Histoire de langue et d’envie d’avoir envie (ter)

1
1093
06/02/2019 - LIEGE - Country Hall - Fed Cup Belgium vs France - Press conference - Elise MERTENS - Kirsten FLIPKENS ©Ph. Buissin / IMAGELLAN

De Liège à Montpellier, quels enseignements?

Je vais commencer par une anecdote mais qui m’a fait chaud au coeur, hier, lors de la conférence de presse de l’équipe belge que j’avais le plaisir d’animer au Country Hall de Liège dans le cadre des conférences de presse d’avant match de Fed Cup.

Comme le veut la coutume, on commence par la langue officielle du lieu où se joue la rencontre soit, en l’occurrence, le français. On poursuit ensuite dans la langue de l’équipe visiteuse mais, comme cette équipe vient de France, cela n’a pas été utile. On termine alors, en Belgique du moins, par la langue de l’autre partie du pays, cette fois, donc,  le flamand.

Jusque-là, rien de très original sauf, que, hier, les journalistes flamands ont posé des questions en flamand à une joueuse francophone. Qui a répondu en flamand. Il s’agissait, vous l’aurez compris, d’Ysaline Bonaventure, qui parle parfaitement le… Néerlandais.

Rien d’original, me direz-vous encore.

Eh bien, très franchement, je ne me souviens pas avoir déjà assisté à un échange de ce style. Je ne me souviens pas, par exemple, avoir entendu en Coupe Davis un joueur francophone répondre en flamand à une question. Je ne dis pas que les joueurs francophones ne parlent pas le flamand mais je crois que, le plus souvent, les journalistes flamands leurs posent les questions en français, ce qui les honore, alors qu’il est très rare, pour ne pas dire exceptionnel, qu’un journaliste francophone (sauf un certain SF dont je tairai le nom 🙂 pose une question en flamand à un joueur ou une joueuse flamand (e), sachant que la grande majorité des joueurs et joueuses flamands (es) parlent le français, ce qui n’est pas forcément le cas de leurs homologues francophones.

Evidemment, Dominique Monami parle parfaitement le flamand et le parlait déjà quand elle était joueuse mais, encore une fois, je ne me souviens pas qu’en conférence de presse on lui ait adressé des questions dans la langue de Vondel. Mais je l’ai évidemment déjà vue et entendue lors de show à la VRT ou à VTM.

Donc, oui, c’est une anecdote qui est peut-être un détail pour vous mais qui, pour moi, veut dire beaucoup.

Bon, je passe au tennis.

Pas grand chose à dire de la journée d’hier, première journée d’entraînement pour les deux équipes au Country Hall.

Seul le capitaine français s’est présenté à la conf de presse et il s’est dit satisfait de pouvoir présenter la meilleure équipe possible. Le conflit entre Garcia et Mladenovic? « leur entrevue s’est bien passée, il n’y a pas eu de problème. »

Je partage entièrement l’avis de Julien Benneteau. Ces joueuses sont pros et, si elles ont décidé de jouer, elles se donneront à fond. Je peux même vous garantir qu’elles auront toutes les deux tellement envie de montrer leur talent qu’elles vont y aller la raquette entre les dents.

Ceux qui espèrent qu’un conflit larvé pourrait être bénéfique à la Belgique se leurrent totalement.

Côté belge, les choses vont comme elles doivent aller. Ce n’était pas encore hier la grande folie en terme d’intensité mais, dès ce jeudi matin, les choses ont commencé à changer avec un entraînement extrêmement matinal puisque Elise Mertens était sur le court à… 7h25!!!!

Le tirage au sort aura lieu demain et ce n’est que demain matin que je vous donnerai ma sélection que vous pourrez comparer à celle du dubble captain Johan Van Herck.

On quitte Liège pour Montpellier.

Quelle tristesse.

Je ne parle pas de la défaite de David Goffin, un joueur de tennis pouvant toujours perdre un match de tennis.

Non, je parle de l’attitude.

J’ai eu l’impression, même si je n’ai pas vu tout le match, de voir un joueur puni, obligé d’être là. Pas du tout concerné par ce qui se passait.

Je n’ai vu ni un compétiteur, ni un joueur qui avait envie.

J’ai vu comme un espèce de robot qui était là parce qu’il faut bien être là. Mais qui n’est pas programmé pour réagir.

J’ai pourtant cru, quand David a sauvé plusieurs balles de double break dans le deuxième set qu’il allait finir par revenir mais je me trompais.

Alors, ok Krajinovic n’a pas fait un mauvais match, mais il n’a pas été bousculé, n’a pas dû puiser dans ses ressources.

En fait, lui, il avait envie, alors que David, manifestement, n’avait pas envie d’avoir envie.

Ou, plus précisément, il n’arrivait pas  à se donner envie d’avoir envie.

Je ne dis pas qu’il ne veut pas avoir envie mais que l’envie ne se commande malheureusement pas.

Il est temps, je pense, que David et son entourage se pose les vraies bonnes questions et je ne doute d’ailleurs pas qu’ils le font.

Mais prenons par exemple un épisode de ce qui s’est passé à Montpellier. Plusieurs journalistes demandaient une entrevue avec David. Sa manager répond: « il n’y a rien à dire. »

Ah bon, il n’y a rien à dire? Quand le joueur belge le mieux classé de l’histoire arrête sa collaboration avec son coach de cinq ans, que tout le monde s’inquiète – à tort ou à raison – de la suite de sa saison et de sa carrière, il n’y a rien à dire?

La zone de confort (ou d’inconfort, d’ailleurs) de David Goffin doit être bousculée.

Et, s’il ne désire pas qu’elle le soit, David doit alors le faire savoir, que les médias puissent transmettre cette information à leurs lecteurs, téléspectateurs ou internautes.

Encore une fois, un joueur, quel qu’il soit, aussi doué qu’il soit, aussi talentueux qu’il soit, a parfaitement le droit de décider de l’orientation qu’il veut donner à sa carrière, jamais je ne critiquerai un tennisman qui fait ses choix.

Mais il a par contre l’obligation de signaler ce choix à ceux qui sont ses fans et qui, eux, espèrent toujours le voir aux avant postes du tennis mondial.

Sans les fans, pas de tournois, pas de télés, pas de sponsors et, donc pas de tennis.

Alors, David, fais ton choix, ton libre choix, mais transmets le au plus vite que l’on sache plus ou moins à quoi nous attendre.

Et aussi, et surtout, fais ton choix pour reprendre plaisir sur le terrain.

Tu sais, cette envie que tu parviens à exprimer à la Rod Laver Cup, en double ou à la Coupe Davis.

Et qui te sera salutaire, sur et en dehors du court.

C’est tout ce que l’on souhaite.

 

 

1 COMMENT

  1. Dikke proficiaat à Ysaline. Ce n’est en effet pas un détail. Sauf erreur, première victoire hier de Joran et Sander dans un tournoi atp. Nog een dikke proficiaat.

LEAVE A REPLY