En danger, le tennis?

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epa06056102 (L-R) US former tennis player John McEnroe, Swiss tennis player Roger Federer and Australian former tennis player Rod Laver pose with the Laver Cup trophy at an unveiling in London, Britain, 29 June 2017. Prague has been announced to host on 22?24 September 2017 the first edition of the new Laver Cup men's tennis tournament. EPA/ANDY RAIN

Le tennis est un sport d’argent, c’est un fait. Mais il semblerait que le circuit soit à nouveau menacé par des organisations aussi privées que lucratives.

Les plus jeunes ne le savent sans doute pas mais, il n’y a pas si longtemps encore, le tennis mondial était en concurrence directe et quasi permanente avec des organisations soit privées, soit purement nationales qui payaient mieux les joueurs et joueuses que ne le faisaient les compétitions internationales.

Je ne vais pas vous donner des millions d’exemples mais, pour ne prendre que la Belgique, des joueurs du niveau de Bernard Boileau, dans les années 70-80 avaient davantage intérêt à jouer des tournois de première catégorie en Belgique que de prendre le risque de se rendre à l’étranger De mémoire, un vainqueur d’un grand Messieurs 1 belge empochait pas moins de 70.000 à 80.000 francs belges (+- 2000 euros, une fortune à l’époque). Cerise sur le gâteau, les Boileau et consorts ne devaient disputer que 3 matches (quart vendredi, demi samedi et finale dimanche). Deuxième cerise sur le gâteau lucratif: ces mêmes joueurs pouvaient disputer DEUX tournois de simple et UN de double sur le même week-end. C’en était tellement rentable que certains joueurs (dont Boileau pour ne pas le citer) se partageaient le gâteau et divisaient leurs rentrées hebdomadaires en deux.

Mais il n’y avait pas qu’en Belgique que l’argent nuisait à la volonté de s’exporter. Pendant longtemps, les joueurs allemands avaient eux aussi davantage intérêt à rester chez eux tant les interclubs étaient bien payés. Il le sont d’ailleurs encore aujourd’hui, mais sont surtout disputés par de bons joueurs de deuxième niveau qui peuvent s’assurer en les disputant le remboursement d’une partie des frais de leur saison. Des joueurs (du niveau d’Authom, Gigounon, Desein, etc) peuvent ainsi disputer des interclubs dans deux ou trois différents pays afin d’assurer une rentrée financière, ce qui est assez logique. Mais je m’éloigne du sujet du jour.

Au Japon, il a fallu attendre très longtemps pour voir les hommes sortir de chez eux. Ce, pour deux raisons. Un, les hommes nippons sont censés assurer les rentrées familiales (c’est pour cela que les joueuses japonaises sortaient plus régulièrement), deux, les tournois au Japon étaient eux aussi très bien payés.

Mais il y avait aussi d’autres organisations très bien dotées qui détournaient les joueurs du circuit international: les inter-villes aux Etats-Unis ou des tournois comme l’ECC d’Anvers, le premier à proposer un prize-money d’un million de dollar (il était alors une exhibition).

Notez que toutes ces organisations ont toujours continué à exister mais, pendant plusieurs décennies, elles ne faisaient plus tant d’ombre aux circuits ATP et WTA.

Il semblerait cependant que le vent est à nouveau en train de tourner.

Prenons l’exemple simple de Yanina Wickmayer.

Depuis Wimbledon, elle n’a plus joué sur le circuit. Je sais qu’elle s’est mariée mais elle dispute actuellement le World Team tennis qui propose du 16 juillet au 2 août des matches inter-équipes. Yanina y prend part et semble bien s’y amuser. Ce qui est étrange, c’est qu’elle a préféré cette compétition inter-équipe (qui ne rapporte pas de points WTA) aux tournois d’après Wimbledon. Pourtant, elle avait pas mal de points à défendre, comme en témoigne sa descente au classement.

Autre exemple: la Rod Laver Cup si chère aux yeux de Roger Federer. Elle aura lieu du 22 au 24 septembre et opposera les meilleurs joueurs européens au meilleurs joueurs dits « du reste du monde ». Une sorte de Ryder Cup version tennis.

Sur le fond, cette idée est intéressante. Mais.

Mais, ce qui est étonnant, c’est que certains meilleurs joueurs du monde ne cessent de se plaindre de la lourdeur du calendrier et délaissent de plus en plus souvent la Coupe Davis, avançant qu’elle est trop énergivore. Et pourtant, voilà cette Rod Laver Cup qui vient lors d’une semaine où, en principe, les leaders mondiaux peuvent se reposer.

Une Coupe Davis qui est d’ailleurs en danger réel – entre autres du fait que les leaders mondiaux se plaignent de la surcharge de travail…

C’est ainsi que, dans quelques jours, au Vietnam, le Board de l’ITF va proposer une grande réforme qui sera ou pas validée par l’assemblée générale de l’ITF. Parmi les modifications proposées: les matches de simple qui ne seraient plus joués au meilleur des 5 sets mais bien au meilleur des 3 sets…

Chargée, la saison? Ah bon? Et comment expliquez-vous que, dès les derniers coups de raquette échangés soit au Masters, soit en finale de Coupe Davis, les meilleurs se retrouvent dans des exhibitions organisées de plus en plus souvent dans des pays où le pétrole permet d’offrir des montagnes de dollars.

Montagnes de dollars qui expliquent aussi que de plus en plus de tournois se jouent du côté du globe où les tribunes sont aussi vides que les coffres ne sont pleins.

Que l’on me comprenne bien: je suis le premier à estimer normal qu’un sportif professionnel gagne sa vie et je ne suis pas personnellement choqué par les montants qui sont proposés. Ce qui me choque, par contre, c’est la litanie de plaintes de certains des meilleurs qui se plaignent de leurs conditions de jeu (à l’US open par exemple), de la lourdeur de la saison ou d’autres petits détails vraiment ridicules au vu de ce qu’ils sont payés.

Même si la concurrence entre le circuit dit officiel et un circuit plus, disons, privé, a toujours existé, je trouve, aujourd’hui, le tennis est à un vrai tournant. On me dira que l’ATP et la WTA sont nés d’un contexte sans doute comparable en certains points à celui d’aujourd’hui… mais je pense que si l’ATP, la WTA et l’ITF ne parviennent pas à mieux s’entendre et à faire en sorte que les sirènes de l’argent ne détournent pas davantage encore les étoiles de leurs organisations, on pourrait avoir une mainmise de certains sur ce merveilleux sport.

 

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