Il est énorme, non?

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epa06339370 Bulgaria's Grigor Dimitrov (L) poses with his trophy after defeating Belgium's David Goffin (R) in their singles final match at the ATP World Tour Finals tennis tournament in London, Britain, 19 November 2017. EPA-EFE/NEIL HALL

2012: il est tout petit, non?

2017: il est énorme, non?

5 ans. De Roger à Federer. De Paris à Londres. De David à Goffin.

Il est tout petit? Ben, non, il y a une erreur sur le site de l’ATP qui lui donnait encore moins d’1 mètre 75. Mais quelle vista, quelle vision du jeu. Déjà, encore.

Il est énorme? Ben, oui. Il est toujours à 1 maître 80 mais il a pris du coffre, il a grandi de l’intérieur, il a appris de ses succès, de ses défaites, de son envie, de son entourage.

Il est devenu énorme car il a osé, souvent, se remettre en danger. Il ose, quasiment tous les jours, se poser les bonnes questions. Et il analyse, avec son clan, ses défaites mais aussi, ses succès.

Pourquoi ai-je perdu si sèchement mercredi face à Dimitrov?

Pourquoi ne parviens-je pas à battre Roger Federer?

Questions suivies de réponses. Samedi, il a livré un match parfait. Campé sur sa ligne de fond, refusant de reculer devant son idole, il a joué plus vite que le meilleur joueur de l’année. Il lui a damé le pion, allant de l’avant, servant parfaitement et, même, volleyant tel un spécialiste du double.

Dimanche, pour sa première méga-finale, il était nerveux, évidemment – tout comme Grigor qui l’était tout autant – mais il a démontré que les deux jeux de mercredi étaient juste un accident de parcours. Qu’il pouvait faire jeu égal – et même plus – face au troisième joueur du monde. Qu’il était capable, bien entendu, d’aller au bout de ses rêves et de ceux de ses fans.

Il est tout petit, non? Non. Il n’a jamais été tout petit. La grandeur ne se jauge pas sur la taille. Elle se jauge sur, mais oui, la trajectoire.

La trajectoire.

Fin 2012: 46e

Fin 2013: 110

Fin 2014: 22

Fin 2015: 16

Fin 2016: 11

Fin 2017: 7

La trajectoire.

Pas rectiligne car il y a eu cette terrible année 2013 qui l’a fait réfléchir, mûrir, grandir. Avec le début 2014 qui a été lui aussi difficile. Mais qui a vu David, déjà, se remettre en question. Après les fastes de Roland Garros, il est retourné dans la discrétion des challengers. Sans forfanterie, sans orgueil. Il a refait ses gammes. Et quelles gammes!

La suite n’est que bonheur et travail. Non, travail et bonheur.

De défi en défi. Battre des Top 20, battre des top 10, battre des top 5.

Battre le numéro 1. Battre la légende.

Gagner un ATP 500, aller en finale des ATP Finals. Jouer une deuxième finale de Coupe Davis.

Grandir, toujours.

Jusqu’où?

Personne ne le sait. Ni lui, ni son coach, ni aucun observateur.

Seule certitude: il ira aussi loin qu’il le peut.

Il tirera le maximum de son potentiel.

Ce sera quel classement, ce maximum? Impossible de le dire mais quand on bat Nadal, Federer, Djokovic, Thiem, Raonic, Dimitrov la même année, on sait que l’on peut entrer dans le Top 5. Ou pas.

Ce sera quelle victoire, ce maximum? Impossible de le dire mais quand on gagne un ATP 500 et que l’on va en finale des ATP Finals, cela veut dire que l’on peut aller loin en Grand Chelem. Mais, en Grand Chelem, c’est en trois sets gagnants et pour battre les meilleurs en cinq sets, il faut grandir encore. Toujours. Il faut tenir l’intensité. Toujours. Il faut encore mieux servir. Il faut sans cesse remettre l’ouvrage sur le métier.

Il est énorme?

Oui.

Il est énorme car du haut de son maître quatre-vingt, il fait partie des leaders de ce sport universel.

Il est énorme?

Oui. Il est énorme car, demain, il va rejoindre ses potes de Coupe Davis et que, au sein de cette équipe solidaire, il ne se la ramènera pas. Il sera comme toujours humble et disponible. Il ne sera pas LE leader de l’équipe, il sera UN membre de l’équipe.

Il restera le David de 2012, discret, modeste.

Et impressionnant.

Ses copains, ses équipiers, le féliciteront évidemment pour sa semaine mais, lui, après dix minutes, se remettra au travail.

Pour tenter de gagner le Saladier qui est en réalité un plat à punch.

Il travaillera. Avec Steve, avec Ruben, Avec Joris, avec Arthur, avec Johan, avec le staff.

Avec eux, pas à côté d’eux.

Il est énorme, David, parce qu’il est humain, merveilleusement humain.

Il reste, sans arrêt, celui qu’il a toujours été.

Il sait, lui, que la trajectoire n’est pas terminée. Et que, pour qu’elle reste aussi magnifique qu’elle l’est depuis un lustre, il doit rester ce qu’il est. Enorme dans le jeu, sur le terrain. Pas en dehors.

C’est inutile, en dehors.

David ne fait rien d’inutile.

Jamais.

Il joue au tennis, il bosse. Il progresse.

Il est septième mondial.

7e.

Il a battu Federer.

Federer.

Il a battu Nadal.

Nadal.

Il a été en finale des ATP Finals.

Il est tout petit, non? Non.

Il est énorme, non? Oui!

Enorme.

4 COMMENTS

  1. Mais vous me faites pleurer, Patrick ! Enorme, oui… Heureusement que vous avez placé le « maître 80 » pour arrêter la montée des eaux et me mettre aussi un sourire aux lèvres…

    Enorme! Et bel hommage, merci !

  2. Il est énorme parce que tant en demi qu’en finale, on l’a vu beaucoup plus souvent aller chercher le point au filet, ce qu’il faisait (trop) peu avant. Ce qui prouve que son jeu évolue encore et qu’il y a encore une marge de progression non négligeable.
    Je ne sais pas s’il gagnera un jour un Grand-Chelem, mais en tout cas, il en est capable et il continuera de nous faire rêver encore quelques années.

  3. Bonjour,

    Il a été franchement impressionant.

    Il était au-dessus de Dimitrov au début du 3ème set mais malheureusement, Dimitrov semblait un peu plus frais en fin de match. Donc, je pense que malgré tout, il va repenser à ces quelques points qui auraient pu faire tourner le match plus tôt, en sa faveur.

    Je ne commenterai pas l’attitude du public bulgare car nul ne peut dire ce qui serait arrivé sans cette déconcentration qui lui a fait perdre quelques points sur le jeu où il est breaké…

    Sinon « Baby Federer » m’a plus fait penser à Nadal qu’à Federer sur ce match : redresser des situations désespérées par des coups de défense improbables…

    Bien sûr il est certainement très satisfait de sa semaineOui il aura des regrets car personne ne sait avec certitude

  4. [Mode Humour on]
    Questions QI : Quelle est la suite logique?
    Fin 2014: 22
    Fin 2015: 16
    Fin 2016: 11
    Fin 2017: 7

    Réponse :
    Fin 2018 : 4
    Fin 2019 : 2
    Fin 2020 : 1

    🙂

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