La raquette d’or, ne la réveillez pas. Et autres souvenirs anversois

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C’est ce mercredi que Steve Darcis et Joris De Loore fouleront le terrain de l’European Open. Voilà qui réveille quelques souvenirs dont le titre d’un article dans La Libre Belgique il y a…. au moins 25 ans.

Anvers. Que de souvenirs. Tennistiques et autres.

Qui ne sont pas toujours très clairs dans mon esprit car tout cela remonte tout de même à longtemps. Très longtemps puisque c’est en 1982 que s’est tenu le premier ECC d’Anvers, le tournoi exhibition le mieux doté du monde qui a attiré les plus grands joueurs de l’époque et, aussi, pas mal de médias.

Qui, il faut le dire, étaient choyés comme rarement et dont les déplacements étaient offerts par les organisateurs comme en témoigne par exemple cette superbe caricature 😉

Choyés, c’est peu de le dire. L’ECC proposait ainsi un bar ouvert jour et nuit – ou presque – où l’on prenait plaisir à faire et refaire le monde. Et, aussi, à boire quelques chopinettes bien méritées. Je me souviens d’ailleurs très bien qu’à plusieurs reprises, j’ai dû dès le premier jour apprendre à l’hôtesse qui nous était dédiée comment on servait une bonne bière, la pauvre découvrant pour la première fois une pompe de brasserie.

Différentes activités nous étaient également proposées, comme un concours de pronostics que j’ai eu la chance de remporter une fois, ce qui m’a valu de gagner une mini-réplique de la raquette d’or et de diamants… Trophée que je n’arrive plus à retrouver, sot que je suis.

Un soir, alors que l’exhibition était devenue un tournoi officiel, je me rappelle aussi avoir proposé à un ami de l’Equipe, Marc, de découvrir Antwerp by night. Je garderai tout au long de ma vie le sourire qui était le sien quand, au fin fond d’une friterie improbable, un père Noël est venu lui demander l’heure…

Mais l’ECC d’Anvers, c’était évidemment avant tout une aventure assez folle. Au début, l’argent pleuvait et tout semblait permis. Je ne vais pas revenir ici sur la genèse de ce tournoi mais j’ai quelques flashs qui me reviennent.

Ainsi, j’ai je crois réalisé l’une des interviews les plus enrichissantes de ma carrière tennistico-journalistique lorsque j’ai pu, avec mon ami Mark Lerouge, m’entretenir avec Andrei Chesnokov. Le Russe, dont j’adorais le jeu tout en recherche de diagonales, m’a impressionné tant par sa gentillesse que par sa vision intelligente du monde d’alors et de l’évolution de son pays. J’avais de mémoire titré l’article: « la diagonale du fou ».

Il est aussi une autre rencontre qui restera à jamais gravée dans mon esprit. Elle a eu lieu dans le vestiaire même du stade alors que Goran Ivanisevic venait de s’imposer. J’avais obtenu la possibilité en exclusivité de lui poser quelques questions. Il me reçoit en plein massage, alors que son papa, omniprésent et somme toute un rien inquiétant, était assez nerveux dans la pièce d’à-côté dont la porte était restée ouverte.

Je pose quelques questions banales sur le tennis puis je tente une ou deux questions sur la situation en Yougoslavie. Goran se cabre, répond qu’il ne veut pas aborder le sujet. Je recommence.

J’entends alors le père qui crie quelques mots dans sa langue natale.

Je demande à Goran ce que son paternel a raconté.

Très calme, il me regarde et: « il dit que si tu poses encore une question de ce genre il te casse la gueule. »

Autant dire que l’entretien s’est terminé à ce moment.

Il y a aussi eu des moments d’exception tennistiques, comme ces finales McEnroe – Lendl ou McEnroe – Mecir.

Fabuleux Miloslav Mecir que j’aimais appeler le chat tant il tissait sa toile. Hélas!, pour lui, il tenait rarement plus de trois ou quatre sets comme si, à un moment, son tennis subtil se lassait et s’enrayait.

Quant à Ivan Le Terrible, que dire qui n’a pas déjà été dit sur ce joueur que peu appréciaient mais que j’adorais. Et qui en quatre éditions a réussi à ravir cette raquette qui faisait tant rêver.

Il aura fallu des années pour que Lendl daigne répondre à cette question: « mais au fond, où est-elle, cette raquette? »

Une raquette qui, il est vrai, ne s’est pas retrouvée tout de suite dans l’armoire aux trophées de l’ex-Tchécoslovaque devenu Américain. Non, il a d’abord fallu que les assurances la laissent partir (on a même beaucoup dit que sa valeur réelle était bien en-dessous de la valeur annoncée). Puis, elle a fait le tour du monde pour être exhibée et, enfin, elle est arrivée à son heureux propriétaire qui l’a en réalité placée à l’époque dans le coffre d’une banque.

C’est ce qu’il ma raconté plusieurs années plus tard quand, devenu golfeur, il a accepté un entretien en tête-à-tête pour lequel il m’a fait attendre….. 7 heures devant son hôtel.

Ah l’ECC, que de souvenirs. Qui je le re-précise, se bousculent dans ma tête et il n’est d’ailleurs pas impossible que certains soient imprécis et qu’ils aient eu lieu soit au Donnay Indoor Championship, soit au Belgian Indoor, soit encore dans un autre tournoi belge. On n’a plus vingt ans 😉

Et quelle triste édition que celle qui a vu les huissiers se bousculer aux portes du Sportpaleis tant les dettes des organisateurs étaient importantes.

La dernière édition de la période exhibition s’est d’ailleurs terminée en eau de boudin, avec une finale non jouée entre Aaron Krickstein et Boris Becker. Une fin qui correspondait bien, hélas!, à la situation du tournoi.

Devenu tournoi officiel, l’ECC n’a plus jamais retrouvé son faste d’antan.

Mais, alors que je me réjouis de voir le tennis retrouver une ville qui lui a tant donné, je me souviendrai toujours de la musique tonitruante qui résonnait quand les joueurs entraient sur le court.

C’était alors le tennis qui a façonné une bonne partie de ma vie.

Quels beaux moments que tous ceux que j’ai eu la chance de vivre dans la Métropole!

Et, au moment de conclure, j’ai envie de dire merci à Michel Vanderstocken, qui était alors le rédacteur en chef de Play Tennis et qui m’a mis le pied à l’étrier. Et si je pense à Michel, je dois aussi dire un mot de feu Jerry de Wasseige, à l’origine de l’ECC et qui a donné son nom au Mémorial qui s’est tenu au Sportpaleis.

Un mot, encore, pour saluer Jacques Lierneux, directeur du tournoi qui avait évidemment les défauts de ses qualités mais sans qui l’ECC n’aurait pas été ce qu’il a été.

Un Jacques Lierneux qui avait d’ailleurs proposé en son temps de créer une grande marque de tennis belge en regroupant Snauwaert, Donnay et Browning. Une proposition refusée par un certain Jean-Claude Van Cauwenberghe qui a refusé d’aller dans ce sens persuadé que Jacques Lierneux était flamand… alors qu’il était un francophone.

Et Van Cau de donner Donnay à un certain Bernard Tapie.

Mais je m’égare, je m’égare.

A mon âge, les souvenirs se bousculent et se mélangent.

Bon vent à l’European Open.

 

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