Envie d’avoir envie

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epa05239714 Novak Djokovic (L) of Serbia greets David Goffin (R) of Belgium after Djokovic defeated Goffin during a semifinal round match at the Miami Open tennis tournament on Key Biscayne, Miami, Florida, USA, 01 April 2016. Djokovic will face either Kei Nishikori of Japan or Nick Kyrgios of Australia in the men's singles final. EPA/ERIK S. LESSER

Quel que soit le niveau de jeu, l’envie d’avoir envie est l’une des clés de la réussite. En sports en général, en tennis en particulier.

Trois situations, complètement différentes, mais parfaitement complémentaires.

Novak Djokovic, ancien numéro 1 mondial, quasiment intraitable pendant plusieurs années, ne parvient plus, ou presque, à enchaîner les succès, même face à des adversaires qui ne lui posaient que peu de problèmes il y a deux ou trois saisons.

Dominic Thiem, face à un Rafaël Nadal qui vient d’aligner 50 sets sur terre battue sans en perdre un seul. L’autrichien se démène comme jamais. Et gagne pour la troisième fois sur terre face au géant Espagnol. Seuls… Djokovic (7 succès) et Gaudio (3) ont fait au moins aussi bien que lui sur terre.

Amortie et Lob, en interclubs, en double. Super tie-break. 6-6, on change. Le partenaire capitaine ami lui glisse: « j’ai vraiment plus envie… »

Trois situations, donc, et trois fois l’envie qui fait défaut ou qui déborde.

Prenons mon capitaine, excellent joueur de toucher. Lui, il n’a pas de doute. Il sait, qu’après une heure, une heure et demi, il n’a plus envie. Et il s’en moque, il vit très bien avec cela et, donc, quand il me confie qu’il n’a plus envie, il ne fait que mettre un mot sur ce qui semble être du désintérêt. Alors, fatalement, il perd – nous perdons – parce que nos adversaires, eux, alors qu’ils menaient déjà 6-0 dans l’interclubs – continuaient à être dévorés par cette envie. A notre niveau et à notre âge, cette envie peut paraître puérile, mais il n’est pas possible de gagner un match face à des adversaires du même niveau si, précisément, on n’en veut pas, de cette victoire.

D’envie, Dominic Thiem en débordait à Madrid face à Rafaël Nadal. Dieu sait pourtant qu’il fallait avoir les crocs en montant sur le court face au monstrueux terrien qu’est l’Espagnol. D’ailleurs, le fait de sembler intouchable (et de l’être quasi tout le temps) a un effet bien avant le match. Quand on sait que l’on va jouer contre Nadal, il faut être mentalement costaud pour… avoir envie. Il ne suffit pas de se dire motivé, il faut aussi, et surtout, maintenir cette motivation tout au long des points, des jeux, de sets. Il ne faut pas que cette envie soit étouffée et finisse par s’évaporer. Parfois sans que le joueur en soit conscient, d’ailleurs.

Prenons Novak Djokovic. Peut-on raisonnablement penser qu’il ne sait plus jouer au tennis aussi bien qu’il y a deux ou trois ans? Non, bien entendu, son tennis est toujours là. Mais sa hargne, sa motivation, son… envie ne sont plus ce qu’elles étaient. Pourquoi? Difficile à dire mais le fait d’avoir tout gagné, ou presque, peut générer un manque d’ambition. Quand on atteint son rêve, il est parfois compliqué d’en construire un nouveau. En cela (et en tant d’autres points), Roger Federer est sidérant. Car à son âge, avec son palmarès, il parvient, de saison en saison, à se fixer de nouveaux objectifs. Et il parvient à les atteindre!

Djoko, lui, travaille, encore et toujours. Mais l’envie, on ne peut pas la travailler. L’envie – souvent sans qu’on le sache – peut manquer dès que l’on monte sur le court. Avant le match, dans le vestiaire, vous vous motivez, vous vous dites que vous allez tout donner. Et, une fois le match commencé, pour des raisons indéfinies, vous n’y allez pas à fond. De manière parfois imperceptible mais, au fond de vous, vous savez qu’il manque un truc, que l’amortie que vous alliez chercher il y a quelques mois, va vous échapper cette fois-ci.

Vous ne courrez pourtant pas moins vite, votre oeil est toujours perçant mais, pour avoir une amortie, il faut avant tout, avoir envie. D’aller la chercher.

Et si on a envie, ben, oui, souvent, on va la chercher, cette amortie. Et quand on a envie, on va la chercher, cette victoire.

Djokovic, pour revenir à lui, doit sans arrêt fredonner la chanson de Johnny.

Envie d’avoir envie.

Cette envie qui vous fait … vivre sur un terrain.

Qui vous fait vivre dans la vie.

Envie d’avoir envie.

Envie d’être en vie!

 

 

 

2 COMMENTS

  1. Effectivement, l’envie est le cœur du réacteur.

    Au niveau belge, c’est Philippe Dehaes qui vit cette envie pour sa joueuse Daria Kasatkina de la plus belle des manières. Il ne joue pas un personnage, il est le coach, il a la gnac. Son coaching à Dubaï a fait le tour de la planète tennis lors d’un match de sa protégée contre Konta où elle est très mal embarquée, où il lui fait transpirer qu’elle est une championne. Elle renversera la perspective pour emporter le match avec un tennis convaincant.

    A certains moments, on rêve qu’il soit le coach de David Goffin à qui il manque parfois cette envie de la gagne. En effet, on entend trop peu souvent son entourage dire qu’ils sont venus sur un tournoi pour le gagner.

  2. Superbe article, Patrick, qui fait réfléchir, qui fait porter le regard plus loin… Merci et bravo.

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