Deux légendes, deux champions

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Spain's Rafael Nadal (L) embraces Argentina's Juan Martin del Potro after winning their men's singles quarter-finals match on the ninth day of the 2018 Wimbledon Championships at The All England Lawn Tennis Club in Wimbledon, southwest London, on July 11, 2018. Nadal won the match 7-5, 6-7, 4-6, 6-4, 6-4. / AFP PHOTO / Glyn KIRK / RESTRICTED TO EDITORIAL USE

Quatre hommes.

Du gazon.

Deux légendes.

Un Central.

Un champion.

Un petit Central.

Un serveur hors pair, champion dans son genre.

Un public.

Wimbledon.

Quatre hommes.

38 titres du Grand Chelem.

Du gazon.

La légende suisse domine de la tête et des épaules. Deux sets zéro.

Balle de match.

Face à Kevin Anderson. Un énorme serveur. Un joueur qui ne se pose pas de question. Qui, depuis qu’il est petit, est grand. Et qui sait que son salut passera par sa capacité à oser servir des premières. Ou des deuxièmes premières.

Du gazon.

La légende espagnole est menée deux sets à un. Par un Juan Martin Del Potro dont le coup droit pistolet est sans doute l’un des meilleurs coups du tennis moderne. Sacré Del Potro, qui, s’il n’avait pas été aussi souvent blessé, aurait sans doute mis pas mal de bâtons dans les roues des deux légendes.

Suisse et espagnole.

Deux sets partout.

Entre Federer et Anderson. Anderson et Federer.

Un peu plus tard entre Del Potro et Nadal. Nadal et Del Potro.

Deux sets partout.

Il n’y a pas de tie-break au cinquième set à Wimbledon.

Il n’y a pas de tie-break au cinquième set à Wimbledon.

Il n’y a pas de…

Mahut et Isner le savent, qu’il n’y a pas de tie-break au cinquième set.

70-68, c’était.

Il y a longtemps.

Isner qui est en demi-finale, d’ailleurs. Quatre sets face à Raonic.

Deux sets partout.

Federer et Anderson.

Anderson souffre. Mais sert.

Federer virevolte mais est fatigué.

Del Potro y croit.

Nadal souffre.

Mais c’est Nadal.

Del Potro a des balles de break.

Puis de conte-break.

Le huitième jeu de ce cinquième set entre Nadal et Del Potro est sans doute l’un des plus beaux jeux de ces dernières années.

Ce match est peut-être l’un des plus beaux matches depuis une certaine finale entre…. Federer et Nadal, il y a une dizaine d’années.

Deux sets partout.

Deux légendes.

Du gazon.

Deux cinquièmes sets.

De folie.

Anderson ajuste sa casquette.

Il fait le break.

Il tremble.

Un peu.

Mener dans la dernière manche face à la Légende.

Il faut tenir.

Nadal est en danger.

Il n’a pas joué sur gazon après son onzième titre à Roland Garros.

Et il sait que son rival est l’un des plus fabuleux joueurs du tennis actuel.

Il joue à fond. Il amortit comme jamais.

Il passe.

Et, dans le huitième jeu, il frôle la perfection.

Non, il ne la frôle pas.

Il est la perfection.

Federer, aujourd’hui, était sans doute moins parfait que d’habitude.

Mais il ne s’en plaint pas.

Il y a des jours comme cela.

Anderson, lui, sert.

Il tient.

Il tient.

Il tient le coup.

Et il gagne.

Federer n’a pas perdu.

Il s’est incliné.

De justesse.

Et, comme le champion qu’il est, il félicite son adversaire.

Non, pas son adversaire.

Son partenaire.

Partenaire de jeu.

Partenaire de brillance.

Partenaire de flamboyance.

Partenaire de panache.

Anderson gagne.

Nadal est dans le cinquième set.

Il glisse, il plonge, il amortit.

Del Potro est dans le cinquième set. Il sert, il plonge, il glisse.

Il dégoupille son coup droit.

Il flirte avec la perfection.

Mais, face à lui, il y a la perfection.

La Légende suisse, elle, reconnait en conférence de presse que Anderson a mérité son succès.

Magnifique Federer.

Del Potro est très proche de Nadal.

Mais Nadal est Nadal.

Nadal.

Balle de match.

Match.

Del Potro est couché par terre.

Sur le gazon.

Nadal a triomphé.

Il l’a modeste.

Il traverse le terrain.

Il relève son adversaire.

Non, pas son adversaire.

Son partenaire.

Son partenaire d’exception.

Son partenaire de panache.

C’est quoi le panache?

Le panache, c’est de tout donner.

Défensivement.

Offensivement.

Le panache, c’est donner ce que vous savez donner.

Le panache, c’est y aller.

On peut préférer le jeu de Federer (évidemment) à celui d’Anderson.

Mais Anderson a du panache car il ose continuer à faire ce qu »il sait si bien faire.

On peut préférer le jeu de Del Potro à celui de Nadal.

Mais les deux donnent tout ce qu’ils ont.

Le panache, c’est faire ce que l’on fait le mieux pour triompher.

En respectant l’adversaire.

En respectant le jeu.

En respectant le public.

Le panache, c’est oser continuer.

13-11 Anderson.

Magnifique.

11-13 Federer. Magnifique.

6-4 Nadal. Magnifique.

4-6 Del Potro. Magnifique.

Un mercredi de magie.

Car le sport, la plupart des sports, ne se jauge pas à la beauté du geste.

Mais bien à la capacité de chacun de se transcender.

Dans son domaine.

Dans son jeu.

Dans sa tête.

Ce mercredi.

Du gazon.

Deux légendes.

Un champion.

Non,

Deux légendes.

Deux champions.

Et Wimbledon.

Wimbledon.

Les meilleurs du jour ont gagné.

Et ils auront, eux, l’honnêteté de dire qu’ils ont perdu face à plus fort.

Pas plus fort dans l’absolu.

Mais plus fort dans la journée.

Deux légendes.

Du gazon.

Deux champions.

 

2 COMMENTS

  1. Bonjour Patrick,

    Ce « eux » est-il une pique lancée aux diables rouges? Si c’est bien le cas, je trouve cela injuste. Lorsque Hazad dit « Je préfère perdre avec cette Belgique que gagner avec cette France » ou lorsque Courtois dit « Ils ont joué à rien », ils fustigent le style de jeu horrible et l’attitude minable des joueurs français – et ils ont raison – mais ils ne remettent aucunement en cause leur supériorité sur le terrain.

    Comme vous l’expliquez bien dans votre article, le sport ne se jauge pas à la beauté du geste. C’est encore plus vrai en football qu’en tennis, ou les plus belles équipes ne gagnent pratiquement jamais. Pourrions-nous dire pour autant que, comme Anderson, les joueurs français ont eu du panache parce qu’ils ont continué à faire ce qu’ils savent faire? Je n’en suis pas sûr. En football, il est beaucoup plus facile de pourrir un match qu’en tennis. Et quand on pourrit un match, on ne peut pas revendiquer de panache.

    Les diables sont frustrés, certainement pas malhonnêtes.

  2. Merci, Patrick… Un de ces magnifiques articles dont vous avez le secret… Amortie et Lob, le blogue Légende de l’écriture, du tennis et de l’humain…

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