Goffin? Non, vous ne rêvez pas!

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20/09/2015 - BRUSSELS- Forest National - Worldgroup Semifinal - 4thmatch - Davis Cup Belgium vs Argentina - David GOFFIN ©Philippe Buissin/ IMAGELLAN

Retour sur les dix derniers jours fous de David Goffin.

Mai 2012. Dernier tour des qualifs de Roland Garros. David Goffin s’incline en deux sets face à un certain Joao Sousa qu’il rencontrera encore assez régulièrement par après. Perdant du dernier tour des qualifs, il fait partie des quatre joueurs pouvant être repêchés dans le tableau final. Depuis quelques années, ce ne sont plus les meilleurs classés qui sont appelés directement mais, pour éviter des matches « donnés », il y a tirage au sort entre les quatre meilleurs classés. Dans le bureau du superviseur, en début de soirée, la chance sourit au Belge. Qui profitera merveilleusement de ce coup de pouce du sort: victoires face à Radek Stepanek, Arnaud Clément, Lukasz Kubot avant de s’incliner en huitièmes face à sa légende Roger Federer contre lequel il mènera d’un set.

Mai 2015. David Goffin a retrouvé de belles couleurs à Madrid la semaine dernière. Il y a battu Ernests Gulbis avant de s’incliner face à Kei Nishikori en trois superbes sets. A Rome, il sort Jo-Wilfried Tsonga au 2e tour avant de bénéficier du retrait d’Andy Murray en huitièmes de finale. Il est donc en quart de finale d’un ATP 1000 pour la première fois de sa carrière. Cette montée en puissance du Belge, alliée à ce petit coup de pouce du sort, va le lancer pour une deuxième partie de saison qui se terminera on le sait par la finale de la Coupe Davis.

Octobre 2016. Tokyo. David Goffin arrive au Japon au milieu d’une période un peu plus compliquée. Il a été battu par Jared Donaldson au premier tour de l’US Open et par Malek Jaziri dès son entrée en piste à Shenzhen. Il gagne contre le modeste Yoshihido Nishioka au premier tour de l’ATP 500 tokyote puis, juste avant qu’il ne prenne la mesure de Jiri Vesely, il apprend que Kei Nishikori, qu’il aurait dû rencontrer en quarts et qu’il n’a jamais battu, a abandonné.

La suite: finale à Tokyo et un magnifique premier tour à l’ATP 1000 de Shanghai face à Juan-Martin Del Potro, tombeur cet été de Novak Djokovic, Andy Murray, Rafaël Nadal et Dominic Thiem.

Pourquoi vous raconter ces trois moments?

Parce qu’ils démontrent avec force oh combien Thierry Van Cleemput a raison de dire que le tennis est un sport de circonstances, d’occasions. En tennis, il faut être capable de profiter de la moindre ouverture.

Que l’on me comprenne bien: je ne dis évidemment pas que David a eu de la chance. Je dis au contraire qu’il a le talent, le mental, la capacité, même dans des périodes plus difficiles, d’entrer avec efficacité dans les petites ouvertures qui s’offrent à lui.

Prenons Tokyo.

Beaucoup, spécialistes (enfin, je me comprends) et non spécialistes, trouvaient stupide que le Belge se rende en Asie, avançant qu’il faudrait sans doute mieux qu’il arrête sa saison. Ils avaient évidemment tort.

D’une part, le travail d’un joueur de tennis consiste à… jouer au tennis. Pas question, pour lui, de refuser de bosser tout simplement parce que les dernières semaines ont été compliquées. De plus, il faut rappeler que les joueurs de tennis du Top 20 de l’année précédente ont des obligations. Mais surtout, ils oubliaient, ceux qui pensaient que la saison de Goffin était terminée, qu’en tennis, un succès, un match, voire un point, peut changer l’état d’esprit du joueur.

Vous vous souvenez de ma lettre ouverte à David dans laquelle je luis demandais de se révolter un peu?

A Tokyo, au premier tour, David m’a pris au mot et il a cassé une raquette.

Oui, David Goffin, a cassé une raquette. De rage. Bien campé sur ses deux jambes, tenant son outil dans la main droite il l’a fracassée sur le sol.

Comme un vilain joueur qu’il n’est pas.

La suite? Victoires en deux sets contre Nishioka et Vesely. Retour face à Joao Sousa (tiens, celui qui l’a battu à Roland Garros en 2012) qui menait 6-1. Nouvelle victoire contre Marin Cilic, 11eme mondial et une somptueuse finale perdue 7-5 au troisième set contre ce diable de Nick Kyrgios.

