David Goffin est 22e mondial. Oui, et alors?

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David Goffin of Belgium hits a return to Marin Cilic of Croatia during their 2018 US Open men's round 4 match September 3, 2018 in New York. (Photo by kena betancur / AFP)

Ayant perdu les points des ATP Finals, David Goffin est redescendu à la 22e place mondiale.

Les ATP finals ne commencent que la semaine prochaine mais les règles de l’ATP sont claires: les points gagnés par les participants de l’année précédente à ces ATP Finals se perdent au lendemain de l’ATP 1000 de Paris de l’année qui suit. Ce lundi, David Goffin a donc perdu non seulement ses points de Londres mais aussi ceux de Paris. Résultats des courses, il est passé à la 22e position mondiale, place qu’il gardera en fin de saison.

Et c’est donc avec ce statut de 22e mondial que David va commencer sa saison 2019. Ce qui veut dire qu’il sera bien tête de série à l’Australian Open. Par contre, s’il sera sans nul doute tête de série dans les ATP 250, il ne devrait pas l’être dans tous les ATP 500 et ATP 1000, sauf évidemment s’il monte de classement.

Le début de saison ne sera cependant pas trop stressant pour le premier joueur belge qui aura assez peu de points à défendre lors des trois premiers mois:

45 points à l’Australian Open en janvier.

90 points de Montpellier en février

180 points de sa demi-finale à Rotterdam en février (où il s’est blessé à l’oeil)

10 points de Miami en mars.

Le deuxième trimestre sera plus chargé en points à défendre

180 points de son quart à Monte Carlo en avril

180 points de sa demi-finale à Barcelone en  avril

90 points de Madrid en mai

180 points de son quart à Rome en mai

180 points de son !e à Roland Garros en juin

Troisième trimestre plus ou moins de même niveau

10 points à Wimbledon en juillet

90 points de Washington en août

10 points de l’ATP 1000 canadien en août

360 points de Cincinnati en août

180 points de l’US Open en septembre

Quant au quatrième trimestre, il sera en roue libre: 0 point à défendre

Mais tout cela est assez peu important. Ce qui compte, c’est de savoir dans quel état sera David Goffin dans, déjà, sept semaines.

Par rapport à l’an dernier, il aura pu, au minimum, travailler au niveau du fond. A savoir que, physiquement, il aura eu plusieurs mois pour se reposer et pour se préparer.

Au niveau tennis, par contre, tout dépendra de l’évolution de son oedème à l’os du code droit. Impossible pour le moment de dire comment cela évolue.

Mais c’est clairement au niveau du mental que l’avenir de David se joue. On a pu comprendre au travers de plusieurs entretiens que le meilleur joueur belge éprouvait quelques difficultés à assumer son statut de joueur du Top et on a pu constater lors de différentes rencontres qu’il ne parvenait pas (plus) à sortir de ses gongs. Pire, il a parfois eu tendance à se refermer complètement sur lui-même, oubliant de se tourner par exemple vers son banc quand la plupart des joueurs y cherchent un soutien.

Son dernier match à Roland Garros a été symptomatique, l’ensemble de son staff tentant désespérément d’entrer en contact visuel avec son joueur….

Si tout se passe bien physiquement et mentalement (je suis incapable de dire ce qu’il en sera, n’étant ni dans le coude, ni dans la tête de David), Goffin aura besoin comme souvent de plusieurs matches avant de retrouver ses sensations.

Par la suite, il n’y a réellement aucune raison pour qu’il ne remonte pas au classement assez rapidement. S’il est 22e mondial, il est intrinsèquement entre la 10e et la 15e place, position qui était la sienne jusqu’à la semaine dernière alors qu’il a été moins disponible que la plupart des autres joueurs. Il a certes joué 20 tournois, ce qui n’est pas si mal, mais il faut tenir compte du fait que ses deux longs arrêts ne lui ont pas permis de jouer tous les tournois au meilleur de son niveau.

Pour moi, et c’est ce que je dis depuis longtemps, David développe un tennis de la valeur du Top 10. Hélas!, son outil de travail – son corps autrement dit – ne lui permet pas d’enchaîner autant que certains de ses rivaux (Thiem, Kachanov, Tsitispas, …). De même, s’il est capable de battre n’importe qui en deux sets, ce n’est pas le cas en cinq manches.

David a ainsi battu 14 top 10.

Nadal, numéro 1, au Masters, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Djokovic, numéro 2, à Monte Carlo, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Federer, numéro 2, au Masters, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Del Potro, numéro 3, à Cincinnati, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Wawrinka, numéro 4, à Indian Wells, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Thiem, numéro 4, au Masters, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Raonic, numéro 6, à Madrid, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Anderson, à Cincinnati, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Del Potro, numéro 6, à Rome. dans un tournoi en deux sets gagnants.

Berdych, numéro 8, à Rome, dans un tournoi en deux sets gagnants.

Monfils, numéro 8, ç Shanghai. dans un tournoi en deux sets gagnants.

Thiem, numéro 8, à l’Australian Open. Dans un tournoi en 5 sets gagnants.

Raonic, numéro 9, à Bâle. dans un tournoi en deux sets gagnants.

Thiem, numéro 9, à Monte Carlo. dans un tournoi en deux sets gagnants.

Que l’on me comprenne bien: je ne dis pas que, sur un match, David ne peut pas gagner en cinq sets (ses stats en 5 sets sont d’ailleurs plutôt bonnes avec 11 succès pour 4 défaites), mais que dans les tournois qu se jouent en 5 sets, il éprouve des difficultés à enchaîner, tant physiquement, que mentalement.

C’est d’ailleurs en Grand Chelem que le palmarès de David est, toutes proportions gardées, un rien décevant: pas de demi-finale, deux quarts et sept huitièmes.

Ce bilan a d’ailleurs pour effet de biaiser le regard de beaucoup sur le réel niveau de David Goffin. Les Grand Chelem étant logiquement les tournois les plus médiatisés, le grand public a tendance à se montrer déçu alors que, sur le circuit ATP, David réalise, quoi que certains, en disent, de superbes résultats et, ce, depuis plusieurs saisons.

Donc, je maintiens: David est un joueur qui a sa place entre la 5e et la 15e place mais qui brillera toujours davantage dans les tournois ATP que lors des Grand Chelem (ce qui n’empêche pas quelques éclairs).

A 28 ans – il les aura le 7 décembre prochain – et si aucun pépin physique ne vient encore le perturber, David Goffin va commencer son lustre de pleine maturité. Il a en effet 5 ans, plus ou moins, pour nous faire encore rêver et, surtout, pour re-prendre du plaisir à jouer.

Et, quand il prend plaisir, il est simplement fabuleux à regarder.

 

2 COMMENTS

  1. Très bon résumé de la situation, Patrick.

    Une remarque tout de même: vous semblez beaucoup insister sur le défi mental qui attend David, en affirmant que c’est la clé de son succès futur. J’ai tendance à prendre les choses dans le sens inverse: je le vois comme une mécanique de précision, très bien huilée mais aussi extrêmement sensible. Si et seulement si il est à 100% physiquement, alors la magie peut opérer. Certes, d’autres facteurs sont ensuite susceptibles de (parfois trop facilement) dérégler la machine – comme le mental ou les conditions climatiques – mais le physique est une condition nécessaire. Ses deux dernières saisons ont été très chargées en blessures, comme vous le savez…

    Malheureusement, tout le monde n’est pas Federer… Je prends ici volontairement un exemple extrême de physique infaillible (quasi aucun problème avant 30 ans), on pourra me rétroquer que Federer a une hygiène de vie parfaite, mais indépendamment de ce facteur, il y a des corps plus résistants que d’autres. A l’évidence, celui de Goffin ne fait pas partie des plus solides. Van Cleemput parlait d’utiliser le temps de récupération de la blessure au coude pour le muscler encore d’avantage. C’est là que se situe, à mon sens, le facteur clef pour ses performances de la saison prochaine.

  2. Il ne puit que faire mieux la saison prochaine. Fin 2017, malgré deux énormes exploits (finales Davis Cup et ATP Finals), je pense qu’il y eut, malgré tout, déceptions à s’en remettre dans les deux camps, supporter et joueur. Roland-Garros est le tournoi majeur qu’il pourrait remporter, d’où l’importance d’optimiser son programme et sa condition physique avant (Australian, Indian, Miami, Monaco et Rome et rien d’autres, voire moins)

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