Il y a 20 ans, Els et Dominique décrochaient le bronze

0
391

C’était il y a vingt ans et un jour. Dominique Monami et Els Callens décrochaient la médaille de bronze aux JO de Sydney.

Voici trois articles publiés dans La Libre

Septembre 20000, à Sydney, avant le début du tournoi

Dominique Monami et Els Callens pensent de plus en plus à décrocher une médaille en double dames. Mais la première est aussi motivée pour le simple. Rencontre entre deux entraînements sur le site de Homebush qui accueillera les compétitions tennistiques.

Depuis le mois de janvier qui avait vu le tournoi WTA de Sydney se disputer pour la première fois à Homebush, la végétation a donné au centre tennistique quelques couleurs. Sur le numéro 5, en présence d’Yvo Van Aken et de Bart Van Roost, Els Callens et Dominique Van Roost s’entraînent ferme avec, dans la tête, des pensées en forme de médaille…

Quand vous avez joué votre demi-finale à l’US Open, vous avez parlé de la médaille olympique?Els Callens: Oui, on s’est dit après le match que si cela avait été les Jeux, on aurait joué pour une médaille.
Dominique Monami: On s’est aussi dit, après la défaite, qu’on avait encore une chance de gagner la médaille de bronze. On l’aurait eue d’ailleurs puisque les Williams ont abandonné…
La forme n’est-elle pas arrivée trop tôt?E.C.: Non, on a gagné le tournoi de Los Angeles et puis on a atteint la demi à l’US Open. Il n’y a pas de meilleure préparation.
Ici, vous faites partie des quatre meilleures paires?D.V.R. : Les deux Williams sont, je pense, imbattables. Testud-Halard, c’est très fort aussi. Martinez-Sanchez sont à notre portée. Les autres équipes sont bonnes mais pas imbattables.
E.C.: Il ne faut pas sous-estimer les équipes mais c’est vrai que l’on fait partie des meilleures. Sur papier, du moins.
Une médaille, c’est le rêve?E.C: C’est ce qu’il y a de plus beau à obtenir dans la carrière d’une sportive. Même en tennis.
D.M.: J’échangerais un quart de finale en Grand Chelem pour une médaille. Mais je pense que, pour un joueur de tennis, une finale dans un Grand Chelem, c’est plus important.
E.C: Mais les joueurs de tennis sont aussi des athlètes. Une médaille, c’est vraiment superbe, génial.
Si on peut dire qu’en simple, ce sera très difficile, en double, une porte est entrouverte.

D.M.: Oui, mais le simple commence tout de même à s’ouvrir. Avec les absences nombreuses, rien n’est impossible.
On pense beaucoup aux Jeux?

E.C.: Quand j’ai appris que j’étais sélectionnée, j’étais vraiment troublée, perturbée. Je trouve qu’il s’agit d’une très grande responsabilité. On ne joue pas pour nous-mêmes mais pour notre pays. C’est tout de même spécial, les Jeux. Pour moi, c’est vraiment très excitant. De plus, je vais jouer aussi le simple, ce qui est une bonne chose pour la préparation du double.
Il y a beaucoup de bonnes joueuses et de bons joueurs qui ont refusé de venir. Vous comprenez leur décision?

D.M.: Oui et non. Oui parce que le calendrier est terriblement chargé. Pour certaines joueuses, les Jeux n’ont aucune importance parce qu’il n’y a pas de points et pas d’argent. Mais, personnellement, je ne comprends pas comment on ne peut aimer les Jeux. Cela veut dire qu’à leurs yeux, les J.O. n’ont pas de valeur. De plus, cela est assez négatif pour l’image du tennis. Pour les spectateurs, ce n’est pas sympa. Non, c’est vrai, cela donne une mauvaise image et on risque que le tennis ne soit plus un sport olympique puisque les meilleurs joueurs ont l’air de penser qu’il ne doit pas faire partie du programme des Jeux.
E.C.: Ce devrait être un tournoi obligatoire et on devrait donner des amendes aux absents.
D.M.: Ne pas venir ici, c’est vraiment jouer au tennis pour l’argent. Ils vont donner l’impression que les tennismen ne sont que des machines à faire de l’argent.
Vous n’avez jamais pensé ne pas venir?

