Ben oui, David Goffin a perdu. Il a le droit, non?

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20/09/2015 - BRUSSELS- Forest National - Worldgroup Semifinal - 4thmatch - Davis Cup Belgium vs Argentina - David GOFFIN ©Philippe Buissin/ IMAGELLAN

Trois Belges sur les courts mardi, trois défaites. La plus dure est évidemment celle de David Goffin. Steve Darcis joue ce mercredi face à John Isner.

Quelle soirée.

Mwoui, quelle soirée.

Quelle différence avec celle de lundi.

Mais c’est le tennis.

Le sport, s’il n’offrait pas de belles surprises, serait ennuyeux et morne.

Le tennis n’est ni ennuyeux, ni morne.

Allez, on disait que j’étais journaliste américain pendant quelques lignes, mais j’écris en français, c’est préférable.

« What an evening!

Quelle soirée que celle de ce mardi à Flushing Meadows. Depuis des années, le tennis américain, vous le savez, je vous l’ai dit mille fois, se cherche un réel espoir qui pourrait, enfin, remplacer les Sampras, Agassi, Chang, Courier…. Je sais, John Isner fait son possible mais il ne nous a jamais fait réellement rêver.

Alors, permettez moi, ce mercredi matin, de revenir sur ce magnifique exploit de Jared Donaldson au premier tour de cet US Open.

Jared n’a que 19 ans, il en aura 20 le 9 octobre prochain, et n’est « que » 122e mondial. Pourtant, hier, du haut de ses 188 cm, il a sorti un match plein, a envoyé du lourd dès le deuxième set et s’est offert le scalp de David Goffin, 14e joueur mondial et 12e tête de série.

Certes, le meilleur joueur belge a parfois semblé absent et perturbé par la chaleur mais, diantre, nous n’allons pas bouder notre plaisir. Jared a joué le feu, n’a pas eu peur de conclure – même quand Goffin est revenu dans le troisième set – et il a asséné par moins de 12 aces pour sortir son adversaire.

Qui, dans le quatrième set, n’a plus eu droit au chapitre et s’est incliné 6-0.

C’est la première fois que Jared sort un joueur du Top 20 mais il me faut rappeler que, il y a quelques semaines, au tournoi de Cincinnati, il n’était pas passé loin de la victoire contre Stan Wawrinka, 4e mondial et, qu’une semaine plus tôt, il avait sorti Fabio Fognini, 33e mondial, au 2e tour de Toronto.

En tennis, le classement mondial n’est pas représentatif de la valeur du moment mais bien de la valeur moyenne des douze derniers mois. Sur les dernières semaines, c’est un fait, Jared joue davantage Top 50 que Top 130.

Alors, non, bien entendu, on ne va pas tout de suite crier que ce Donaldson a tout pour entrer dans le Top 20 et, oui, on sait que le Belge n’a pas présenté son meilleur tennis, mais on ne va tout de même pas minimiser cette belle performance: un jeune Américain qui s’illustre sur un grand court de l’US, cela se souligne.

What a good victory, Jared! »

Ben oui, quelle belle victoire Jared! Il n’y a rien à dire.

Le tennis est un sport d’opportunités, comme le dit souvent Thierry Van Cleemput et, ce mardi soir, Jared Donaldson a profité de l’ouverture présentée dans le deuxième set par David Goffin.

Après avoir gagné le premier set sans avoir dû trop batailler (tant Donaldson était fébrile), David a fait le break dans le deuxième. Et c’est à ce moment, comme cela lui est arrivé plusieurs fois au cours des derniers tournois, qu’il n’a pas appuyé sur la tête de son adversaire mais l’a laissé respirer. Une fois le break dans le deuxième set effacé, Donaldson s’est libéré.

Et, quand vous libérez un gros frappeur, en pleine confiance, tout peut se passer. Et Jared, de fait, a commencé à envoyer du lourd, du très lourd. Il a, réellement, assommé David Goffin, ayant qui plus est, une réussite insolente. De cette réussite qui ne sourit qu’à ceux qui y croient encore, qui sont dans une spirale positive.

Jared Donaldson est, depuis quelques semaines, à son niveau, dans cette spirale positive.

David Goffin, lui, l’a quittée.

Quand?

Difficile à dire mais, à mon sens, après une première partie de saison exceptionnelle (oui EXCEPTIONNELLE), il a commencé à quitter cette spirale après l’opportunité énorme qu’il a eue à Roland Garros quand il a mené un set zéro face à Thiem et qu’il aurait pu (dû?) gagner le deuxième.

Puis, il y a eu ce huitièmes à Wimbledon où, face à Raonic, il a mené deux sets zéro avant que le Canadien n’enclenche – un peu aidé par le Belge dans le troisième set – la vitesse supérieure (comme Donaldson hier, toutes proportions gardées).

La suite, vous la connaissez, deux défaites qui ont fait mal face à Monfils à Toronto et plus mal encore contre Bellucci à Rio. Là aussi, il avait eu les cartes en mains, avant de laisser le Brésilien diriger les échanges et finalement s’incliner.

La spirale de Goffin n’est plus positive. C’est un fait.

Et, déjà (encore!), je lis un peu partout des titres, des articles et, surtout, des commentaires affligeants.

Oui, cette défaite est très décevante.

Oui, cette deuxième partie de saison n’est pas du même niveau que la première, loin de là, même.

Oui, David était favori de ce match face à Donaldson, de son match face à Bellucci.

Oui, il a perdu et c’est dommage car il s’agissait de belles opportunités.

Mais que Diable, c’est le sport.

Gagner ou perdre. Il n’y a pas de match nul en tennis.

C’est la vie d’un sportif.

Alors, je ne vais pas réécrire aujourd’hui ma lettre ouverte à David Goffin. Je sais que son coach l’a lue et je sais que tout son clan est bien conscient que la spirale n’est plus porteuse comme elle l’a été à Miami ou à Indian Wells.

Il faut, évidemment, que David se révolte.

Mais, pour se révolter, il faut de l’énergie.

Et, ce que je peux dire, au vu des matches face à Bellucci et Donaldson, c’est qu’il n’en a plus, d’énergie. Les piles sont à plat.

« Ce n’était pas un problème physique, a-t-il confié après sa défaite. C’était plus mental. J’étais vraiment ailleurs. Je me sens un peu au bout du rouleau. »

David Goffin est fatigué, mentalement. C’est un fait.

Chacun, j’imagine, aura son mot à dire sur le sujet – et c’est très bien ainsi – mais c’est comme cela.

Il paie sans doute le fait qu’il na pas eu le temps de travailler le fond en fin de saison dernière (du fait de la finale de Coupe Davis) et la première partie de saison qui l’a vu ne jouer que des gros tournois face à des grosses pointures.

Il a aussi beaucoup modifié son environnement (voir l’interview de Thierry Van Cleemput) et, en fait, sa vie a complètement changé.

Je ne le plains pas, j’explique.

David, aujourd’hui, ne parvient plus à réagir – il suffisait de le voir sur la chaise hier soir – et il doit donc maintenant essayer de terminer la saison de la meilleure manière possible, histoire de la terminer dans le Top 16 (pour s’assurer une place dans les 16 premières têtes de série à l’Open d’Australie).

Pour ce faire, son clan va certainement prendre des décisions drastiques concernant sa programmation. Une programmation, dois-je vous le rappeler?, qui ne lui laisse pas beaucoup le choix puisqu’il à des obligations par rapport à l’ATP.

Normalement, son programme était le suivant: Coupe Davis (16 au 18 septembre), Shenzhen (ATP 250 26 septembre), Tokyo (ATP 500, 3 octobre), Shanghai (ATP 1000, 9 octobre), Anvers (ATP 250, 17 octobre, Bâle (ATP 500, 24 octobre), Paris Bercy (ATP 1000, 31 octobre).

