Cap ou pas cap(itaine) ?

13
4835
17/09/2017 - Brussels - Davis Cup Belgium vs Australia. Match #5 Johan VAN HERCK - Celebration © IMAGELLAN

Cap ou pas cap (itaine)

Un dimanche.

De finale, déjà.

Il y a deux ans. Un peu moins.

Les larmes de David Goffin sont à peine sèches que Johan Van Herck, sans se démonter, voit loin.

Très loin.

« Non seulement notre place en finale n’est pas usurpée mais j’affirme que nous pouvons le refaire. Et pas dans un siècle. »

Cap ou pas cap (itaine)

Il y a deux ans, ces paroles avaient été mises par d’aucuns sur le compte d’une euphorie générée par une saison de Coupe Davis marquée, il est vrai, par la réussite.

Deux ans plus tard, Johan Van Herck démontre sur le terrain qu’il savait ce qu’il disait. Qu’il n’était pas juste un doux rêveur mais un capitaine réaliste, conscient de la force de ses ouailles et, surtout, de la cohésion de ses troupes.

Cap ou pas cap.

Premier tour en Allemagne. Premier tour grâce à une victoire en play-off quelques semaines plus tôt face au Brésil.

Premier tour en Allemagne. Sans David Goffin. Mais avec les frères Zverev. Vous savez, Alexander, qui est maintenant Top 5. Et son frère Mischa, qui n’est pas mal non plus. Et un certain Philipp Kohlschreiber, toujours terriblement difficile à contrer.

Cap ou pas cap?

Cap! dira Van Herck.

Et de fait.

Darcis bat Kohlschreiber 7-6 au 5eme, Bemelmans et De Loore se jouent des frères Zverev en cinq sets et Darcis, ben oui, s’offre le jeune Alexander en quatre sets pour propulser la Belgique en quart de finale.

Cap, qu’il avait dit, le capitaine.

Quart de finale.

En Belgique.

Ben oui, avec Johan Van Herck, on joue quasi tout le temps en Belgique. Allez savoir pourquoi mais c’est comme cela.

Quart de finale, face à l’Italie.

Avec David Goffin.

Cap ou pas cap?

Cap, bien entendu.

Deux zéro après les deux simples.

De Loore et Bemelmans s’inclinent de toute justesse en double, 7-6 au dernier set.

Mais David est injouable en ce début de saison et avant cette foutue bâche de Roland Garros. 6-3 6-3 6-2 face à Lorenzi.

La Belgique est en demi-finale.

Elle se jouera où, la demi?

En Belgique, pardi!

Et contre l’Australie.

L’Australie de Lleyton Hewitt, de Nick Kyrgios.

Une terrible équipe que celle-là avec, aussi, le deuxième joueur mondial en double et une ribambelle de joueurs peu connus mais prêts à se battre jusqu’au bout de la nuit.

Cap ou pas cap(itaine)?

La semaine commence mal, très mal.

Joris De Loore se blesse au genou. Il est remplacé par Arthur De Greef.

David Goffin est incertain dès le début.

Lundi, il est blême. Mardi, il est blanc. Mercredi, il est un peu rosé. Jeudi, il reprend des couleurs.

Sera-ce suffisant?

Vendredi. Il monte sur le terrain Il joue mal. Enfin, pas très bien, quoi.

Mais il gagne. En quatre sets. Longs et épuisants. Mentalement épuisants.

Mais il gagne.

Darcis, lui, est fringant. Diantre, il n’a que 33 ans, le bougre.

Et il fait douter le géant Kyrgios.

Qui se bat comme un diable et qui se sort du piège Darcis.

Un un.

De Loore est absent, le double est quasiment impossible.

La mort dans l’âme, le capitaine sait qu’il doit, si pas le sacrifier, du moins ne pas y compromettre les chances du dimanche.

Alors, il lance Arthur dans la bagarre.

A ce sujet, je voudrais dire ici un mot sur De Greef. Fantastique partenaire, peu enclin à jouer des doubles. Pas habitué à se produire dans des ambiances pareilles mais qui a accepté la décision de son capitaine.

Il savait, Arthur, qu’il serait sans doute un oiseau pour les chats aussies mais il savait aussi que son sacrifice serait utile à l’équipe.

Bravo, Arthur, de n’avoir rien dit. Bravo, Ruben, d’avoir soutenu ce jeune joueur.

Bravo capitaine, d’avoir osé un choix.

Ce double, on n’était pas cap. Alors, il fallait préparer le dimanche.

Dimanche matin..

Dix heures.

Je viens d’écrire que Kyrgios était légèrement favori face à Goffin.

