Goffin, la déception est grande mais pas d’amalgame

2
1089
23/06/2010 - Londres - Wimbledon - 2nd round - Kirsten FLIPKENS vs Yanina WICKMAYER / Illustration Copyright: Ph. BUISSIN/ IMAGELLAN

Menant deux sets zéro, David Goffin n’était pas très loin des quarts de finale de Wimbledon. Il a manqué peu de choses et surtout du maintien de l’intensité.

Conversation matinale avec un très proche ami, connaisseur du jeu et excellent joueur lui-même.

« C’est un peu le mal belge, me dit-il, comme si les sportifs belges, footballeurs ou tennismen, ne parvenaient pas à aller au bout, à se révolter. »

J’ai très vite fait savoir à mon ami que je ne partageais pas son analyse. Je déteste quand on fait des amalgames et que l’on met TOUS les sportifs belges dans le même sac, sous prétexte que la défaite des Diables Rouges a donné l’impression que les joueurs de Wilmots n’avaient pas tout donné.

N’étant pas spécialiste du foot, je ne ferai pas d’analyse du match. Ce que je peux par contre affirmer c’est qu’il me paraît inconcevable que des footballeurs laissent volontairement aller un quart de finale aussi important.

Oui, ils ont peut-être très mal joué. Oui, ils ont sans doute reculé alors qu’ils devaient avancer. Mais ils n’ont pas fait EXPRES de perdre. Simplement, ils n’ont pas été capables, ce vendredi, de faire ce que l’on attendait d’eux.

Un sportif se doit de tout donner mais il a aussi le droit de mal jouer et, évidemment, celui de perdre.

Hier, comme il le dit lui-même, David Goffin a tout donné.

Je ne peux que le confirmer. Il n’a pas fait EXPRES de desserrer l’étau. Il n’a pas fait EXPRES d’être moins précis dans ses retours.

Il a tout donné mais ce n’était pas encore suffisant.

Son problème: l’intensité.

Cela fait des mois que je vous en parle de cette intensité. De cette faculté qu’ont les très grands de jouer quasi tous les points avec la même conviction.

Pendant deux sets, David a été parfait. Précis, vif, rapide, il a dominé Milos Raonic de la tête et des épaules, lui prenant trois fois son service alors que le Canadien n’en avait pas perdu un seul au cours des trois premiers tours.

Puis, au début du troisième set, il a commis deux doubles fautes sur le même jeu de service. Et Raonic l’a breaké pour la première fois. Ces deux points donnés ont tout changé, ils ont fait pivoter l’âme du match.

Devant dans le set, Milos s’est relâché, a retrouvé son service (il a aussi sans doute été coaché pendant l’interruption due à la pluie mais ce n’est pas cette interruption qui a changé la donne).

Une fois devant, Raonic n’a plus jamais laissé la place aux doutes. David Goffin lisait moins bien le service, bougeait moins bien, était moins précis sur les passings.

La fameuse histoire des vases qui communiquent revenait sur le devant de la scène.

Et Raonic, logiquement, s’est imposé en 5 sets, suite à une baisse d’intensité sur un seul jeu, ou presque.

A Cincinnati, en 2015, face à Djokovic, David a mené 3-0 avec deux breaks dans le dernier set. En quarts à Roland, il a servi pour mener deux sets à zéro face à Dominic Thiem.

Il a eu peur? Non, ce n’est pas la peur de gagner (sauf, peut-être face à Djoko). C’est la capacité de maintenir sans cesse la même intensité.

Face à un Top 50, on peut connaître ces petits moments de faiblesse. Face à des Top 10, ils se paient cash. Face à un top 5, ils sont irrécupérables.

David Goffin est 11e mondial. Il a encore du travail au niveau de cette intensité pour monter et se maintenir dans le top 10. Sur deux sets, il y a parvient, pas encore chaque fois sur 3, 4 ou 5.

Que l’on me comprenne bien: je ne minimise pas la déception qui est la mienne. Je suis déçu et frustré car il y avait la place. Je sais que la possibilité d’aller en demi était grande.

Mais déception ne veut pas dire dramatisation.

Car, très franchement, je pensais que David aurait bien plus de difficultés à assumer sa défaite en quart à Paris face à Thiem. J’étais convaincu qu’il ne ferait pas un bon Wimbledon tant il avait été proche de la demi à Paris.

Et pourtant, il a passé trois tours avant d’être très proche du quart de finale.

La force de David, c’est d’analyser très rapidement les événements et d’en tirer profit.

Il reviendra sur le dur pour essayer de briller aux Jeux et ensuite à l’US Open.

Et il sera Top 10 soit avant, soit après l’US Open, j’en suis persuadé.

Et l’intensité de son jeu finira par lui permettre d’atteindre les nouveaux objectifs: une place dans le dernier carré d’un Grand Chelem.

Cette année, ou dans les années à venir.

NB: David Goffin, Yanina Wickmayer et Kirsten Flipkens sont sélectionnés pour les JO de Rio.

2 COMMENTS

  1. Je partage en grande partie le point de vue de Patrick. Cependant j’aimerais mentionner quelques points complémentaires ou différents. Sur la comparaison avec les Diables, elle est évidemment non pertinente, ca n’a rien à voir. Mais j’aimerais que si les Diables avaient une grosse chance et un tableau ouvert, David avait un fameux écueil en la personne de Raonic. C’est un des favoris sur gazon. Il gagnera peut-être cette année et David lui a posé de sérieux problèmes, ce que personne n’a encore réussi. Ensuite, je pense que la pluie a vraiment changé les choses. Le plan de David marchait très bien jusque là, et Raonic a clairement changé de stratégie, jouant plus agressivement, notamment en retour. Le coaching durant l’interruption l’a clairement aidé. Sur les 2 doubles fautes qui ont permis le break, je pense que que la vraie performance était plutôt de ne pas avoir perdu son service avant. Il a été 5 fois à 30/30 durant les 2 premiers sets , et contrairement à Raonic, il a super bien joué tous les points importants durant ces 2 sets. Non ca ne pouvait plus durer. Perdre son service était dans la normale, la déception est que il n’a plus pris celui de Raonic durant les 3 derniers. Mais le crédit en revient au Canadien qui a servi de manière incroyable. En résumé, c’est une déception mais mois une occasion ratée que lors du quart de finale contre Thiem ou je pense qu’il a eu des occasions incroyables de gagner en 3 sets.

  2. « Je lui ai permis d’imposer son rythme et c’est ce que j’ai dû renverser par la suite», a admis Raonic au site Wimbledon.com après la rencontre contre David, avant de devoir discuter du départ de son entraîneur, John McEnroe, analyste à la télévision, à mi-chemin de son duel.

    «C’est correct. J’ai compris dans quoi je m’embarquais quand je lui ai demandé de me donner un coup de main. Vous savez, je suis seul sur le court. Personne ne gagne ces points pour moi. Mais il m’impose tout de même des trucs, me parle de mon attitude sur le court. Il me répète de m’imposer davantage, de m’assurer que mon adversaire soit conscient de ma présence. » (presse.ca)

    En dominant Goffin, Raonic a gagné pour la première fois de sa carrière un match après avoir été mené 2 sets à 0. McEnroe peut s’en réjouir.

    La question de l’intensité est aussi relevée par Radio Canada qui n’hésite pas à souligner son étonnement d’avoir vu Raonic en difficultés alors que « Goffin n’a pourtant rien réalisé d’exceptionnel avec un taux de 60 % de premières balles en jeu et seulement 28 % de points inscrits en retour de service (39/139) ». (radio Canada)

    La question est plus physique que mentale quand, par exemple, on voit hier Jiri Vesely capable de retourner la situation face à Berdych qui a cinq balles de match et que Vesely reprend à son compte le match pour conclure un 4ème set au tie-break (2-2) . C’est l’intensité au service qui a permis à Jiri de revenir. Ce fut aussi le cas de Pouille face à Tomic pour emporter le match.

    Cette question de l’intensité est criante depuis la perte de la finale à Gstaad face à Dominic Thiem. Les matches perdus ont à avoir avec cette question : défaites face à Pouille, Thiem, Federer, Zverev, Raonic, Djokovic, Murray. Les défaites contre les plus jeunes que lui et celle contre Federer à Halle font mal.
    Cette question est urgente à régler car les jeunes poussent derrière David : Lucas Pouille, Jiry Vesely, Dominic Thiem, Fritz, … Tous ces joueurs ont bien sûr 5 à 20 cm et/ou 10 à 20 kgs de plus que lui mais surtout ont un service qui leur permettent de se sortir de situations périlleuses..
    Faire une double faute au moment où il faudrait sortir un service d’enfer est une question à travailler. C’est comme si David craignait encore son service, comme si ce dernier n’était pas fait d’automatisme tant sur la forme que sur le rythme. Qu’une chose à faire, continuer, comme a conclu David. Il ne faut pas compter qu' »un jour ça finira par passer » sans revenir à la case départ du service, comme axe de travail.

LEAVE A REPLY