Les ATP 1000, entre autres, il ne peut pas les éviter.

Ce qui me fait penser que sa présence à la Coupe Davis me semble quelque peu compromise. Je ne le souhaite pas mais, s’il fait l’impasse, il aura quasi un mois pour se reposer, se vider la tête, se préparer et aborder la fin de saison dans un meilleur état (d’autant que cette rencontre sera inévitablement énergivore).

Je sais que mes propos vont choquer mais c’est le lot de tous les joueurs du Top 20 de devoir parfois faire des choix qui ne plaisent pas pour assurer un classement indispensable pour entrer dans de bonnes conditions dans les grands tournois.

Et, après la saison – soit après Bercy car il est clair désormais que David ne sera pas aux Masters (sauf exploits dans les deux derniers ATP 1000) – comme me le disait Van Cleemput, il va falloir travailler dur, très dur, sur le fond.

Au niveau physique et mental.

Les deux étant liés.

Quelle soirée, donc, qui avait commencé avec le 6-0 6-2 de Kirsten Flipkens face à Simona Halep et qui s’est terminée avec celle de Yanina Wickmayer 6-3 6-2 contre Julia Goerges.

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas…

Puisse donc aujourd’hui Steve Darcis nous faire à nouveau rêver. Il jouera contre John Isner (tiens) contre lequel il n’a jamais joué et contre lequel il ne sera pas favori.

Pas plus que ne l’était Donaldson face à Goffin 😉

(impossible pour moi de faire un direct commenté car je suis invité cet après-midi par….. le papa de Steve qui organise un grand événement golfique, c’est un comble, non? 😉

 

7 COMMENTS

  1. Ben, évidemment, David Goffin a le droit de perdre un match et même plusieurs. 🙂

    Puis-je me permettre, en toute amitié, cher Patrick, d’exprimer le souhait que vous donniez aussi de temps en temps à Yanina Wickmayer le droit de perdre un match?!

    J’ai l’impression que, sur ce blog que j’apprécie par ailleurs infiniment, tous les joueurs belges ne sont pas égaux en droit lorsqu’il s’agit de perdre un match de tennis pour lequel a priori ils sont favoris… et mon coeur saigne parfois lorsque je lis un article consacré à Yanina… qui, comme David, fait le mieux qu’elle peut faire un jour donné, pour un match donné, avec le physique et le mental du jour…

    Allez, les joueurs belges… On croit en vous et on vous soutient, par vents, marées et beau temps! 🙂

    • Bonjour Eva,

      je pense très sincèrement être le seul journaliste belge à avoir toujours dit que Yanina était une formidable joueuse, l’une des plus athlétiques du circuit et qui a réussi de superbes performances. J’ai parfois été dur avec elle – comme je le suis parfois avec David – mais je n’ai jamais critiqué Yanina pour une défaite mais bien pour l’incapacité qui était sienne à suivre un fil conducteur sur et en dehors du terrain.
      Mais votre mail m’interpelle car cela veut dire que j’ai failli dans le message que je voulais faire passer. Et je vous remercie e me l’avoir fait remarquer.

  2. Bonjour,

    Moi je pense qu’il faut lacher un peu Goffin et surtout que lui même doit se relacher un peu. Son classement lui donne beaucoup de pression, surtout face aux plus jeunes que lui. Et si cette pression lui fait perdre 5% de ses moyens, c’est mort.

    Je pense que ces quelques défaites vont lui apprendre à relativiser et l’aider à se relâcher, déjà fin de cette année (voire début de l’année prochaine).