Je croise le regard du capitaine.

Il me sourit.

Je comprends qu’il a lu mon papier, mais qu’il ne partage pas mon avis.

Pour lui, Goffin est favori.

Je regarde alors l’entraînement.

Inouï, David. Comme avant Roland Garros.

Son genou?

Quel genou?

Cap ou pas cap.

Cap.

Kyrgios la veut cette finale.

David, lui, ne dit rien.

Il joue.

Bien dans le premier set, il sauve sept balles de break sur ses deux premiers jeux de service, puis il entre dans  le match.

De titans, le match.

Un vrai choc de joueurs du niveau Top 10.

Premier set Kyrgios qui sert à 225 et 226 à l’heure pour s’octroyer une balle de set. Et un ace à 204 à l’heure sur une deuxième balle.

Ce sera difficile.

Mais, depuis 4-3, David est au-dessus. S’il parvient à lire le service, il peut s’en sortir.

Goffin est capable de tout, ce dimanche.

Et aussi de servir.

Il est fou, ce Goffin, de nous donner 20 aces.

Il est fou, ce Goffin, de venir au filet.

Il est fou, ce Goffin, de faire des amorties.

Il est fou, ce Goffin, de tirer ces revers long de ligne.

Il est fou, ce Goffin, après avoir été en panne de coups droits vendredi, d’oser, encore et encore, frapper du fond.

Non, il n’est pas fou.

Il est le Goffin d’avant Roland Garros.

Celui qui a battu Djokovic ou Thiem. Qui était Top 5 à la Race.

Il prend le contrôle du match.

Un set partout.

Le public le porte.

Il continue.

Deux sets à un.

Il n’a toujours pas perdu son service, Kyrgios deux fois.

Et voilà une troisième.

Deux sets à un et break. Il ne peut plus rien se passer.

Ben si, en tennis,  il peut toujours se passer quelque chose.

Kyrgios débreake.

On a peur.

La foule a peur.

Le public est inquiet.

David Goffin, pas.

Il est cap, je vous dis. Et son capitaine le lui répète.

Alors, il refait le break. Tout simplement.

Enfin, pas si simplement que cela car, en face, c’est Kyrgios, tout de même.

Qui sait qu’il est revenu et qu’il peut passer devant.

Mais qui force un peu sous la pression de son rival.

Et qui commet une double faute pour redonner l’avantage Goffin.

Il casse sa raquette.

Et alors?

Il a bien le droit.

Il s ‘est montré extraordinaire de fair-play et d’enthousiasme deux jours durant, deux longs match durant. Et, là, ce gamin, il sait qu’il vient de laisser passer sa chance.

Alors, oui il casse une raquette.

Je le comprends.

David ne s’en soucie pas. Il doit terminer le boulot.

Il va servir.

A 6-7 6-4 6-4 5-4.

Peur?

Non, plus peur.

Même pas peur.

Il sert donc.

Il sert bien.

Et il termine sur un… ace. Le vingtième. Le vingtième ace.

L’émotion l’envahit, les larmes lui coulent.

Le public pleure avec lui.

Il ne devait pas jouer.

Il était blême lundi, il était blanc mardi, il est radieux dimanche.

Radieux.

Battre Kyrgios pour lancer le Shark.

Au micro, après son exceptionnelle victoire, il dira: « Je viens de gagner, c’est vrai mais ce qui compte, c’est Steve, encouragez-le comme vous m’avez encouragé. Plus encore, même. »

Le public lui obéira.

2-2.

Capitaine ou pas capitaine?

Capitaine!

Steve Darcis.  33 ans.

33 ans.

Il a joué cinq sets vendredi.

Oui, et alors?

Et alors, il sait que tout le monde pense qu’il n’a plus qu’à conclure.

Que Thompson, préféré à Millman, ne fera pas le poids.

Mais un match de tennis n’est jamais facile à gagner.

« Je déteste jouer à deux-deux »

Il le dira après mais il sait qu’il travestit la vérité. Il adore jouer à deux deux parce que, à deux deux, il n’a pas 33 ans. Il en a quinze de moins. Mais avec l’expérience.

Alors, il joue. Il joue bien. Il slice.

Et il gagne le premier set et fait le break dans le deuxième.

Petit coup de mou.

Une petite baisse de régime.

Deux balles de deuxième break pour l’Australien. 15-40. C’est la clé du match.

Mais Steve sert. Il sert bien.

Il sauve le break.

Et gagne le set.

La Belgique à un set de la finale face à la France.

Cap ou pas cap.

Cap. Cap. Cap.

Troisième et dernier set pour Steve Darcis.

La suite?

La suite, messieurs dames, la suite, passionnés de tennis, la suite, ce n’est que du bonheur.

Des larmes.

De la joie.

Des fous rires.

Des potes qui ont gagné.

Un David, même pas star, mais magnifique, qui tombe dans les bras de Steve, même pas star, mais magnifique.

Puis dans ceux de Ruben, de Arthur, de Joris évidemment, qui est resté.

Et de tous les membres de cet incroyable staff.

Et  dans ceux, aussi, et bien sûr, je ne sais plus dans quel ordre, de son capitaine.

De Johan Van Herck.

De ce capitaine qui, il y a deux ans, disait qu’il pouvait le refaire.

Pas lui tout seul.

« Non, pas moi, mon équipe. »

Son équipe.

Et il l’a fait.

Il l’a refait..

Ils l’ont fait.

Ils l’ont refait.

En finale.

Cap ou pas Cap?

A votre avis.

Capitaine?

 

13 COMMENTS

  1. Et pourquoi pas s’inspirer de l’equipe Suisse qui n’avait pas hésité à mettre Federer et Wawrinka en double lors de la finale de la coupe Davis à Lille, en 2014. Elle se trouvait face à la France avec le même handicap dans lequel se trouve la Belgique, à savoir deux joueurs. Bien sûr, ce scénario n’est valable que si Joris n’est pas rétabli.

    Ce que la Suisse a fait pour l’emporter, la Belgique peut le faire car tout nous rapproche :
    – un esprit d’equipe et une confiance
    – des joueurs de simple avec les mêmes qualités : gladiateur (Darcis et Wawrinka) et artiste (Goffin et Federer
    – deux coachs fédéraux expérimentés (Van Herck et Luthi)
    – et des supporters inconditionnels qui font partie intégrante du jeu (même minoritaires, ils apparaissent comme étant les plus nombreux tant leur passion pour le tennis et l’amour pour leur équipe sont grands).

    Si on applique les mêmes paramètres à l’equipe De France, on ne peut que constater qu’elle ne les remplit pas et, donc, ne pourra accéder à la victoire qu’avec plusieurs handicaps à surmonter.

    – des préparateurs physiques au top niveau
    – et des supporters inconditionnels

  2. Bonjour Patrick, question: pourquoi ne parle-t-on jamais de gille et vliegen pour jouer en double dans notre équipe de coupe Davis? L’un des deux, en binôme avec bemelmans, n’aurait-il pas fait meilleure figure contre les mangeurs de steak de kangourous qu’Arthur De Greef dont le double n’est pas la spécialité?

    • J’ai bcp de respect pour Gille et Vliegen qui de semaine en semaine progressent en double. Mais ils n’ont pas (encore) le niveau de jouer dans le Groupe Mondial de Coupe Davis. Soit ils viennent à deux et cela veut dire que l’on sacrifie deux joueurs de simple car ils n’ont pas le niveau de jouer le simple en cas de blessure ou de besoin. Donc, non, pour le moment, ils ne sont pas une alternative.

  3. Un peu hors sujet si ce n’est avec le titre :

    Le retour de Tammy Hendler qui, après 5 ans d’absence, sort des qualifs de son 1er 15000 avant d’être éliminée au 2e tour du main draw, reçoit une wild card pour son 2e 15000 et s’y qualifie à l’instant pour les demis.
    Cap ou pas cap ?

  4. On a pleuré et oui, c’était une victoire tellement magnifique 🙂
    Cap ou pas cap ? Mi-cap ! Oui, pardon. Je triche…
    Ils ont quand même 7 joueurs qui font partie du Top 50 et ne parlons même pas des joueurs de double… Ils ne sont pas tous en forme mais je me méfie de notre adversaire.

  5. Magnifique victoire. Peut être la plus belle. Cap de gagner en France oui, mais ce sera compliqué. Le double sera quasi impossible. Il faudra un Steve et un David en pleine forme et plus de bobos. Et des joueurs français toujours dans le doute comme pour l’instant. Il reste 2 mois et beaucoup de choses peuvent encore se passer.

  6. Depuis hier j’ai en tête l’image d’un Johan Van Herck dévasté, pleurant dans les vestiaires à la suite d’une défaite de Coupe Davis. C’était au Primerose, je ne me rappelle plus quelle année ni l’adversaire. Rien ne semblait pouvoir le réconforter. Depuis il a parcouru du chemin et construit quelque chose de phénoménal!
    Leur joie fait plaisir à voir…

LEAVE A REPLY