Remonté à la douzième place mondiale, David n’a pas eu le temps de savourer cette première finale en ATP 500. Diantre le sort lui avait réservé Juan-Martin Del Potro pour le premier tour de l’ATP 1000 de Shanghai.

Un premier tour que tous les ATP 250, voire 500, aimeraient proposer en finale.

Un premier tour qui a offert un spectacle de feu. Mené 6-4 2-0 par celui qui, je le répète, a été Top 5 et a battu Murray, Djokovic et Nadal au cours des deux derniers mois, David s’est accroché, comme un fou. Il est revenu et a tenu le choc physique.

Car c’est un géant ce Del Potro, probablement l’un des plus beaux joueurs de cette dernière décennie, malheureusement trop souvent ralenti par les blessures.

Un set partout. Le physique est touché chez les deux hommes et voilà qu’ils nous offrent à certains moments des échanges de haut vol tactique. On aura droit par exemple à de solides échanges croisés en revers slicé.

Les breaks s’enchaînent. On a peur que le service de Del Potro face la différence comme celui de Kyrgios en finale deux jours avant.

Mais David est fort. Mentalement, physiquement. Il est relâché (ah, que cela fait du bien de casser une raquette).

Et il gagne.

Oui, il gagne.

Et il enchaîne avec une nouvelle victoire, face à un Benoît Paire qui est très difficile à contrer et dont il n’adore pas le jeu.

Le voici donc, David Goffin, en huitièmes de finale d’un ATP 1000 où d’aucuns pensaient qu’il ne devait pas aller.

Le voici donc, alors que la saison n’est pas finie, avec un palmarès 2016 dont beaucoup se contenteraient: une finale en ATP 500, deux demis en ATP 1000, un quart à Roland Garros, un 8eme à Wimbledon, à l’Australian Open et donc, à Shanghai. Auquel il faut ajouter un maintien dans le Groupe Mondial de Coupe Davis.

En chemin, il a battu, entre autres, Dominic Thiem, Marin Cilic (3 fois), Stan Wawrinka,  Gilles Simon, Tomas Berdych (6-0 6-0) et Juan-Martin del Potro.

Alors, oui, c’est vrai, il a connu un été plus difficile. Qui a généré des commentaires de tous genres sur lesquels je n’ai pas envie de revenir.

Ce que je vais juste rappeler une énième fois, c’est que le classement d’un joueur ne représente pas la valeur à un moment M mais bien la valeur lissée sur douze mois.

Prenons Lucas Pouille. Il a battu David Goffin alors qu’il n’était encore que 58eme mondial. On a dit alors que c’était une sacrée contre-performance. C’était au mois de mai. Aujourd’hui, alors qu’il n’a que 22 ans, le Français est  16eme mondial.

David Goffin est douzième mondial. C’est sa valeur sur les douze derniers mois.

Si on ne prend que les dix derniers mois, soit la race, il est onzième.

Devant lui?

Novak Djokovic, Andy Murray, Stan Wawrinka, Milos Raonic, Kei Nishikori, Gael Monfils, Rafael Nadal, Dominic Thiem, Tomas Berdych et Marin Cilic…..

Derrière?

Nick Kyrgios, Roger Federer, Lucas Pouille, Grigor Dimitrov, Jo-Wilfried Tsonga.

Non, vous ne rêvez pas.

C’est bien la position de David Goffin. Précédé par des monstres, suivi par des monstres.

David est à la 11ème place mondiale à la Race. C’est énorme.

Il terminera l’année à cette position?

Qu’en sais-je? Il peut entrer dans le Top 10, il peut même encore mathématiquement se qualifier pour les ATP Finals mais peu me chaut, en fait.

David Goffin, sur l’année écoulée, fait partie des douze meilleurs joueur du monde.

Il est parfois battu par moins bien classé, il bat parfois des mieux classés.

C’est la vie d’un joueur de tennis.

Qui a le droit de perdre.

A condition de se remettre en question.

Ce que fait David. Ce que fait son clan (regardez comment il avance dans le terrain depuis Tokyo!)

Aujourd’hui, il rencontre Gael Monfils vers midi.

Il peut gagner.

Il peut perdre.

Qu’il gagne ou qu’il perde, il sera toujours parmi les meilleurs du monde lundi.

