5ème Match.
    Bien sûr, Steve est MR Coupe Davis, personne n’a l’intention de lui enlever ce titre. Mais au vu de sa prestation de samedi, il fallait envisager le pire pour le 5ème Match et l’aligner en double.

    Et, puis ça continue : « … D’un autre côté, Ruben et Joris, sur dur intérieur, restaient sur de bons matches. »
    De quoi parle-t-il? Ruben n’a cessé de reculer au classement depuis l’open d’Anvers étant donné ses résultats en challenger (118) et Joris n’a plus joué en match depuis des semaines.
    Personne ne conteste leurs résultats extraordinaires contre les frères Zverev mais hier est un autre jour.

    Et David conclut : « Au final, en voyant le match qu’ils ont livré, je ne regrette pas ce choix. »
    Sans doute pour des raisons humaines, a-t-il été décidé notamment de faire jouer Joris dans la mesure où il y avait eu beaucoup de mobilisation pour remettre Joris sur pied. Ce devait être le choix du coach fédéral, probablement, dans l’esprit des valeurs humaines et d’equipe à sauvegarder.
    En faisant ce choix moral, on laissait tomber les aspects pragmatiques et tacticiens. Automatiquement, ce choix avait pour effet d’eloigner la Coupe,et de la faire passer en deuxième position dans les priorités.

    Si nous n’etions pas persuadés d’aligner Goffin, en double, par contre, l’equipe française était persuadée en toute logique que nous n’allions pas nous priver de ses service. Ce qui explique la présence de Gasquet dans les sélectionnés. Si les sélectionneurs suisses, anglais, argentins ont suivi notre parcours, ils ont dû être ahuris devant notre absence de pragmatisme.

    Incroyable Belgique qui a été incapable de penser que Goffin est devenu son leader, et, lui non plus quand il avance : « je ne sais pas si j’aurais pu faire aussi bien … j’ai un jeu différent….

    Et bien oui, David a fait tout ça pour rien.Et tous les autres avec.

    • Attention ne refaisons pas le match après les événements, c’est trop facile. Moi je comprends le choix du double. D’ailleurs ca a failli passer. Si Bemelmans ne craque pas et fait 2 sets à un, je ne pense pas que les français reviennent. Ils étaient vraiment dans le trou. Je ne suis pas certain que David aurait fait mieux en double vu son manque de pratique, et surtout, qu’il aurait été aussi frais pour jouer Tsonga le lendemain.La petite déception vient de Steve qui a joué à 50% de son potentiel mais n’oublions pas qu’il jouait chaque fois des joueurs du top 20 et qu’il revenait de blessure. J’avais bon espoir quand j’ai vu que c’était Pouille, car contrairement à Gasquet il aurait vraiment pu passer à travers. Mais Steve a été incapable de tenir quelques jeux avec lui et une fois devant, il a joué à son niveau, c’est à dire top 20. Trop fort pour Steve, un point c’est tout. La France a gagné grâce à son réservoir immense de joueurs du top 100 et c’est le principe de la coupe Davis. On n’a pas un troisième joueur dans le top 100, et on n’a pas une paire de double niveau mondial. Le 10ième joueur français serait le bienvenu dans notre équipe. Je trouve que notre performance est déjà remarquable. Personnellement je ne suis pas déçu.

  4. Les rares fois ou j’ai vu Goffin jouer en double, ce n’était pas beau à voir. Il était perdu sur le terrain. Jamais une paire avec David n’aurait pris le moindre set aux français, et jamais David n’aurait collé 3 sets aux deux français en simple en jouant le samedi.

    Entièrement d’accord avec Van Herck sur ce coup là.

      • Ce n’est pas ce que je fais. En remontant en arrière sur le site de l’ATP, je constate que le dernier match de double qu’il a disputé, c’était en février 2017 à Rotterdam avec Verdasco, battus en deux sets par des spécialistes du double (Kubot/Melo).

        Il avait mal au genou en fin de match contre Tsonga. Qu’est-ce que ça aurait été s’il avait joué samedi?

        Ceci dit, je comprends votre argument: Goffin est en pleine grâce, mais contrairement à Murray, il n’a pas un frère spécialiste de double pour l’épauler sur le terrain.

        Tout ce que je veux dire, c’est que ce serait injuste de blâmer Van Herck pour ce choix. On sera handicapé en coupe Davis tant qu’aucun de nos joueurs ne se spécialisera en double. Ce choix doit être compliqué financièrement, j’imagine… Les français ont des structures que nous n’avons pas.

    • Cent pour cent d’accord avec la deuxième partie du commentaire de Renaud.
      Sur la première partie je n’ose pas me prononcer.
      Il nous manque un deuxième joueur d’un très bon niveau en Belgique.

