Djokovic, Novak a l’âme

0
433
Serbia's Novak Djokovic applauds the crowd after losing to Russia's Daniil Medvedev during their 2021 US Open Tennis tournament men's final match at the USTA Billie Jean King National Tennis Center in New York, on September 12, 2021. (Photo by Kena Betancur / AFP)

Des larmes. Pas de crocodile, non.
Pas non plus de rage, comme on a pu le lire un peu trop souvent.
Non, juste des larmes. D’un champion adulte redevenu un gamin rêveur l’espace d’un instant.
Des larmes de frustration, évidemment, mais surtout de tristesse.
Oh, bien entendu, il y a plus grave que de perdre un mach.
Il y a bien plus grave que de perdre une finale.
Ceux qui ont pratiqué le sport avec passion, au plus haut ou au plus bas niveau, savent qu’il y a des
moments, sur un terrain, ou la raison est balayée par l’émotion.
On sait bien entendu, quand on termine le troisième set d’un dernier match en interclubs de
Messieurs 3, que cette victoire ou cette défaite ne changera rien à sa vie. Mais on ne peut
s’empêcher de sentir ses poils se hérisser quand le succès s’offre quasi à vous, où les larmes monter
quand il se refuse alors que vous aviez tout fait pour qu’il en soit autrement.
Evidemment, tout cela n’est que du sport.
Mais quand on est à un match d’entrer encore un peu plus dans l’histoire. Quand on est à trois
manches de rejoindre Rod Laver sur l’Olympe dédiée au Grand Chelem.
Quand on est à 18 jeux de dépasser les monstres que sont Federer et Nadal, alors, oui, l’espace d’un
instant, on a bien le droit de redevenir un enfant.
Gâté l’enfant ? Oui gâté.
Mais merveilleux.
Comme le champion que Djokovic est depuis si longtemps.
Comme l’être humain extraordinaire qu’il est aussi, avec ses dérives, mais avec ses flamboyances,
aussi, et surtout.
J’ai lu, ici et là, que Djoko était devenu humain grâce à cette défaite.
Je ne suis pas d’accord avec cette conclusion.
Djokovic a toujours été humain mais cette défaite cruelle a fait tomber le masque.
Lui qui se cache généralement derrière une faconde qui le rend insupportable à d’aucuns ; lui qui
aime faire le pitre pour dissimuler sa fragilité, lui qui joue au fanfaron car il sait qu’on lui préfère ses
pairs que sont Nadal et Federer, ce dimanche, il n’a pas pu dissimuler ce qu’il était vraiment.
Un être de sang et de chair, comme nous tous, qui poursuit ses rêves et qui éclate en sanglot quand
ce songe s’échappe alors qu’il était sur le point de devenir réalité.
Mais, à mes yeux, non, ce n’est pas vrai : Djoko n’est pas plus grand ans la défaite que dans la
victoire. Il est, comme l’était Laver, comme le sont Federer et Nadal, comme l’ont été McEnroe et
Connors, Sampras et Agassi, Lendl et tant d’autres, un immense champion.

Zverev et Medvedev ont dit qu’il était le plus grand de l’histoire.
Ils savent de quoi ils parlent mais je ne souscrirai pas à leurs propos. Comme je n’ai jamais souscris
aux propos qui disaient la même chose de Rafaël et de Roger.
Il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de GOAT. Ce terme n’a pas lieu d’être.
Il y a des joueurs d’exception. Djokovic en fait partie.
Et, ce dimanche, il aurait pu, c’est vrai, devenir encore plus exceptionnel qu’il ne l’est déjà.
Comme Serena, déjà incroyable, pourrait, si elle décrochait cette satanée 24 e victoire en Grand
Chelem, inscrire son nom en lettre toujours plus dorées dans le livre de l’histoire du tennis.
Mais voilà, il est des rêves qui se refusent à vous.
Et qui n’en deviennent finalement que plus beaux car ils n’ont pas été atteints.
Oserais-je écrire que ces rêves – le Grand Chelem calendaire et le 24 e sacre féminin – sont comme
des fantasmes sexuels qui perdraient de leur intérêt s’ils étaient assouvis ?
Oserais-je dire que, oui, en fait, ces champions n’en sont que plus grands car ils vont essayer encore
et encore.
Sachant que plus les années avancent, moins les chances d’y arriver sont grandes.
Entendez-moi bien : je pense que Djoko va encore gagner un ou plusieurs Grands Chelems mais je
pense aussi – et j’en suis même quasi certain – qu’il ne sera plus jamais aussi proche de l’exploit de
Laver.
Par contre, et Dieu sait que je l’apprécie, je pense – et j’en suis même quasi certain – que Serena,
elle, ne s’imposera plus dans un Grand Chelem.
Pas parce que le tennis féminin s’est trouvé une patronne (là aussi, je lis beaucoup de choses qui me
paraissent prématurées – j’y reviendrai) mais bien parce que les années avancent et que les capacités
de l’Américaine diminuent.
Mais, à vrai dire, cela ne me dérange pas tellement que Laver reste seul sur l’olympe du
professionnalisme.
Et cela ne me dérange pas tant que cela que Margaret Court reste seule avec ses 24 titres.
Ces deux monstres d’un autre temps démontrent en effet avec force que comparer les époques est
une ineptie.
Du haut de leur stature de géants passés, ils adoubent tous les champions présents et à venir.
Et ils savent, Margaret et Rod, que, même les grands champions, mêmes les mégastars, même les
plus merveilleux des champions, peuvent, eux aussi, avoir du vague à l’âme.

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY