Goffin, Willems et Meur parlent de David en novembre 2011

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30/08/2011 - New-York - Flushing Meadows - US OPEN 2011 - Olivier ROCHUS coach Thierry VAN CLEEMPUT (C) - Reginald WILLEMS (L) - David GOFFIN ©Philippe BUISSIN / IMAGELLAN

Je vous propose donc un entretien avec David, avec Réginald Willems, son coach et avec Patrick Meur, son préparateur physique. Des entretiens réalisés à La Manga en novembre 2011.

David Goffin:”Une carrière à la Oli (Rochus)? Je signe des deux mains!”

Quelle est la différence entre le David Goffin de fin 2010 et celui d’aujourd’hui ?

David Goffin : Cette saison, j’ai pris conscience que je pouvais battre des joueurs du Top 100. J’en ai battu plusieurs, dont certains au terme de très gros matches. J’ai pris beaucoup d’expérienJce. Je pense pouvoir dire que j’ai passé un cap.

Vous refusez généralement de parler d’objectifs à court et moyen termes. Cela veut-il dire que vous avez un plan de carrière ?

Non, pas vraiment mais il est vrai que je travaille à long terme. Mon objectif principal, c’est de faire en sorte de pouvoir à terme rester dans le Top 100 le plus longtemps possible. C’est pour cela que je prends beaucoup de précautions au niveau physique. Je fais donc beaucoup de prévention surtout au niveau de l’épaule, de la hanche.

Mais, vu votre talent et au vu de la fin de votre saison 2011, il est difficile de ne pas se dire que l’année qui vient devrait vous emmener au minimum dans le Top 100, non ?

Je n’ai pas d’objectif de classement. Ce qui compte, c’est d’améliorer les attitudes.  Je dois être plus combatif, ne rien lâcher sur un terrain, être pro en dehors du court, ne pas m’énerver même si l’autre a fait un gros match. En résumé, que je gagne ou que je perde, je dois sortir du terrain sans avoir quelque chose à me reprocher.

Ok, David, mais il est difficile, je le répète, de ne pas vous imaginer dans le Top 100 d’ici quelques mois.

Si je confirme mon niveau de fin de saison, il est vrai qu’il serait logique que je m’approche du Top 100. Il y a bien eu un déclic en fin de saison, que ce soit à l’Ethias Trophy ou dans les gros Futures que j’ai disputés par après et au cours desquels j’ai réussi à prouver que j’étais effectivement en forme.

Cette logique voudrait que vous entriez directement dans le tableau final des Grand Chelem, au plus tard à l’US Open, non ?

Je ne veux pas me mettre de pression de ce style. Je ne raisonne pas en termes de classement. Le but, c’est de faire du mieux possible, de ne pas penser aux points mais bien au jeu. Si je joue bien, le classement suivra.

Je vais poser la question autrement. Quand vous vous projetez dans le futur dans quatre ou cinq ans, vous imaginez quoi ?

M’être installé durablement dans le Top 100. Et avoir vécu des grands moments, dans des grands tournois. Si on me disait maintenant que je vais réussir une carrière à la Oli (Rochus), je signerais tout de suite des deux mains. C’est pour des matches comme il en a joué beaucoup que l’on joue au tennis. Quand j’étais petit et que je le voyais jouer ces gros matches, je l’enviais, il me faisait rêver.

Maintenant que vous vous entraînez en sa compagnie et que vous disputez parfois les mêmes tournois, il vous aide ?

Oui, vraiment. Avoir Oli ou Steve (Darcis) auprès de soi, c’est génial car ils nous intègrent dans le milieu, ils nous montrent la voie. Ils me donnent des conseils, m’encouragent, me disent parfois comment jouer tel ou tel joueur. C’est vraiment très sympa de leur part.

En ce sens, vous allez probablement vous retrouver dans l’équipe de Coupe Davis d’ici quelques mois, en leur compagnie. Il s’agira d’un rêve qui se concrétise ?

Depuis que je suis tout petit, je rêve de faire partie de l’équipe belge. Sans Xavier (Malisse), je suis quatrième joueur belge au classement. Donc, oui, ce sera peut-être enfin l’occasion pour moi de jouer pour mon pays.

Un stage comme celui de La Manga, c’est utile pour créer un esprit Coupe Davis ?

Oui, c’est génial comme rassemblement. Il y a une super ambiance, la plupart des meilleurs Belges sont présents et l’esprit de groupe est vraiment très bon.

Tennistiquement, que devez-vous améliorer ?

Le service et la volée. Je dois être capable de servir de manière plus constante et je ne dois pas hésiter à venir terminer les points au filet.

Ce n’est pas dans votre tempérament, de vous montrer offensif ?

Je ne dois pas me forcer pour aller au filet mais je ne le fais pas assez.

Mentalement, il semblerait que vous ayez fait un énorme bond en fin de saison dernière.

Oui, il est clair que mes victoires serrées face à Oli (Rochus) et Falla à l’Ethias m’ont donné confiance. Et, quand on a confiance, le mental suit bien. Lors de ces matches, je me suis battu sur chaque point. Et dès qu’un gros point se terminait, je pensais directement au suivant. Même quand j’étais malmené, je continuais et ils ont fini par craquer.

Quelle est la différence entre un bon joueur et un champion ?

Il y a deux étapes à franchir pour être un champion. Un, il ne faut rien lâcher. Deux, il faut être capable de tirer un coup magique dans les moments clé. Un peu comme Oli quand il a tiré un passing de revers d’enfer dans le tie-break du troisième à Mons alors que je pensais qu’il était dans les cordes.

Vous en êtes où?

Disons que je parviens maintenant à ne pas trop lâcher mais je ne suis pas encore apte à tirer des coups magiques.

Quel est, pour vous, le joueur intouchable ?

Roger Federer. Je rêve de le jouer dans un grand stade mais je serais peut-être bien tétanisé car j’ai trop de respect pour lui. Puis, il y a aussi, évidemment, Nadal, Del Potro ou Ferrer qui me paraissent imbattables, surtout en cinq sets. Si je devais les rencontrer maintenant, mon objectif serait de parvenir à les ennuyer un maximum. De ne pas prendre un triple 6-1.

Vous voyez un Top 10 contre qui vous pourriez déjà gagner ?

Robin Söderling…. Ce serait compliqué, évidemment, mais j’aime bien jouer en contre…

Venons-en à votre staff. De qui est-il constitué ?

De mon papa, qui gère entre autres tout ce qui est administratif, financier, etc. Mon entraîneur, Réginald (Willems) , le staff de l’AFT et j’ai aussi un manager de chez IMG qui négocie mes contrats, les pubs et les wild cards.

L’argent est-il un sujet tabou ?

Non, pas du tout. Il faut gagner sa vie et il est logique d’y songer mais il faut se concentrer sur l’aspect sportif. Cela dit, je ne nie pas qu’une fois le tournoi terminé, cela  fait plaisir de recevoir un chèque (sourires).

Les montants que l’on peut toucher dans le tennis vous choquent ?

(Rires) Non, vraiment pas. Il ne faut pas oublier que nos carrières sont courtes. Cela dit, si l’argent n’est pas du tout un sujet tabou, ce n’est jamais moi qui vais aborder en premier le sujet. Je peux en parler mais il n’est pas dans l’habitude de la famille de discuter souvent de cela.

Regardez-vous souvent le tennis à la télé ?

Non, pas souvent, sauf des matches comme celui entre Djokovic et Federer. C’était dément, comme match.

Et le tennis féminin ?

Jamais, non.

Qu’est-ce que vous aimez dans le tennis ?

Le jeu. J’adore le jeu.

Réginald Willems : « On met tout en place pour que tout soit prêt s’il arrive au Top »

Vous êtes le coach de David. Le Top 100 est proche, non ?

Ce sont les aspects du jeu qui m’intéressent, pas le classement. S’il renforce certains secteurs, le classement suivra et alors, oui, le Top 100 devrait se rapprocher. Cela dit, sans langue de bois, il est clair que ce Top 100 est un palier logique. Ce n’est pas primordial mais cela doit venir à un moment plus ou moins rapproché.

Quels sont les secteurs dont vous parlez ?

Particulièrement, la prévention des blessures qui lui permettrait de jouer une année complète. Pour cela, il a déjà beaucoup appris mais il doit encore progresser dans tout ce qui concerne l’hydratation, la nutrition, la récupération.

Son service ?

Il doit le stabiliser. Il a une bonne première mais il y a encore des moments, dans des matches, où cette première balle s’en va. Cette première balle DOIT être une arme tout le temps. Il doit également s’améliorer en intensité. A savoir qu’il doit être capable de jouer tout un match de manière constante. Face à Oli à Mons, il menait d’un set avec double break dans le deuxième et il a eu un petit relâchement. Il doit apprendre à tuer ce genre de match. Cela étant, ce n’est pas un problème spécifique à David, la plupart des jeunes le connaissent.

Quelles sont ses grandes forces ?

 Il a des coups de fond incroyables. Il a une explosivité exceptionnelle mais, pour gagner des matches en cinq sets, il va devoir venir plus souvent au filet. Il ne sera jamais un serveur volleyeur mais il doit raccourcir les échanges. S’il continue à entrer trop souvent dans des filières trop longues, il va prendre des risques. De perdre des points, bien sûr, mais aussi en termes de fatigue.

Quel est le potentiel de David ?

Il a tout ce qu’il fat pour être un jour Top 50.

Il est ambitieux ?

Oui, très. Il fait et fera tout pour être au top. Il a une idée très américaine du sport. Il a une culture sportive, de l’effort. Il veut être le meilleur.

En dehors du terrain, il se prépare à être éventuellement parmi les meilleurs ?

Oui, avec son papa, qui est vraiment très bien, nous voyons à long terme. Le but est de mettre en place tout ce qu’il faut pour que tout soit prêt quand David arrive dans le Top. Attention, je ne dis pas qu’il va y arriver forcément mais que tout sera prêt s’il y arrive. Je parle ici de tout ce qui concerne le médical, le management, le fiscal, le médiatique. En fait, avec son papa, l’AFT essaye de faire ce que l’on n’a jamais fait : prévoir ce qui peut se passer avec un joueur qui reste évidemment le moteur principal. Il faut, je le répète, que tout soit en place si David entre dans le Top. Si on met en place à ce moment, ce sera trop tard.

Patrick Meur : « S’il David n’est pas Top 100, ce sera un échec ! »

Comme définiriez-vous David au niveau physique ?

Patrick Meur: Il est très très très bon. Coordonné, stabilisé. Il est bétonné en ce sens que c’est un mur. David est très endurant, explosif, déterminé. Il sert aussi très vite.

Sa croissance est finie ?

Il ne va plus grandir et rester donc tout près de son mètre 80 actuel. Il va un peu s’épaissir mais on ne veut pas qu’il prenne trop de masse musculaire. Mais il faut encore attendre quelques années pour qu’il soit terminé totalement physiquement. Ce ne sera pas forcément visible de l’extérieur mais le travail en profondeur est loin d’être terminé.

Sur quoi doit-il encore beaucoup travailler ?

Il doit mieux gérer son énergie en gérant mieux la récupération la respiration. Il doit aussi accepter le fait que la nutrition est primordiale. Il n’a pas encore tout à fait pris conscience de l’importance de la nutrition. Mais on y travaille beaucoup.

Il a le potentiel d’être Top 100 ?

Oui, évidemment. Je vais même plus loin, s’il n’entre pas dans le Top 100, on pourra dire que nous avons connu un échec.

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