      • Je pense qu’il nous manque un troisième joueur de simple du niveau de Steve, pas nécessairement un top 50. C’est-à-dire quelqu’un qui offre plus de possibilités tactiques au capitaine, et/ou qui peut remplacer Steve dans un deuxième simple si celui-ci n’est pas à son top, ce qui était le cas ici. Je pense que sans cela, on ne la gagnera pas.

  5. Le match donne raison à Patrick Hautmont pour trois raisons:
    1. Le match était gagnable
    2. Il n’a pas été gagné
    3. C’est la paire qui possédait (de loin) le meilleur joueur de simple des quatre (Gasquet) qui a gagné, et certainement grâce à son apport.

  6. Nous étions hier au stade p. Mauroy et je partage l’avis de Greg. Comme lui, j’étais d’accord avec ton post d’avant match Patrick. Après le match, je dois bien reconnaître que la paire bemelmans de loore a été éblouissante. Je vous assure que dans le stade, le public français n’en menait pas large pendant plus d’une heure, tant nos deux joueurs faisaient leur travail à la perfection. Je donne une mention particulière à joris qui était le moins expérimenté (et moins bien classe) des quatre et qui a été le plus régulier et le plus solide tout au long du match.

    • Merci de vos messages. Mais je ne change pas mon opinion tout en reconnaissant qu’ils ont fait un très bon match 🙂

  7. J’étais d’accord avec vous puis, finalement, après le match, malgré la défaite, je pense que Van Herck a eu raison. Il ne sont pas passé loin et surtout, ça aurait gâché cette belle aventure humaine de les priver de finale.

  8. Salut M’sieur Patrick….
    J’ai souvent l’occasion de lire tes commentaires mais, par fainéantise, jamais pris la plume pour entamer un débat comme ceux que l’on tenait du temps de la grande époque du Parival avec Ropsy et Dardenne,toi et l’ami Tim autour d’une petite chopinette !
    Mais là…je suis parfaitement d’accord avec ton analyse….pour gagner, les helvetes avaient aligné Federer, Wawrinka,Federer-Wawrinka en double et enfoncé les français avec Wawrinka et encore Federer le dernier jour ! Donc que les Boss si on veut gagner la Cup Davis !
    Manque de cran de la part de notre capitaine et notre théorie est en train de malheureusement se justifier sur le terrain, pour le moment !
    Même si un miracle (une blessure mortelle de Gasquet ou un claquage définitif de Herbert ) nous donnait le point de ce mauvais double…je continuerais à crier avec toi à la FAUTE tactique !!
    Bien à toi, je continuerai à lire tes analyses pertinentes !
    Jean Boulanger.

  9. Elle devra se mériter, cette Coupe Davis, dans tous les cas de figures… et nous aurons besoin d’une certaine friabilité mentale chez l’un ou l’autre joueur français… qui est possible notamment chez Richard Gasquet… Mais avant tout nous aurons besoin du Boss, bien sûr, et bien secondé aujourd’hui et/ou demain.

    En passant très chouette d’entendre que l’enthousiasme du public belge agace le coach français 🙂 Nous sommes le sixième homme!

  10. Je vois Noah garder Gasquet au frais pour le faire jouer dimanche, à 2-2 si nécessaire car il a moults options. Du type Tsonga-Herbert. Je pense que ca va être très dur pour nous les belges. David devra sortir un tout bon match contre Tsonga qui a très bien joué hier et qui, pour une fois, n’aura pas l’obligation de gagner. Car derrière j’ai du mal à voir un Gasquet avec son jeu très complet perdre contre Steve. Je suis peut-être exagérément pessimiste et j’espère me tromper mais je ne nous vois pas vraiment prendre encore 2 points. Je pense que la décision de Noah de prendre Gasquet en place d’un deuxième joueur de double est sans doute une très bonne idée. Se garder un bon joueur d’expérience pour le 2-2 , surtout quand ton jeune joueur passe à travers le vendredi est intelligent. On voit maintenant pourquoi il a choisi cette sélection.

  11. Attention à la blessure narcissique de Gasquet qui veut sa revanche de sa défaite, il y a trois ans, face à Federer. Il a déclaré après les finals à Londres que, bien sûr, que c’etait exceptionnel d’avoir battu Rafa et Rodgeur, mais que, lui, Gasquet, il savait que n’importe quel joueur pouvait battre David. Son moteur n.est pas le jeu mais la revanche. Gageons qu’elle soit mauvaise conseillère.
    Il a déjà réussi à faire évincer le pauvre Mahut.

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