Julien, tu me manques

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Oostende 06/04/2007 Davis Cup - Belgium vs Germany Julien Hoferlin (coach Belgian Team) Pict by Didier Mossiat

Julien

Ta main

Tendue

Ton avant-bras

Tendu

Tes doigts, écartés. C’est dingue, cela, comme tu écartais les doigts pour dire bonjour.

Tes yeux.

Toujours dans les yeux.

Vifs, passionnés, souriants.

Ta bouche, souriante, elle aussi.

Julien.

Je ne sais plus quand on s’est rencontré la première fois.

Je pense que c’était au Luxembourg.

Au Grand-Duché.

J’étais prof de tennis à Arlon, tu étais un espoir du tennis belge.

J’ai été voir un de vos matches. Je pense que tu étais avec Christophe. Delheille. Tu m’as charrié, gentiment. Me disant que je ne serais jamais bon. Tu avais raison. Je t’ai répondu que, moi, à mes 60 ans, je jouerais toujours et que toi, sans doute pas.

Je ne savais pas. Evidemment.

Julien.

Tes doigts écartés m’ont serré la pogne je ne sais combien de fois.

En Floride, il y a bien longtemps.

J’étais avec Pascal Collard, un ami très cher.

Tu étais coach de Dominique Monami, une amie plus que très chère.

Tu l’accompagnais dans une tournée, je suivais pour Play Tennis. On s’est bien amusé, on a appris à se connaître, à se respecter.

On était loin d’être toujours d’accord mais on échangeait.

Julien.

1996.

Indonésie. Je te vois encore, sur ton transat.

J’arrive un peu plus tard, pour suivre ce match entre l’équipe composée – souvenirs – de Laurence, Nancy, Sabine et Dominique.

Tu étais sur ton transat, cool, serein. J’arrive, en nage. Tu me taquines Tu me demandes que j’aille te chercher un cocktail.

Sans alcool ?

J’y vais.

On a passé des journées de fou avec entre autres, un repas chez l’ambassadeur et une soirée en boîte après la victoire 😉

Julien.

Ton regard, ta main écartée, ta passion.

La mienne.

Puis, un jour, tu étais coach d’Olivier, tu as dit un truc. J’ai mal compris. Ou alors tu as dit un truc que tu n’aurais pas dû.

Ou j’ai mal compris un truc et j’ai écrit un papier.

Qui nous a éloignés.

Julien.

Tu me manques.

Pas depuis ce matin.

Pas depuis cette saloperie qui t’a touchée après cette victoire inouïe du Skark.

Non, tu me manques depuis cet article, ces quelques mots – les tiens, les miens, peu importe – qui nous ont éloignés.

Pendant des années.

Mais on était trop fier. J’étais trop fier (trop con ?).

Puis, heureusement, Dominique, mon amie, ton amie, notre amie, a sorti un bouquin.

Et on s’est revu.

Tu m’as vu.

Tu es venu vers moi.

Tu m’as regardé.

Tu as tendu ton bras.

Tu as écarté tes doigts (mais pourquoi donc écartais tu tes doigts ? Pour montrer on ouverture, ton envie de partager ?)

Et on s’est serré la main.

Les yeux dans les yeux.

Rien n’est jamais redevenu comme avant mais il y avait à nouveau le respect, de notre passion commune.

Puis, il y a eu Belgique – Argentine.

Nos yeux, après que The Shark ait écrit l’une des plus belles pages du tennis belge, se sont croisés.

Tu pleurais.

Tes yeux, en tous les cas, étaient humides.

Les miens l’étaient aussi.

Nos yeux se sont croisés.

On ne s’est rien dit.

Mais ce n’était pas utile.

On s’est regardé.

On savait.

Que l’on s’appréciait.

Que l’on se respectait.

Que l’on était passionné.

Julien.

Tu me manques.

Plus encore aujourd’hui qu’hier.

Et, oui, sans doute, je jouerai encore au tennis à mes 60 ans.

Sache que, le premier jour de ma soixantième année, j’irai sur le terrain et c’est à toi que je penserai.

A cette rencontre au Grand-Duché.

A toutes nos rencontres.

A notre amitié qui a souffert mais qui était réelle, je le sais, je le sens.

Julien.

Tu me manques.

Et Julien, aujourd’hui, je te le dis : pardon si je t’ai blessé. Je ne voulais pas. Je l’ai fait, j’assume. Parce ce que tu ne voudrais pas que je fasse autrement et que ce n’est pas mon genre de ne pas assumer. Mais pardon.

Julien, cette fois, c’est moi, qui te tends ma main. Le bras tendu, les doigts écartés.

Julien.

Merci.

Pour le tennis belge.

Pour tout.

Julien.

5 COMMENTS

  1. Trés beau texte Patrick , je l’ai aussi connu à ses débuts de coach pour la Coupe Davis ,j’étais déjà dans son groupe de supporter ,maintenant les Davis’ET ,c’était un très grand Monsieur .bon vent à lui .

  2. Deux très belles personnes. La main aux doigts écartés. La main serrée pour me cogner l’épaule des années durant à Roland Garros. Pfffff, saloperie de croche-pied à la vie…

  3. Superbe commentaire Patrick ça met les larmes dans les yeux, mais c’était un homme avec un sourire si éclatant, toujours de bonne humeur, c’est un fameux vide qui nous attend…

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