    Par ailleurs, je me permets de vous conseiller, Patrick, d’arrêter de lire les commentaires des articles de presse. Ca n’a plus aucun sens car aujourd’hui, les gens sensés et mesurés comme vous et moi ont renoncé à essayer d’intervenir sur ces nids qui ne regroupent plus que frustrés et fouteur de m…

  3. Ce n’est plus une question de droit de perdre mais la question comme le dit David de se retrouver un peu au bout du rouleau. Il faut commencer à l’entendre.

    David s’est embringué ou s’est vu embringuer dans des orientations dont on peut se poser la question si elles lui conviennent :

    – Faire une croix sur des études alors qu’il en a les capacités
    – Se retrouver à faire le tour du monde à la recherche de points alors qu’on voit que ce qu’il aime surtout sur le terrain, c’est faire de beaux points. C’est là qu’il trouve son plaisir. Il en est privé au nom de la rentabilité.
    – Améliorer son service au point de perdre le fil de son jeu alors que la pression se faisait sentir avec la chanson médiatique du top 10, du Masters à Londres etc.….
    – Est venu s’ajouter à cela la question des à-côtés du tennis. Il se retrouve comme résident monégasque où il déclare que c’est pour des questions d’environnement qu’il a fait ce choix, met son image au service d’ Optima qui fait la Une de l’actualité financière, se retrouve à faire la pub pour une marque de montre à NY et est à la Une de Match avec Madame. Est-ce que tout cela est bien décidé par lui ? Est-ce que ça correspond à ses valeurs ?
    – De plus, de par son classement, il est pris dans le carcan de l’Atp qui l’oblige à fréquenter les tournois 1000 alors que la confiance elle se bâtit aussi dans des victoires lors des tournois 250, par exemple. Vient à s’ajouter à cela la pression de la Coupe Davis qui y est aussi pour quelque chose.
    – Et, puis, année après année, s’est posée la question de la préparation de fond. Combien de fois n’a-t-on parlé ici de la préparation physique de Wawrinka et de Federer. A la limite plus importante que le tennis.
    – En ce qui concerne le tennis, on n’en revient toujours pas que de « petites » améliorations n’aient pas été apportées, comme par exemple, à la réception des services. Elle est encore faite à l’ancienne et ne fait pas partie du jeu.
    – L’impossibilité de mettre des mots sur les défaites qui font mal depuis celle de la finale à Gstaad en juillet 2015 avec toujours des déclarations stéréotypées comme « je suis passé tout près, la prochaine fois, ça passera, place au prochain tournoi », cela n’aide pas.

    Et pourquoi pas parler avec les anciens qui connaissent les affres du circuit et ses effets pervers sur l’apres tennis comme Olivier, Xavier, Justine. Et, oui, aussi parler avec des femmes de tout cela. Il faut que cela s’arrête cette pression de mettre de l’argent de côté au maximum pour l’après.

    A 25 ans, toutes les orientations restent possibles. David doit d’abord se sentir libre et surtout ne pas croire devoir s’offrir en victime au « Dieu » tennis.

  4. Hélas, je suis d’accord avec toi Patrick. S’il veut vraiment se ressourcer, David devra faire l’impasse sur la Coupe Davis. Hier, il semblait vraiment s’emm… sur le court. Pas le moindre geste de révolte, et pourtant je suis sûr qu’il avait envie de le gagner ce match. Le tennis, quand la tête n’y est pas, c’est le sport le plus frustrant que je connaisse.

  5. il faut aussi arrêter de toujours trouver Des excuses à David,c’est bien Belge ça !!!son jeu est trop stéréotype et prévisible il joue toujours au même rythme jamais un slice et son service n’a jamais été une arme pour lui.
    Côté physique Il y a beaucoup de joueursqui joue beaucoup plus de tournois sur l’année et pas de prob,mais il ont sûrement un bon préparateur physique qui n’est pas le cas de David je pense.et pour finir il lui faudrai coach et pas un de l’aft je n’ai rien contre mr Van Cleemput mais quelqu’un qui lui apportera encore plus de cordes à son arc.
    C’est tout le mal que je souhaite à David

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