Bon vent, capitaine

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Patrick Haumont et Dominique Monami

Dominique.

Tu avais quoi, 12 ou 13 ans ? Et encore …

Tu jouais les éliminatoires liégeoises de la Coupe de Borman. J’étais alors un jeune journaliste et, comme jeune journaliste, j’ai commis une boulette que tu as mis longtemps à me pardonner.

Tu jouais en effet contre une joueuse de ton âge et, dans la précipitation de mon article, j’avais écrit, en substances : « Dominique Monami a battu la jeune et jolie XXXX ».

Quelques jours plus tard, tu ne m’as pas dit bonjour alors que, d’habitude, tu venais m’embrasser. C’est ta maman – ah, ta maman !– qui m’a expliqué que tu n’avais pas apprécié que je dise que XXX était jolie et pas toi.

Ton caractère. Déjà.

Dominique. Je te connais depuis toujours, ou presque.

Et je sais que ta vie, ta carrière, tu les as forgées au travers de tes succès, nombreux et merveilleux, mais aussi, et sans doute surtout, au travers de tes échecs, de tes détresses, de tes coups durs.

A chaque fois que la vie ou le tennis (mais n’est-ce pas souvent la même chose lorsque l’on est dans le Top mondial ?), t’ont prise de revers, tu as accusé le coup pour revenir, plus forte. Toujours plus forte.

Je ne vais pas ici refaire ta carrière mais il y a tout de même des dates incroyables.

Prenons ce tournoi de Filderstadt, en 1998. Tu étais malade. Tu ne devais y aller mais, malgré la fièvre, tu t’y es tout de même rendue. Au deuxième tour, tu y battras une certaine Venus Williams, tout de même 5eme mondiale, avant d’enchaîner avec un triomphe face à la première mondiale, Martina Hingis.

Malade, tu devenais la première joueuse belge à entrer dans le Top 10.

Une première que personne, jamais, ne t’enlèvera.

Prenons un autre événement heureux.

On est en 2000, et les Jeux de Sydney te font rêver depuis le début de la saison. Associée à Els Callens, tu sais que la route sera longue, avec les sœurs Williams en demi-finale, mais tu y crois dur comme fer. Dur comme bronze, devrais-je dire.

Vous vous hissez en demi, affrontez bien les sœurs face auxquelles vous menez 4-1 avant de subir leur loi.

En d’autre temps, la simple place en demi vous aurait valu une médaille de bronze. Mais, en 2000, il fallait jouer un test match. Qui a mal commencé. Très mal. Très très mal, même. Els était tétanisée par l’événement et vous avez perdu le premier set. Mais tu t’es rebiffée, tu t’es fâchée, tu l’as engueulée et, deux heures plus tard, tu lui tombais dans les bras.

Cette première médaille olympique belge en tennis, personne, jamais, ne te l’enlèvera. Ni à toi, ni à Els.

Mais, Dominique, la plus belle preuve du fait que les coups durs te font avancer remonte au Roland Garros de cette même année 2000. Deux mois plus tôt, ta maman – ah, ta maman !– s’en était allée. Elle t’avait caché en partie sa maladie pour que tu ne perdes pas d’énergie. Depuis que tu es petite, ta maman te couvait, te surcouvait, te protégeait, te surprotégeait. Ce qui générait parfois de bien belles étincelles qui, aujourd’hui, font sourire avec tendresse.

Mais, là, elle allait perdre le match de sa vie et te laisser avec ton papa – ah, ,ton papa ! -et ta grande sœur.

Deux mois de tristesse et de doute. Deux mois terribles, comme ceux que vivent tous ceux qui perdent un parent trop tôt.

Roland Garros. Tirage au sort. Dominique Monami face à … Lindsay Davenport, deuxième mondiale.

Tu montes sur le terrain, tu te bats. Mais tu perds le premier set au tie-break.

Tu t’accroches. 6-4 et 6-3.

Tu as battu Lindsay Davenport sur le plus beau terrain du monde.

Tu éclates en sanglots en fixant le ciel et puis le box de tes proches.

J’y étais et, moi aussi, j’ai pleuré.

Pleuré car je savais ce que tu avais traversé.

Toujours en 2000, tu joueras le tour final de la Fed Cup. A Las Vegas.

Ce sera ton dernier grand rendez-vous puisque, par la suite, tu mettras fin à ta carrière. Personne ne le savait à l’époque (sauf toi et le papa, évidemment), mais tu as joué le double alors que tu portais en toi celle qui allait devenir la petite Ines.

Des succès et des bonheurs, des tristesses et des défaites.

Tu en as eu sur les courts. Pendant ta carrière. Et après, aussi.

Il y a eu, je l’ai dit, la naissance d’Ines. Puis, il y a eu, aussi, la séparation d’avec son papa.

Un moment difficile, oh combien. Comme pour tous ceux qui les connaissent.

Mais, là aussi, ta combativité t’a fait te relever et, quelques années plus tard, tu te mariais avec Erik, un mari et un homme exceptionnel avec qui tu brilles sur les parcours de golf, mais aussi en société, dans des émissions de télé, ou, tout simplement, chez vous. Avec la petite Ines, devenue grande.

Dominique.

La vie est ce qu’elle est.

Elle nous joue, à tous, des coups bizarres. Comme si elle voulait savoir comment on allait réagir.

Samedi, tu as perdu ton titre de capitaine.

C’est évidemment un coup dur pour toi.

Mais, franchement.

Franchement.

Qu’est-ce donc que cette péripétie par rapport à la vie qui est la tienne ?

Comme le vent et le sable burinent magnifiquement le visage et la peau des hommes du désert, les coups durs et les échecs ont fait de toi cette femme qu’ Ines, du haut de ses 18 printemps, aime et admire, avec la fierté d’une grande adolescente qui sait ce que vaut sa maman.

Bon vent capitaine.

8 COMMENTS

  1. En tout cas, elle a toujours un caractère trempé. Elle est vraiment remontée contre Wickmayer et surtout Flipkens (en passant par Van Uytvanck) qu’elle accuse de l’avoir évincée. De l’extérieur, ca sent quand même la caballe même si on n’a pas toutes les infos. C’est triste pour elle car j’ai l’impression qu’elle était taillée pour le job. Je trouve que ses commentaires lorsqu’elle est consultante dénotent une bonne connaissance des aspects tactiques du tennis et de manière générale une fille intelligente.

  2. Waouh.. les larmes montent.. Merci Dominique! merci Patrick. Bel hommage et elle le mérite!
    Les gamines d’aujourd’hui vibrent avec Elise, après celles qui ont suivi Kim et Justine et après après celles qui, comme moi, ont suivi Sabine et Dominique! j’enregistrais les matches sur des K7 et évidemment je voulais les mêmes t-shirts sans manches 🙂 Quelle époque! Et puis ce Clinic à Binche où j’ai pu taper la balle avec elle et Edouardo Masso! J’espère avoir des explications de la fédé sur ce non-sens.. bonne route à elle!

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