D.M.: Non, tout ce que j’ai demandé il y a plus d’un an, c’est que mon coach soit présent. Je voulais venir aux J.O. en étant dans les mêmes conditions que dans les autres tournois. Je voulais pouvoir être la mieux préparée possible pour disputer simple et double. De plus, Bart (NdlR:Van Roost) est très connaisseur en double.
Au début de l’année, vous aviez fait des Jeux un de vos objectifs. Vous pensiez alors au simple ou au double?

D.M.: Aux deux. C’est d’ailleurs en prévision des Jeux que nous avons décidé de jouer ensemble.
Vous allez jouer les deux tableaux à fond?

D.M.: Oui, si je joue bien, je peux aller loin en simple. Maintenant, en simple, la médaille, il va falloir aller la chercher. En quarts, je jouerai tout de même contre un gros morceau. Par contre, en double, je pense réellement que l’on a une bonne chance.
Le match le plus stressant, ce serait celui pour la médaille de bronze?E.C.: Tout est stressant. Un tournoi comme ici, c’est vraiment hyper stressant.
D.M.: Moi, je ne trouve pas. Je suis contente d’être ici. Je n’ai rien à perdre. Tout ce que l’on peut faire c’est le maximum pour réussir quelque chose d’extraordinaire.

On poursuit avec l’article publié après la défaite en demi face aux soeurs Williams, déjà…

Article après la défaite en demi face aux Williams

Franchement, il ne s’agissait pas d’une mauvaise tactique. C’était assez bien vu de la part des Belges de jouer de la sorte.”

C’est Serena Williams qui s’exprime de la sorte. En connaisseuse, elle reconnaît que le choix tactique de Dominique Monami et Els Callens était judicieux.

Ce plan prévoyait de ne pas ouvrir d’angles aux sisters Williams. Sur les deuxièmes balles de service de leur partenaire, Dominique et Els se sont donc placées sur la ligne de fond plutôt qu’au filet, position traditionnelle du partenaire du serveur.

Pendant un temps, cela a fort bien fonctionné, Venus et Serena cherchant manifestement leurs repères dans un schéma de jeu qui n’est guère habituel. Grâce à cette intelligence de placement, les Belges menèrent 3·1, avec un break réussi d’entrée sur le service de Venus. Laquelle se fit encore mener 0·30 sur sa propre mise en jeu.

“Mais là, explique Monami, elles ont commencé à jouer le feu. Le but, auparavant, était de ne pas leur offrir de cibles. Non que nous avions peur de prendre une balle dans la figure mais, en nous positionnant au filet, nous leur ouvrions trop le terrain.”

A 1·3, 0·30, donc, les Américaines ont pris les choses en mains et ont commencé à se montrer beaucoup plus agressives. Elles sont donc rapidement revenues au score pour mener 5·3. Venus a alors une fois encore perdu son service mais, derrière, Els Callens fit de même et les Belges s’inclinèrent par 6·4.

“Dans le deuxième set, avouent les deux Belges, nous n’avons plus eu la moindre chance. Elles étaient vraiment trop fortes. Ce n’est pas pour rien qu’elles ont remporté leurs trente derniers matches ensemble.”

Si elles ont perdu, nos compatriotes ont tout de même apprécié la bonne ambiance qui régnait sur le court.
“Chaque fois qu’une Américaine joue, explique Dominique Van Roost, il y a un groupe d’Américains qui ne cessent de faire du bruit. Hier, les Françaises se sont d’ailleurs fort énervées à cause de cela. Aujourd’hui, l’ambiance était différente parce que les Belges présents dans les tribunes ont, eux aussi, commencé à crier. A tel point que les Américains ne savaient plus très bien ce qu’ils devaient faire. De ce point de vue-là, en effet, c’était plutôt plaisant.”

De plus, même si elles ont très clairement tout essayé pour s’imposer, nos deux tenniswomen savaient que les chances de victoire étaient limitées, d’où une pression moindre que celle qui devait être sur leurs épaules ce matin vers 5 heures en Belgique lors de la finale pour le bronze .

“Nous allons essayer de préparer cette rencontre face à Zvereva/Barabanschikova comme toutes les autres. Je ne vois pas pourquoi nous devrions nous comporter autrement. Nous allons donc rentrer au Village, aller chez le kiné et nous reposer.”

