Cet étonnant étonnement devant le talent des Belges

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La Belgique s’incline 3-0 face aux USA mais les joueurs belges ont livré de bien belles batailles, ce qui n’a en réalité rien d’étonnant.

3-0. Les Etats-Unis de Jim Courier sont en demi-finale du Groupe Mondial de la Coupe Davis. Un score logique, sur papier, mais également sur le terrain. Rien d’étonnant, donc.

Privée de David Goffin et de Steve Darcis, la Belgique de Johan Van Herck a offert une très jolie résistance, s’offrant même le luxe de faire douter quelque peu les adversaires, surtout dans le premier simple et le double. Là non plus, rien d’étonnant.

J’insiste sur le non-étonnement qui est le mien car je lis un peu partout, depuis le match de Joris De Loore, que nombre d’observateurs se disent, eux, étonnés tant par le jeu de Joris, que par celui de Ruben et, plus tard, celui de Joran et Sander.

Il n’y a pour moi, aucune raison de l’être, étonné.

Oui, Joris a livré une très belle prestation. Mais il y a belle lurette que l’on sait qu’il dispose d’un jeu qui le rend capable de rivaliser avec de très bons joueurs. Il sert très bien et est physiquement costaud. Sur dur, face à un gros serveur comme Isner, il avait donc toutes ses chances, si pas de gagner, du moins de tenir la dragée haute à son top 10 d’adversaire.

Il a fait mieux que cela, puisqu’il aurait pu mener 2 sets à 1.

Dans la foulée, Ruben Bemelmans a également donné du grain à moudre à un autre gros serveur, Sam Querrey, face auquel il s’est incliné en trois sets 6-1 7-6 7-5.

Là non plus, pas d’étonnement. Quand il est serein, Ruben, comme Joris, peut très bien servir et, donc, il peut tenir tête à un joueur du top.

Qui plus est, comme je l’écris souvent, il n’y a pas une énorme différence entre un bon joueur, même un très bon, et un joueur de deuxième au troisième niveau. La seule réelle différence se situe en réalité dans… la constance. Les meilleurs jouent tout le temps – ou presque – à leur meilleur niveau et, même quand ils sont à 80%, ils parviennent à gagner. Les joueurs de deuxième niveau, comme le sont pour le moment Joris et Ruben, peuvent, sur un match, sur un tournoi, proposer un tennis de haut vol mais ils n’arrivent pas, encore?, à maintenir ce niveau tout au long des semaines, tout au long d’une saison.

Mais, ils ont démontré à de régulières reprises que, sur une confrontation, ils peuvent faire mal, très mal. A tout le monde, ou presque.

Qui plus est, je répète qu’Isner ou Querrey sont des joueurs qui basent beaucoup de leur jeu sur leur propre service. Ils n’étouffent pas comme le font par exemple un David Ferrer ou un Kei Nishikori. Sur dur, si le service est présent, il y a donc moyen, pour des joueurs comme De Loore et Bemelmans, de tenir le choc.

Surtout s’ils sont sereins. Et, sereins, il faut bien le dire, les Belges l’ont été tout au long de ces deux journées. Diantre, ils jouaient, tous, en étant largement outsiders et n’avaient donc rien à perdre. Ce qui est remarquable, ici, c’est qu’ils ont, tous les quatre, osé prendre leurs chances et qu’aucun des quatre n’a craqué psychologiquement.

Entendez-moi bien, je ne minimise pas les prestations de nos deux premiers joueurs du moment. Bien au contraire. Je dis simplement que je ne vois ce qu’il y a d’étonnant de voir ces deux talents encore irréguliers proposer de telles rencontres.

Quant à Vliegen et Gille, sans être mauvaise langue, je pense que très peu de personnes peuvent se dire étonnées par leur prestation. Pourquoi? Parce qu’ils sont très peu nombreux, en Belgique, à avoir souvent vu ces deux joueurs de double sur un terrain. La seule référence, pour la plupart d’entre les observateurs remonte au tournoi d’Anvers de la saison dernière, quand Joran et Sander avaient assez bien joué contre les frères Bryan.

Pour le reste, avouons que ce ne sont pas ces deux joueurs qui attiraient l’attention des foules. Donc, impossible d’être étonné par une prestation d’une paire de double dont on ne connait quasiment rien, si ce ne sont les excellents résultats en challenger.

Comme Bemelmans et De Loore, Gille et Vliegen ont démontré que le tennis moderne était d’un niveau sidérant de la 10eme à la 500eme place. Que tous ces professionnels savaient bien jouer au tennis.

Ces réactions me font un peu penser au match de Germain Gigounon face à Richard Gasquet au premier tour de Roland Garros. Ce jour-là, Germain avait tapé dans l’oeil de beaucoup grâce à son superbe revers à une main.

Revers qu’il possédait déjà avant de jouer sur le Suzanne Lenglen. Simplement, là, face au Français, pour ce qui reste son seul tableau final de Majeur, le Binchois avait été vu par des milliers de personnes, ce qui ne lui arrive que rarement.

Cette Coupe Davis aura donc eu le mérite de prouver que les Bemelmans, De Loore, Vliegen et Gille avaient leur place dans l’équipe. Qu’ils avaient tout ce qu’il fallait pour progresser au classement.

Mais, pour progresser au classement il faut être bon et constant dès le premier match qui suivra la Coupe Davis. Il faut être bon et constant même quand on n’est pas accompagné par un staff de la valeur de celui de l’équipe belge (qui est aussi pour beaucoup dans les bonnes prestations). Il faut être bon et constant sur un terrain situé au fin fond d’un tournoi mineur, sans personne dans les tribunes.

Il faut être bon et constant comme vont tenter de l’être, ce dimanche, Kimmer Coppejans et Arthur De Greef, qui disputent dans l’anonymat les qualifications du challenger de Barletta, en Italie.

Arthur et Kimmer qui, eux aussi, ont déjà prouvé à maintes reprises qu’ils pouvaient défier de très bons joueurs. Mais qui, comme Joris et, dans une moindre mesure Ruben, rament pour maintenir leur niveau au plus haut, de semaine en semaine.

Messieurs, jeudi, je vous présentais mes excuses. Ce dimanche, je vous tire mon chapeau.

Mais, non, vous ne m’avez pas étonné car je connais depuis longtemps votre talent.

Et je croise les doigts pour qu’il vous mène là ou vous rêvez d’aller.

Vous le méritez tellement.

 

2 COMMENTS

  1. Merci Patrick pour ce bel article. Il est des défaites dont on sort heureux. Ça faisait surtout du bien de voir des vrais joueurs de double. Qu’est ce qu’ils ont bien claqué la balle au filet, joran et sander. Quant à joris, c’est fantastique comme il se sublime à chaque coupe davis. Bravo aussi à Ruben. Je tire enfin mon chapeau à Johan van herck qui arrive toujours à tirer le meilleur de ses joueurs. Y-a-t’il des chances qu’il chapeaute aussi l’équipe de fed cup, comme c’est le cas en France avec Yannick noah qui cumule les deux casquettes (coupe davis et fed cup)?

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