David Goffin est-il fini?

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06/03/2016 - LIEGE- Davis Cup Belgium vs Croatia - MATCH4- David GOFFIN vs Marin CILIC ©Philippe Buissin/ IMAGELLAN

Je reformule la question : David est-il fini dans son évolution tennistique ? La réponse est heureusement : non ! Pas du tout !

Ce soir, pour la deuxième fois dans l’histoire du tennis ((le premier, c’était Christophe Rochus, à Hambourg en 2005, victoire face à Gaudio ATP 6 et Ljubicic ATP 13!!!! merci Raphael) , un joueur belge va disputer une demi-finale d’un ATP 1000. Les seules autres demi-finales d’aussi haut niveau, et même de plus haut niveau, ont été atteintes par Filip Dewulf (Roland Garros 1997) et Xavier Malisse (Wimbledon 2002).

Pour atteindre le dernier carré d’Indian Wells, David a tout d’abord sauvé deux balles de match au deuxième tour (son premier) face au jeune Tiafoe, il est ensuite revenu d’un set zéro face à Pella au troisième. Puis, il a enchaîné deux performances de très haut vol : victoire face à Stan Wawrinka en trois sets au terme d’un match de folie et ensuite confirmation de sa grande forme contre Marin Cilic, 12ème mondial.

Ce soir, donc, il sera opposé à Milos Raonic, 14è mondial qui est aussi le premier joueur du Top 10 que David a battu (quart de finale à Bâle 2014 sur dur indoor, 6-7 6-3 6-4).

Mais Raonic, c’est surtout le total contemporain de David. Le Canadien est, comme le Liégeois, né en décembre 1990 et a donc, comme Goffin, 25 ans.

Tiens, au fond, 25 ans, c’est vieux ?

Non, plus maintenant. Il y a un quart de siècle, un joueur arrivait à maturité vers 23-24 ans, aujourd’hui, c’est plus vers 27-28 ans.

Dans le Top 10, il y a ainsi 5 trentenaires : Federer 34, Wawrinka 30, Berdych 30, Ferrer 33 et Tsonga 30.

Le plus jeune du Top 10 est Kei Nishikori (26), les quatre autres étant Djokovic et Murray (28), Nadal et Gasquet (29).

Dans le Top 20, il n’y a que deux joueurs plus jeunes que Goffin et Raonic (je parle en termes d’année, pas de mois ou semaines) : Dominic Thiem (22) et Bernard Tomic (23).

Dans le Top 50, outre Thiem et Tomic, il n’y a que 4 joueurs de 24 ans et moins : Sock 23, Dimitrov 24, Kyrgios, 20 et Coric, 19.

Et, de 51 à 100, il y a 12 joueurs de 24 ans ou moins.

Bref, donc, David Goffin est bien, encore et toujours, l’un des plus jeunes du Top 20 mondial et l’un des jeunes du Top 100.

Mais, si l’âge est important, il faut aussi se poser la question suivante, celle qui est dans mon titre : David Goffin est-il fini ?

En fait, la question est racoleuse 😉 et je dois la poser autrement : David Goffin a-t-il fini sa progression tennistique, mentale ou physique ?

Il y a en effet des joueurs qui sont finis très tôt, d’autres qui explosent en un ou deux ans. D’autres enfin qui ne sont pas des explosifs mais qui progressent lentement, quasi tout au long de leur carrière et parfois de manière imperceptible pour le grand public qui a dès lors parfois tendance à s’impatienter.

David Goffin fait partie, heureusement, de cette dernière catégorie.

Non seulement, il est encore jeune mais sa marge de progression reste importante. Dans plusieurs domaines.

Le service, entre autres. La progression est réelle depuis quelques semaines (modification de la présentation de balle et fluidité dans le geste) et on peut le constater dans les stats en comparant les % 2015 et 2016 (à prendre malgré tout avec un certain recul car 2015 c’est sur 12 mois et 2016 sur deux mois et demi). Ainsi, en 2015, David a servi 55% de premières balles pour 60% en 2016. Le taux de points gagnés sur premières était de 74% en 2015 pour 71 en 2016.

Il y a un mieux, donc, surtout sur les points importants, mais il y encore de la marge.

La volée reste à mes yeux un point relativement friable chez David, friable et donc perfectible. En ce sens, le fait que David joue plus régulièrement des doubles est une bonne chose.

Le revers est parfait – mais son utilisation peut encore être plus grande – et le coup droit arrive tout doucement au même niveau, sauf dans l’intensité de l’utilisation, j’y arrive.

Car la vraie marge de progression de David se situe dans la capacité à maintenir une intensité tout au long d’un match.

Ou à tout le moins, aux moments clé.

Au début des rencontres, par exemple, car David a parfois tendance à la jouer en diesel.

Dans le jeu qui suit un break, aussi, on l’a vu face à Wawrinka, mais également face à Djokovic à Cincinnati en 2015 ou encore en Coupe Davis face à Cilic.

Face aux Top, ces baisses d’intensité se transforment souvent en défaites. Heureusement, David a un mental tel qu’il parvient désormais à oublier ces baisses d’intensité pour rester dans le match et parfois le gagner (cf Wawrinka ou Cilic à Liège).

Physiquement, le progrès se fera comme le reste, progressivement, mais il ne faut pas briser l’équilibre sacro-saint entre la force/puissance et la rapidité/fluidité. David est ultra-rapide et fluide, donc, il ne faut pas que la puissance empiète sur ces deux qualités remarquables.

Qui lui permettent d’ailleurs, entre autres, avec la vision du jeu, d’être l’un des meilleurs retourneurs du circuit, avec cette année 29% de gain des jeux sur le service adversaire (quasi un jeu sur trois).

Mentalement, je pense que le progrès est déjà plus que perceptible depuis quelques saisons.

David a traversé des périodes compliquées mais a toujours rebondi de la plus belle des manières. Dois-je vous rappeler son année compliquée en 2013, son début de saison catastrophique en 2014 (quand certains ne croyaient déjà plus en lui) et son rebond fabuleux dès juin 2014 ? Dois-je vous rappeler son début de saison difficile en 2015 (quand beaucoup disaient qu’il n’irait jamais plus haut ?) et sa montée dans la foulée à la plus haute place jamais atteint par un Belge ?

Dois-je encore vous rappeler ce qu’il a réalisé en Coupe Davis ? Aucune défaite anormale en 2015 (il n’a perdu que contre Murray assurant comme un chef dans tous les autres simples) et victoires face à Coris et Cilic au premier tour à Liège.

Dois-je, enfin, vous rappeler qu’il vient de battre Stan Wawrinka (alors que certains continuaient encore et toujours à dire qu’il était trop court face aux ténors ?) et qu’il est ce soir en demi ?

Non, David est costaud mentalement – surtout sur les longues périodes – mais connait encore, c’est vrai, des baisses d’intensité face aux meilleurs. C’est un peu de mental, un peu de physique, un peu trop de questions, un peu trop de respect.

Et, ici, à Indian Wells, il a démontré que même en baissant d’intensité, il pouvait briller – oui briller – face aux joueurs du top mondial.

Cette intensité, j’y reviens, sera capitale aussi en Grand Chelem. Car, là – et c’est sans doute l’étape à encore franchir pour entrer et se maintenir dans le Top 10 – il faut tenir au minimum trois sets, parfois quatre et cinq.

Cette étape-là, qu’il a déjà commencé à franchir avec trois huitièmes de finale, il devrait en venir à bout dans les trois saisons qui viennent (ce qui n’empêche pas évidemment des exploits avant).

Bref, non, David Goffin n’est pas fini, loin de là et il va encore progresser dans le jeu, l’intensité et la confiance en soi. Où ces progressions le mèneront ? Nul ne le sait mais comme dit toujours Thierry Van Cleemput : ce qui compte c’est de tout mettre en place pour atteindre son maximum. Et personne ne sait aujourd’hui quel le maximum de Goffin.

Ce que l’on sait, par contre, c’est que, ce soir, deux des plus jeunes joueurs du Top 20 vont se disputer une place en finale de l’un des tournois les plus importants. Cerise sur le gâteau : le vainqueur affrontera une légende en finale : soit Novak Djokovic, soit Rafael Nadal ;-).

Rendez-vous ce soir à 19 heures.

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