Et ce sera un régal de le voir à l’oeuvre la semaine prochaine à Anvers.

PS: s’il y a du retard et que le match commence vers 13h30, je pourrai le commenter. S’il commence à l’heure, ce sera impossible)

 

 

2 COMMENTS

  1. Bonjour Patrick,
    Merci pour ce bel et émouvant article.
    Beaucoup de mots d’amours et d’éloge pour David Goffin, des mots que j’approuve totalement. David est un joueur que j’aime beaucoup, qu’il casse, oui ou non, sa raquette ne change rien à cela.
    Quelques remarques concernant sa carrière.
    D’abord c’est pour David sa seconde finale en ATP 500, pas sa première finale, mais en effet sa première avec une réelle chance de la gagner, puisqu’il en a joué une contre Federer à Bâle en Suisse il y a deux ans sans une vraie réelle chance de victoire.
    Ceci est – pour moi- déjà une preuve des progrès de David.
    Autre preuve : les objectives à atteindre. Je me rappelle que dans un passé pas si lointain, l’objectif de carrière était pour David et son entraineur de réaliser une carrière comparable à celle d’Alexander Dolgopolov, ancien 13ième mondiale dans le classement ATP. Aujourd’hui, Dolgopolov a atteint dans sa carrière au total au niveau des tournois ATP 1000 (les Master) 2 demi-finales, 3 quarts de finales et 8 huitième de finales. David a atteint 2 demi-finales, 3 quarts de finales et 7 huitièmes de finales en ayant 2 ans de moins que Dolgopolov.
    Maintenant David vise à entrer et rester dans le top 10.
    David y est presque, mais pas encore vraiment.
    Moi personnellement, j’attends avec impatience le moment que David réussisse à gagner un set contre Andy Murray, surtout parce que Andy Murray a sorti dans un entretien – il n’y a pas longtemps – que David resterait dans le top 20 des années durant, impliquant – mais sans le dire vraiment –que David ne fera pas partie du top 10.
    Andy a le droit de penser cela, puisque jusqu’à l’heure actuelle, en 5 matches contre Andy Murray, David s’est incliné à chaque fois sans gagner un seul set, breaké quelque part en route du set, et n’arrivant pas à forcer un seul tie-break.
    C’est donc mon rêve pour David : faire en sorte que Andy Murray change son opinion.

  2. Bonjour Patrick,
    Merci pour cet bel et émouvante article.
    Beaucoup de mots d’amours et d’éloge pour David Goffin, des mots que j’approuve totalement. David est un joueur que j’aime beaucoup, qu’il oui ou non casse sa raquette ne change rien à cela.
    Quelques remarques concernant sa carrière.
    D’abord c’est pour David en effet sa seconde finale en ATP 500, pas sa première finale, mais sa première avec une vraie chance de la gagner, puisqu’il en a joué une contre Federer à Bâle en Suisse il y a deux ans sans une réelle chance de voctoire.
    Cecla est selon moi déjà preuve des progrès de David.
    Autre preuve est la barre et les objectives qu’on lui propose. Je me rappelle que dans un passé pas si lointain, l’objectif de carrière était pour David et son entraineur Thierry Van Cleemput d’égaliser la carrière d’un joueur comme Alexander Dolgopolov, ancien 13ième mondiale dans le classement ATP. Alexandre Dolgopolov a atteind dans sa carrière aujourd’hui au total en ATP 1000 (tournoi de Master) 2 demi-finales, 3 quarts de finales et 8 huitième de finales. David en a atteind 2 demi-finales, 3 quarts de finales et 7 huitièmes de finales, ayant 2 ans plus jeunes.
    Maintenant David vise à entrer et rester dans le top 10. Il y est presque, mais pas encore vraiment.
    Moi personnellement, j’attends avec impatience le moment que David réussisse à gagner un set contre Andy Murray, surtout parce que Andy Murray a sorti dans un entretien – il n’y a pas longtemps – que David sera dans le top 20 des années durant, impliquant – mais sans le dire vraiment –que David ne fera pas partie du top 10.
    Andy a le droit de penser cela, puisque jusqu’à l’heure actuelle, en 5 matches contre Andy Murray, David s’est incliné à chaque fois sans gagner un seul set, breaké quelque part en route de chaque set, et n’arrivant pas à mener les sets au tie-break.
    Mon rêve pour David est donc de faire en sorte qu’ Andy Murray change son opinion.

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