Tout en rêvant, sans aucun doute, de médaille et de podium…

Article publié après le match pour le bronze

“Reste calme!” Bart Van Roost supplie sa femme de rester calme.
Qui le regarde dans les yeux et lui lance: “mais je suis calme”.
En fait, personne n’est calme. Ni les joueuses, qui mènent 5·1 dans ce troisième set décisif, ni le staff belge.
Bart Van Roost, par exemple, a déjà vidé une boîte entière de bonbons à la menthe, sa seule drogue qui l’occupe pendant que Dominique joue.

Tout s’est d’ailleurs joué au stress. Ou, plus exactement, aux nerfs. Diantre, ce n’est que tous les quatre ans que l’on a la possibilité de jouer un match à quitte ou double. Car dans les tournois normaux, quand on perd, on prend des points et de l’argent. Aux Jeux, quand on perd en match de barrage, on ne monte pas sur le podium.

Cinq à un, donc, et les Belges reviennent de loin, de très loin.
Battues dans le premier set, elles sont encore menées 2·1 avec break dans le deuxième. La fougue (inconstante) de Barabanschikova et l’expérience (vieillissante) de Natasha Zvereva dominent pour l’heure la volonté de Monami et la difficile mise en route de Callens. Mais les Belges forment une véritable équipe.

A un-deux, elles commencent à se parler davantage. Et Callens se libère. Elle a besoin, l’Anversoise, d’être épaulée, d’être soutenue. La Verviétoise le sait et porte sa partenaire qui, petit à petit, entre complètement dans le match. Jusque-là, elle s’était montrée très efficace du fond de terrain mais pas au filet, sa spécialité. On sent, dans les tribunes, que, dès qu’elle retrouvera un jeu de filet plus performant, elle sera capable de faire changer de sens la vapeur.

Et, de fait, les Belges, soutenues par une grande partie de la délégation, remontent et gagnent le deuxième set.
Et mènent, on l’a dit, 5·1 dans la manche décisive, celle qui montre le chemin du podium.
30·0 puis 30·30.
“Reste calme!” “Je suis calme!”
Balle de match sur un let un rien chanceux.
Dominique va servir. Non, elle se retourne, reprend son souffle.
“Cela fait plus d’un an que l’on pense à ce moment. Quand Els et moi avons décidé de former une équipe, c’était dans la seule idée de remporter une médaille olympique. Tout ce que nous avons fait depuis janvier, c’était avec cet objectif: monter sur le podium.”

Monami souffle et présente la balle. L’échange est long. Cette balle de match résume la partie, il faudra aller chercher le point, le dernier.

La balle tombe en dehors du terrain.
La Belgique gagne sa cinquième médaille; Monami et Callens glanent la première médaille tennistique de l’histoire des Belges aux Jeux.

“C’est un rêve qui se transforme en réalité, confirment les deux associées. Quand on est gosse et que l’on regarde une remise de médailles aux Jeux olympiques, on rêve un jour ou l’autre d’être à la place des champions. Et maintenant, c’est nous qui, demain (ce jeudi) allons monter sur le podium. C’est incroyable, c’est vraiment génial.”

“Avant le match, précise Monami, j’ai regardé la cérémonie du double messieurs. Quand j’ai vu Costa et Corretja monter sur la troisième manche, j’en ai eu les larmes aux yeux. Je me suis dit que, moi aussi, je voulais décrocher une médaille. Que moi aussi je voulais vivre ce moment fabuleux.”

Tout, dans cette médaille, est d’ailleurs question de volonté.
“C’est la preuve, explique Yvo Van Aken, coach principal de l’équipe de tennis aux J.O., que quand de véritables athlètes décident de réaliser quelque chose, ils peuvent y arriver. Ici, Els et Dominique, aidées par Bart Van Roost, ont construit une équipe et ont atteint leur objectif. Je suis très heureux pour elles et, aussi, très heureux pour le tennis. Car, dès qu’un excellent résultat survient, c’est l’ensemble du tennis belge qui est gagnant.”

Pour l’heure, cependant, c’est la joie de deux véritables professionnelles que l’on retiendra.
Deux professionnelles qui, habituées au luxe des hôtels des grands tournois, se sont concentrées sur un objectif où l’argent et les points n’avaient strictement rien à voir.

“Dans dix ou quinze ans, quand on aura des enfants, on pourra leur montrer notre médaille et ils comprendront de quoi il s’agit.”

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY