Cette glorieuse incertitude du sport qui en fait sa beauté

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Belgian David Goffin (ATP 11) talks to the press after a tennis match against Russian Andrey Rublev (ATP 16) in the third round of the men's singles competition at the 'Australian Open' tennis Grand Slam, Saturday 25 January 2020 in Melbourne Park, Melbourne, Australia.

J’ai beau avoir un certain âge.

J’ai beau avoir roulé ma bosse un peu partout.

J’ai beau suivre le tennis depuis….. très très longtemps, je reste toujours ébahi devant les commentaires qui suivent une défaite.

Je reste sidéré devant l’incapacité qu’ont certains de ne pas vouloir changer d’angle de vue.

Et je vais donc, une nouvelle fois – et hélas! il ne s’agira pas de la dernière – essayer de faire comprendre à ceux-là que le sport n’est passionnant que parce que, précisément, il laisse la porte ouverte aux surprises.

Quel intérêt aurait en effet le sport si le meilleur sur papier devait systématiquement s ‘imposer?

Quel attrait aurait le tennis si le mieux classé devait gagner automatiquement face à un moins bien classé?

Que serait le tennis sans les surprises, sans les coupeurs de têtes, sans les matches épiques.

Alors oui, bien entendu que la tournée australienne de David Goffin n’est pas à la hauteur des espérances de ses fans.

Evidemment qu’il était favori de son premier tour de l’Australian Open et qu’il aurait pu gagner ce match.

Preuve en est qu’il a eu quatre balles de match dans le 4e set et qu’il a encore mené 2-0 dans le cinquième.

Mais si avoir une balle de match devait suffire pour gagner un match, pourquoi alors faudrait-il la jouer, cette balle de match?

Oui, c’est frustrant. Oui, c’est rageant. Oui, c’est exaspérant.

Mais, c’est le sport. C’est le tennis!

La beauté de ce sport se situe exactement dans le fait que, même à 6-0 5-0 40-0 tout peut encore se passer.

Je me souviens ainsi d’un match d’interclubs où l’un de mes joueurs menait sur ce score. Tout allait bien mais il a raté trois balles de match.

Je l’ai ensuite coaché mais, quoi que je lui dise, je savais que c’en était fini. Il s’était mis en tête que ces balles de match étaient les seules qu’il aurait et il a fini par perdre en trois sets (heureusement, l’équipe a gagné :-).

Alors oui, je le redis, c’est rageant que David ait perdu ce match.

Mais c’est comme cela.

Exactement comme quand, au premier tour de l’ATP 250 d’Antalya, Pierre-Hugues Herbert a eu 5 balles de match. Contre qui? Contre un certain David Goffin. Qui, cette fois, était dans le rôle du joueur le dos au mur et qui a réussi, aidé évidemment par le Français, à renverser la vapeur.

Les fans de Herbert ont-ils trouvé cela injuste, lamentable? Je ne sais pas et, à vrai dire, je m’en moque.

Ce que je sais, ce que je dis, c’est que c’est le tennis.

Je lis aussi des commentaires demandant quelles excuses va trouver Goffin et son coach.

Cela aussi a le don de m’exaspérer.

Pourquoi un sportif qui donne tout devrait-il se trouver des excuses?

David a juste dit qu’il était déçu, qu’il aurait dû gagner ce match.

Mais un sportif, s’il donne tout – et même s’il joue mal – n’a pas à se justifier pour une défaite.

David a eu 4 balles de match, c’est la preuve qu’il avait le niveau et l’envie d’aller au deuxième tour.

Il n’a pas réussi à donner l’estocade finale. C’est tout.

Pas de quoi en faire un drame.

Il a aussi mené 2-0 dans le 5e set mais on sait depuis le début de sa carrière que David n’est pas un joueur qui parvient à mettre la tête de son adversaire sous l’eau et, surtout, à l’y maintenir.

C’est comme cela et cela dure depuis des années.

Ce qui ne l’a pas empêché de battre les meilleurs mondiaux, ce qui ne l’a pas empêché d’être 7e mondial.

A-t-il le niveau du top 20?

Oui, évidemment.

Mais, pour le moment, il ne parvient pas à conclure des matches qu’il peut gagner.

Il faudra une victoire probante, une de ces victoires qui viennent de nulle part, pour que la confiance revienne.

Ce match face à Popyrin aurait pu être générer celle-là. Cela n’a pas été le cas.

Je suis aussi déçu que vous tous, mais je sais que c’est la vie d’un sportif.

Et que, comme souvent, quand on ne l’attendra plus, David nous sortira une série de victoires.

Et, alors, on dira qu’il est magnifique, magique.

Quand viendra cette série?

Aucune idée et je vais même aller plus loin: si elle n’arrive jamais, ce ne sera pas grave. Ce sera juste un état de fait.

Je peux être dur avec David mais, là, qu’y a-t-il a lui reprocher? Il a perdu deux matches de tennis. Et la défaite, comme la victoire, font partie de la vie d’un sportif individuel.

Si je change d’angle de vue et que je me mets à la place de l’entourage de Alcaraz Garcia et de Popyrin, je dirais que j’ai vécu deux superbes matches de jeunes tennismen plein de promesses.

Comme je dis souvent, il ne faut jamais s’enthousiasmer trop vite ou se morfondre trop rapidement.

Regardez ce que l’on a écrit sur Zizou Bergs lors de son très beau tournoi anversois? Certains le présentaient comme la relève assurée. Depuis, il a alterné le bon et le moyen. Et après sa demi au 15.000 de Bressuire, il a perdu deux fois au premier tour de deux autres 15.000. Dont cette semaine face à Arnaud Bovy.

Est-ce à dire qu’Arnaud est meilleur que Zizou? Il l’a été sur ce match là mais on ne saura que dans quelques années qui est le meilleur. Et à vrai dire, ce n’est pas vraiment intéressant de savoir qui aura été le meilleur, du moment qu’ils aient tous les deux tout donné et, donc, aucun regret.

Ce qui est certain c’est qu’ils ont tous les deux un réel potentiel.

Comme des centaines d’autres joueurs dans le monde.

Car, oui, en tennis, s’il n’y a que 2 à 300 joueurs (simple et double confondus) qui gagnent leur vie, ils sont des centaines à avoir quasi le même niveau.

Et ils sont des dizaines, même pas très bien classés, à pouvoir battre un ténor.

C’est le tennis.

Sur un jour, sur un match, tout peut arriver.

Et puisque je parle des tournois moins importants, je tiens à saluer les performances de Michael Geerts qui s’est hissé en quarts de finale du Challenger de Cherbourg. C’est une première pour lui.

Il y rencontrera Ruben Bemelmans, qui retrouve un peu de couleurs après un début d’année compliqué.

Bemelmans qui a été 84e joueur mondial. C’était en 2015. Et qui continue, contre vents et marées à essayer de revenir à son meilleur niveau.

C’est difficile, c’est ardu.

Mais, une fois encore, c’est le tennis.

C’est si beau, le tennis.

1 COMMENT

  1. Bravo, et merci pour ce rappel.
    Qui ose remettre les choses dans une perspective humaine.
    Et humainement sportive.

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