Il y a 20 ans…. il y a 10 ans

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GST110-19980710-GSTAAD, SWIZERLAND: Belgian Filip Dewulf returns a ball to Germany's Nicolas Kiefer during their match of the Swiss Open tennis tournament in Gstaad on Friday, 10 July 1998. Dewulf won the match in 1-6, 6-3 and 6-4. EPA PHOTO KEYSTONE/JUERG MUELLER/jmb/kr

Juste pour le plaisir, quelques minutes de vidéo et un texte écrit par votre serviteur il y a 16 ans…. De Filip Dewulf face à Gustavo Kuerten il y a tout juste 20 ans (quand je dis tout juste, c’est parce qu’on est le jour des demis). Il y a 10 ans, Justine s’imposait pour la quatrième et dernière fois à Paris. Souvenirs, souvenirs.

Allez, je commence par un texte que j’ai écrit en 2001 pour La Libre Belgique, à l’occasion de la fin de la carrière de Filip Dewulf.

« Dewulf, un joueur de tennis qui n’aimait pas son sport

Filip Dewulf s’en va. Ses yeux d’un violet translucide désarmant n’illumineront plus le circuit parfois trop gris du tennis. Ses réflexions décalées ne trancheront plus avec les réponses par trop automatiques de ses collègues. Ses coups de blues ne mettront plus d’humanité dans un monde bien trop cruel pour lui. Son regard, enfin, ne se perdra plus au-dessus des stades dans lesquels il brillait et au-delà desquels il aspirait à une vie plus tranquille, plus normale, plus discrète.

Filip Dewulf est un tennisman atypique. On devrait écrire était mais comme il n’a jamais vraiment revêtu l’habit d’un réel tennisman, on préfère utiliser le présent.

Dewulf, en fait, n’aimait pas le tennis. Il le pratiquait à merveille mais plus par obligation que par volonté.

«J’aurais préféré jouer au foot car j’ai plus l’esprit d’un équipier que celui d’un individualiste», disait-il à qui voulait l’entendre avant d’ajouter qu’il s’était en fait trompé de sport.

Mais que l’on ne s’y trompe guère. Ceux qui croient que Dewulf aurait pu réussir une plus belle carrière se trompent lourdement. Talent exceptionnel, le Limbourgeois n’aurait jamais pu endosser la réputation d’un Top 10.

On ira même plus loin: s’il avait gagné la demi-finale de Roland Garros en 97, il aurait sans doute arrêté le tennis un ou deux ans après son exploit. Dewulf, en effet, ne supportait pas d’être supporté. Il n’acceptait pas d’être sous les feux de la rampe. Il a aimé faire vibrer la Belgique, mais il aurait préféré qu’il en soit ainsi sans que l’on prononce son nom, sans que l’on s’intéresse à sa famille et sans, surtout, que l’on aille déranger son grand-père qu’il aime tant.

Mais Dewulf, aussi, était un fou de travail. Oh, bien entendu, la faconde du Limbourgeois était difficilement acceptable tant il donnait l’impression de n’en avoir rien à faire, de se moquer de la victoire ou de la défaite. Mais cette manière d’être, ces gestes négatifs si souvent répétés, n’étaient qu’une défense. Dewulf préférait faire croire qu’il n’y croyait pas lui-même afin que les spectateurs n’y croient pas non plus. Mais derrière ce ras-le-bol affiché de manière bien trop ostentatoire pour qu’il soit réel se cachait une volonté d’atteindre la perfection. De se surpasser. Et si Dewulf laissait si souvent échapper ces gestes de déception, c’est parce qu’il ne comprenait pas, à l’instar de McEnroe, qu’il puisse rater une balle facile, lui qui, à l’entraînement, se montrait sourcilleux à la manière de Lendl.

Jamais, en fait, Filip Dewulf n’a lâché un match. Le hic, c’est qu’avec son jeu, il savait dès le premier point du match s’il était dans un jour «avec» ou un jour «sans». Incapable de changer son jeu, il ne pouvait pas, quand le jour était noir, donner l’illusion de gagner. Et il perdait, laissant chez les gens une sensation de devoir non accompli.

Si l’on devait résumer l’homme, on dirait qu’il se nourrit de contradictions. Il n’aimait pas le tennis et est devenu le meilleur joueur belge depuis 1950. Il ne supportait pas la médiatisation et il est entré en 1997 dans le cercle très fermé des sportifs belges ayant fait vibrer, pendant une semaine, la Belgique entière. Il voulait partir sur un coup d’éclat et il s’en est allé, discrètement, annonçant sa décision un samedi de Pâques alors que chacun sait que le samedi est le jour le moins porteur en terme de couverture média.

Filip Dewulf s’en va et c’est un énorme personnage qui quitte un circuit qu’il a toujours détesté. Il laissera chez ceux qui ont eu la chance de le côtoyer, le souvenir d’un homme d’instinct aussi intelligent que difficile à cerner.

Personnellement, on gardera de lui quelques-uns des plus beaux moments de notre carrière de journaliste sportif. Parmi ceux-là, le match remporté face à Portas à Roland Garros en 97 est certainement le plus beau en termes sportifs mais ce sont les entretiens que l’on a pu avoir avec lui qui resteront à jamais gravés dans notre mémoire. Car, au détour d’un mot, d’une phrase, il savait faire passer un message intelligent et, surtout, d’une honnêteté sans pareille.

Dewulf s’en va. Un joueur méconnu va retrouver la position qu’il affectionne le plus: celle de la discrétion. »

(Je rappelle que c’était un texte pour la version papier de La Libre. 16 ans plus tard, j’ajoute que Filip n’a pas changé, qu’il demeure un personnage d’une humanité et d’une discrétion sans pareilles. Vous pouvez rester avec lui pendant deux jours et il ne vous dira pas qu’il a été en demi-finale de Roland. Un gentleman, je vous dis.)

1 COMMENT

  1. Il n’y a pas que les interviews d’il y a 20 ans qui sont intéressants chez lui.
    Aujourd’hui, vous et lui êtes mes, quasi, uniques lectures tennistiques. C’est tellement agréable de lire autre chose que « Il a gagné, il a bien joué » ou « il a perdu, il a mal joué »…

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